samedi 28 novembre 2020

Black Fridays (2) : Soldes monstres sur nos articles religieux

Il n'y a pas que Michel Fourniret (article précédent) qui soit au-delà de la rédemption. 
Les monstres boxant le Réel dans sa catégorie, puant le self-control et le tabac froid par tous leurs orifices, les gars comme le docteur Le Scouarnec ou Anders Behring Breivik, qui n'ont que peu de considération pour la précieuse existence humaine, en tout cas celle d'autrui, sont heureusement rares, et interpellent le cyber-théologien que je suis devenu à mon corps pas trop défendu (mon nom de famille, en breton, désigne le recteur de la paroisse).
Et pourquoi donc que ces horreurs m'interpellent-elles ? 
et pourquoi l'existence du mal me poserait-elle problème ? 
au fond, tant que je prends bien mon lithium et mon pembrolizumab, que je fais bien mon qi-qong et ma méditation de pleine conscience, que je parle bien à ma femme et à mes employeurs enfants, que je ne refume ni ne jeroboam, également appelé double-magnum dans le bordelais où le Jéroboam contient 5 litres, que j'achète la musique que j'écoute au lieu de l'emprunter sur internet, que je fais un peu de sport, que je ne regarde pas de porno ni de chocolat, et surtout pas de porno chocolaté, quand je n’écris pas trop sur mes blogs pour m’épater la gallerie sur le toit de ma Ford intérieure, je ne me crois pas trop menacé d'entrer en collusion avec une cochonnerie d'abomination échappée des Enfers (virtuels ou réels) pour faire son marché d'âmes un jour de Black Friday. 
Et au pire, tant que je suis possédé par le démon du blog, les autres ne rentrent pas. 
C’est occupé, comme on dit dans les Territoires (en Palestine) et parfois aux cabinets.

"Ne fais pas à autrui ce que tu peux faire au cochon" 
semble nous murmurer cette abomination échappée des Enfers
du Casino de Perros-Guirec (archives D.R.)

Collusion me vient sous les doigts, c'est pas pour rien : synonyme de connivence en anglais, c'est bien vu, mais en français le terme désigne une entente illicite, le plus souvent secrète, entre deux ou plusieurs personnes pour nuire illégalement à un tiers, et en tant que tiers exclu plutôt que provisionnel, ça me parle; en tout cas si je respecte ma propre morale éthique, née d'une longue expérience de raclées prises dans le Multivers, le danger que je sois squatté par un ange déchu (genre Jean-Louis Murat) ou une entité démoniaque de classe XIV s'éloigne, et reste éloigné tant que je fais ce qu'il faut.
J’en parlais l’autre jour avec un ami qui m’avait inopinément brandi un extrait de Victor Segalen sous le nez. Nous eûmes alors ce dialogue, dont il ne m’appartient pas de dire s’il fut fructueux.
LJP : Je viens de trouver dans "Stèles" cette jolie formule en forme de promesse : 
"... cette ère unique, sans date et sans fin, aux caractères indicibles, que tout homme instaure en lui même et salue. A l'aube où il devient Sage et Régent du trône de son cœur."

JW : Beaucoup de poètes plus ou moins adoubés par Télérama susurrent cette promesse d’un avènement du Soi Bienveillant même envers les Mal_Comprenants, et dépendant presque uniquement d’une conjonction astrale de bonne volonté, d’une soif de renoncement, d’une Sagesse enfin sucée à ses pouces. 
En réalité, ils sont encore beaucoup moins nombreux à accéder à cet état intérieur, indicible, qui n’est ici qu’un produit d’appel pour entrer dans la Pléiade.
Pas étonnant qu'il ait fait une neurasthénie aiguë, ce Segalen dont j’ignore tout sauf ma hargne à le méconnaitre. 

LJP : Question d'humeur.
En ce moment j'ai tendance à préférer les fausses promesses à la Segalen aux vrais constats façon W.C. Fields : "On nait nu, mouillé et affamé. Puis les choses empirent."

JWJe retire ce que j’ai dit de Segalen. J’ai lu sa bio dans mon plumard, il n’a pas eu une vie facile, et pourtant si riche. En principe. Si l'on ne peut choisir son destin, on y contribue quand même, et le sien fut intense. La promesse de Segalen m’évoque celles qu’on entend aux AA, où elles sont réunies en un pack codex de 12 :
 https://www.aa-lorientespoir.fr/presentation-des-aa/les-12-promesses/
Evidemment, de loin ça ressemble à des serments d’ivrogne à effet cumulatif, mais faut pas les voir comme des stances à soi-même, plutôt comme le résultat acquis par la pratique des étapes qui, ça c’est pas banal, se comptent aussi par 12.
Je suis bien content de n’avoir jamais été très accro à la mystique AA et d’avoir laissé les addictions me re-grignoter la vie, sinon j’aurais beaucoup de mal à trouver une réunion ouverte ces jours-ci. Beaucoup de jeunes abstinents doivent être assez mal, ou contraints de faire avec WhatsApp.
Si Segalen rêvait de devenir Sage et Régent de son coeur, on comprend mieux pourquoi, à lire son parcours. Mais ça demande de la motivation, de la constance, et de la technique. Je pourrais écrire un anti-manuel, qui ressemblerait à mes blogs. Quand je cultive mes frustrations, je récolte des fruits bien amers. Ca ne me dissuade pas longtemps de persévérer diabolicoume. "On débarque nu et sans opinions. J’aimerais repartir de même. Soulagé de mes présupposés. » Conard WC.
Quand Segalen s’égarait dans ces galets, 
aux heures de marée basse de son esprit fragile, 
il peignait des naufrages à même la grève.
mais le règlement intérieur des Côtes d'Armor
finissait toujours par le ramener à bon port.

2ème couche (le lendemain)
JW : j’y reviens, parce que c’est crypté. « ... cette ère unique, sans date et sans fin » nous signale l’entrée dans l’intemporel.Pas forcément l'irruption de Dieu planqué sous le tapis ou derrière la tenture, mais on est quand même au-dessus et au-delà de la finitude humaine; « indicible », i.e. dont on ne peut dire grand chose.
"que tout homme instaure en lui même » : de l’utilité d’avoir exilé Dieu au large du bizness : comme on baigne désormais dans l’immortalité, entre amis choisis, faudrait pas que le Grand Barbu surgisse dans l’apparte nouvellement squatté, car les mystiques attestent qu’il ne saurait y avoir de place pour nous deux en cette affaire : soit le Tout-puissant est là, et prend alors tout le lit, soit l’Homme devient Sage et peut s’y étendre sans même enlever ses chaussures, puisqu’il est parvenu à s’y élever en tirant sur ses lacets. Tu vas me dire que je m’échauffe sur une poignée de syllabes, mais je me méfie de cette a-théologie rampante. Si Segalen parle de Sagesse sans divin, c’est peut-être l’influence de ses séjours en Orient. Mais comme tu te dis sensible à ses promesses, faut quand même bien regarder où tu mets les pieds. Michaux en était rentré transfiguré dans « Un barbare en Asie », qui me parlait plusse.
L'évolution des contenants suit la courbe de contamination,
mais aussi celle de la consommation pendant le confinement.
Et ça, même dans Hold-up, ils n'osent pas en parler.

La meilleure, c’est que j’ai tenté lundi soir de me connecter à ces réunions AA virtuelles, qui se substituent désormais aux vraies, étant largement en retard pour ma visite annuelle chez les Pochetrons peu connus. hé ben j’ai eu beau essayer de rentrer dans la réunion Zoom vers 20h10, le logiciel m’a mis en attente, puis m'a dit « l’hôte a une autre réunion en cours » jusqu’à 20h40. J’ai eu beau ameuter le staff par mails en rafale, bernique. 
les AA, c’est un club de + en + fermé !
pourtant j’ai bac + 12 en téléchargement illégal.
c’était bien la peine.
Le lendemain, je me suis trouvé avec le Rustica en lune ascendante, et ça s’est fini dans le journal, où je me suis une fois de plus pris au piège de me croire Sage en balivernant sur mon environnement au lieu de regarnir les nouveaux rayons de ma bibliothèque de tous les livres dont le soir épuisé je ne puis parcourir que la tranche, avec le sentiment d’être passé à côté de quelque chose. Au moins mon nouveau bureau me permet de me concentrer pleinement, car je n'y suis plus à portée de voix humaine. Amère victoire, dont Segalen lui-même tirerait des strophes inédites.

A Lorient, on a un peu trop vite fêté les promesses des AA
en oubliant de mettre les principes au dessus des personnes (illustration Mezzo)
Mais comme d’hab, j’ai oublié l’essentiel dans mon exégèse segalenesque d'hier.
Je voulais te faire un comparatif entre les prières qui marchent, qui produisent des effets mesurables et reproductibles en labo, et celles dont l’ambivalence menace de les condamner à rester du vent avec la bouche, comme disait le Rimpoche tibétain rencontré dans le saumurois en 2006.
- déjà il y a deux familles de prières, entre celles qui te viennent de l’extérieur, par la culture, et celles que tu te forges quand y’a force 9, comme tu prendrais un ris, dévot, en ton âme. 
http://complots-faciles.com/blog/
1/ dans les extérieures qui me touchent, je range la prière de la Sérénité, que ceux qui le désirent entonnent en fin de réunion AA en se tenant par la main. C’est chou. Et je puis attester de l’efficience de la formule, dans mes débuts d’arrêt du débit.  
Alors que sa soeur de lait, née chez le marchand de beurre, et citée dans le wiki, la Prière de saint François, je l’ai toujours tenue à distance; trop bisounours pour moi. Je vois aussi la célèbre prière cherokee de la voie de la beauté, qui ne mange pas de pain :
que mon grand-père ne m’a pas assez serinée sur le sentier des douaniers à Perros-Guirec, sinon on n’en serait pas là ;-)

 

2/ les intérieures, celles qu’on se bricole dans l’intimité hyper-secrète : ah ben là c’est secret. https://johnwarsen.blogspot.com/2008/08/les-mots-vols.html

3/ hors catégorie : les contes, qui suggèrent une attitude, plutôt qu'un mantra ou une invocation; comme la vieille histoire cherokee, qu’on confond souvent avec la blague lakota sur les deux chiens qui s’enculent, et pourtant elles n’ont rien à voir :
Un matin, un vieux Cherokee voit son petit-fils en colère, suite à une dispute avec son meilleur ami. Il vient vers lui, et lui raconte une histoire, celle d’un combat ordinaire - celui que mène chaque être humain sur Terre.
"Parfois," dit-il : "il m'arrive également de ressentir de la haine contre ceux qui se conduisent mal. Cette colère ne blesse pas mon ennemi, et elle m'épuise. C'est comme avaler du poison et désirer que ton adversaire en meure. Souvent, j'ai combattu ce sentiment. En fait, un constant combat a lieu, tous les jours, à l’intérieur de moi-même. Et ce entre deux loups."
"Deux loups, grand-père ?"
"Oui, deux loups. L’un est méchant. Il ne connaît que la colère, l’envie, la jalousie, la tristesse, le chagrin, l’avarice, l’arrogance. L’apitoiement et un sentiment d’infériorité le poussent au ressentiment, au mensonge et à la vanité. L’autre est bon. Il connaît la paix, l’amour, l’espérance, la sérénité, l’humilité, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi." 
Intrigué, le petit-fils réfléchit et demande:
"A la fin, grand-père, quel loup remporte ce combat ?"
Aussitôt, le vieux Cherokee se tourne vers son petit-fils, le regarde dans les yeux, et lui répond :
"Celui que tu nourris. Celui que tu décides de nourrir."

Au départ, les prières sont aussi retorses que la femme des autres, il faut trouver la sienne. Bashung parlait aussi, dans Madame rêve, de ces prières « qui emprisonnent et vous libèrent », c'était très explicit lyrics pour moi, explicite de quoi, j'ai oublié, mais là, ça donne envie de creuser, quand même, moi je dis. En ce moment, je ne suis pas assez dans la merde pour prier, ou alors j'ai un problème de vision nocturne (de nombreux domaines de ma vie laissent à désirer en 2020, sans parler du virus que je n'ai pas encore chopé, mais vu mes autres problèmes de santé, je ne suis pas pressé. Je vais prier pour mieux voir la merde dans laquelle je suis, puis je prierai pour m'en sortir. Je te rappelle.)
La prière c’est comme la méditation, ou de nouvelles chaussures un peu étroites, faut être assidu pour s’y faire. Il y a aussi les activités re-liantes à l'univers, comme peinturer des cailloux, graphomaner jusqu’à point d’heure, si on est dans le bon esprit, on en retire sans doute des bienfaits. voilà voilà. En ce moment l'écriture l’écriture me soigne, ou bien je me soigne par l’écriture, en tout cas je sens que ça fait du bien par où ça passe. Et c'est ma seule pratique régulière, donc c’est pas comme ça que je vais trouver le temps de lire Segalen, et encore moins Coatalem (un gars qui a écrit sur Segalen et qui le connait comme sa poche). Déjà, si je parviens à appliquer la moitié des conseils que je viens de m'édicter, on sera pas mal.

A part indisposer des vieux potes âgés par mes saouleries imbuvables, j'ai un peu lu les journaux, et ainsi découvert que l'assassin de Samuel Paty désapprouvait tout à fait le «Caprice des Dieux», un fromage qu'il jugeait polythéiste, alors que moi je l'ai toujours trouvé fadasse. 
Du coup, Blasphémator® en a acheté 3 palettes, et il a bien du mal à reboutonner sa soutane.

vendredi 27 novembre 2020

Black Fridays (1) : Michel Fourniret, tout doit disparaitre



En plus,  c'est pas pour dire, 
mais Michel Fourniret
n'est pas du tout ressemblant.

Janvier 2003

Estelle Mouzin est enlevée, embêtée très fort puis zigouillée à mort par Michel Fourniret, au terme d'un calvaire comme seuls les enfants peuvent en endurer, car les adultes, trop douillets, en mouriraient tout de suite. Dès l'annonce de sa disparition, des gendarmes insuffisamment formés aux logiciels Adobe commettront à l'aide de grossiers trucages des portraits hideusement vieillis de la jeune victime, à partir de la même photo d'Estelle Mouzin, photocopiée jusqu'à plus soif, sur des versions  de Photoshop mal mises à jour. Depuis 17 ans, ces photos retouchées hantent les commissariats, et à chaque fois que vous allez dénoncer votre voisin qui viole quotidiennement les règles du confinement, vous les contemplez hagard dans le couloir de la gendarmerie, en attendant que le brigadier enregistre votre plainte, et elles distillent en vous un profond malaise. Grâce à l’article 24 de la proposition de loi dite de « sécurité globale », ces gendarmes vont bénéficier de l'impunité, et leurs forfaits graphiques resterons impunis. Ils seront floutés.


Le canard enchainé du 25.11.2020

Mars 2020 :

Michel Fourniret avoue, pour Estelle, c'est lui qui a fait le coup. C'est pas trop tôt. Ca fait 17 ans qu'il fait tourner les parents des victimes, les inspecteurs et les avocats en bourrique, dix-sept ans que Fourniret fait du Fourniret, pervers insaisissable et manipulateur. (Le Monde)
Et pendant ce temps, que fait la police ? 
Elle floute ses selfies en démantelant les camps de migrants. 
On est tranquilles.

Violences policières : pour le Black Friday, une achetée, une offerte.
Ou alors, les flics ont beaucoup progressé sur Photoshop.


Enfin, presque tous.

Fourniret a été condamné deux fois à perpétuité - en 2008 pour avoir tué sept jeunes femmes, en 2018 pour l’assassinat d’une huitième. Il pourrait faire autre chose que des blagues pourries : en 2005, il écrivit à Eric Mouzin, le père d'Estelle. Il souhaitait lui dire qu’il n’était pas impliqué, mais qu'il avait quand même des choses à lui dire « de père à père, raconte Me Seban. C’est d’une perversité absolue : se mettre au même niveau que celui dont on a causé le malheur. » L'entrevue n'aura finalement pas lieu. En 2007, c’est au parquet général de Reims (Marne) qu’il écrivait pour demander « la jonction de trois dossiers » de disparitions de jeunes filles à son procès, prévu l’année suivante : Marie-Angèle Domece (disparue en 1988), Joanna Parrish (1990), et Estelle Mouzin. Requête rejetée car trop tardive, le procès ayant déjà été audiencé. En 2018, finalement entendu dans le cadre des affaires Domece et Parrish, Fourniret avait formellement avoué ces deux meurtres, et avait déclaré « ne pas nier être impliqué » dans l’affaire Mouzin. « Des aveux en creux », pour les avocats du père.

La confusion aura été entretenue de bout en bout par cet alibi : un coup de téléphone passé à son fils depuis la Belgique, à une heure qui rendait impossible sa présence à Guermantes au moment des faits. Le 21 novembre 2019, l’alibi disparaissait : Monique Olivier, ancienne épouse condamnée à perpétuité elle aussi, racontait à Sabine Khéris qu’elle avait passé ce coup de téléphone à la demande de son mari, absent ce jour-là. Placé dans une position intenable, Michel Fourniret livrait une semaine plus tard ce début d’aveu déroutant, à la Fourniret : « Si cette petite-là avait croisé mon chemin, je vous le dirais. Mais je n’en ai pas souvenance. Dans l’impossibilité où je suis de vous dire “oui, je suis responsable de sa disparition”, je vous exhorte à me considérer comme coupable. »
« Il n’aime rien tant que le rapport de force, décrit Me Seban. Sa perversité, c’est de dire : je ne parlerai que si vous travaillez. Je suis Fourniret, je fais des choses extraordinaires, donc je ne réponds qu’à des enquêteurs extraordinaires capables de découvrir ce que j’ai fait. » Lui qui se décrit comme « un joueur d’échecs » fera ce compliment à Sabine Kheris : « Jouer avec un partenaire tel que vous, ça en vaut la peine. »
L'article dont j'ai extrait ce paragraphe est bourré d'autres blagues narcissiques émanant du désopilant « tueur en série français le plus abouti », comme le décrit l’expert-psychiatre Daniel Zagury.

Michel riait beaucoup
à ses propres blagues
(photo d'archives)

Novembre 2020 :

Michel n'est pas très en forme. Fin octobre, il a dit à la justice avoir enterré Estelle Mouzin aux alentours du château du Sautou, son ancienne propriété dans les Ardennes. Mais l’homme de 78 ans n'est plus le fringant psychopathe, à l'oeil vif et au silence pétillant qu'on a connu : il a été retrouvé inanimé dans sa cellule de Fresnes (Val-de-Marne) vendredi matin 20 novembre, et hospitalisé à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil. Son état de santé, qui s’est beaucoup dégradé cette année, ralentit l'enquête. En octobre, il avait beaucoup baladé la juge d’instruction Sabine Kheris pour réactiver ses souvenirs sur la disparition d’Estelle. Monique Olivier, son ex-femme s'en était agacée face à lui : « Mais si, souviens-toi, tu m’avais dit que tu l’avais mise là. » 
Un peu comme dans la chanson de Reggiani "Arthur, où t'as mis le corps ?"  


les gendarmes de plus en plus forts (sur Photoshop, en tout cas)
"Arthur, où t'as mis le corps
S'écriaient les inspecteurs
- Bah j'sais plus où j'l'ai foutu, les mecs
- Arthur, réfléchis, nom de d'là
Ça a une certaine importance
- Ce que j'sais, c'est qu'il est mort
Ça, les gars, j'vous l'garantis
Mais, bon sang, c'est trop fort
J'me rappelle plus où que j'l'ai mis"

Le château du Sautou, et ses quinze hectares de parc, est un lieu fondateur dans la trajectoire criminelle des époux Fourniret. Deux victimes y ont été retrouvées : Elisabeth Brichet et Marie-Jeanne Desramault. 
Le chateau de Sautou vous accueille toute l'année
pour vos mariages et vos bar-mitzvahs, 
mais surtout pour vos inhumations 
(envoi de documentation sur demande, sous pli discret)

Une troisième, Céline Saison, non loin, au bout d’un sentier forestier qui mène au Sautou.
Cet édifice du XIXe siècle est aussi le fruit d’un des épisodes les plus invraisemblables du parcours du tueur en série. Car le Sautou est indissociable de l’histoire du trésor du « gang des postiches ».
En 1987, Michel Fourniret partage sa cellule de Fleury-Merogis (Essonne) avec un braqueur de haut vol, Jean-Pierre Hellegouarch, un « beau mec », comme disent les policiers de l’époque. Il est proche du groupe d’extrême gauche Action directe, et a eu comme codétenu un Italien, qui a été incarcéré avec un ancien du « gang des postiches », lequel lui a confié un secret : une partie du butin de cette équipe de braqueurs grimés avec des perruques serait enterrée dans un cimetière de la région parisienne. Jean-Pierre Hellegouarch transmet l’information à son épouse, Farida Hammiche. Mais la jeune femme est effrayée de déterrer, seule, un trésor dissimulé à côté d’une tombe. Le braqueur pense alors à son ancien compagnon de prison, qui vient d’être libéré. « C’était un terrassier avec ses grandes mains, quelqu’un de l’autre monde, du monde du travail, pas du monde des voyous, je lui faisais confiance, raconte Jean-Pierre Hellegouarch, en évoquant Michel Fourniret. Je me suis bien trompé. »
Oui, c'est quand même un manque d'éthique assez gênant dans la carrière jusqu'ici classieuse de Michel.

Si le gang des postiches avait eu
des clés à molette, on n'en serait pas là
Le couple Fourniret et Farida Hammiche exhument une caisse à outils pleine de lingots et de louis d’or. Celui qui n’est pas encore un tueur en série décide de garder la quarantaine de kilos de métal précieux pour lui, et d’assassiner la femme de Jean-Pierre Hellegouarch. Ce meurtre crapuleux, il le qualifiera de « transfert de propriété » en audition. Il lui permet surtout de financer la suite de ses activités criminelles. En 1989, à l’aide d’un notaire véreux, il achète en liquide – pour 1,2 million de francs – le château du Sautou. Alors que Michel Fourniret joue au châtelain, à 250 kilomètres de là, la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres, soupçonne Jean-Pierre Hellegouarch, libéré depuis, de financer Action directe. Une perquisition est lancée à son domicile.
« On trouve une carte topographique, avec un emplacement entouré dans les Ardennes, le château du Sautou, raconte Jean-Louis Huesca, ancien inspecteur à la Crim’. C’est à côté de la frontière franco-belge, et on se dit qu’Action directe pourrait bien se servir d’un endroit comme ça comme lieu de passage. On demande au SRPJ de Reims de faire des surveillances. » Lequel transmet la requête à la police aux frontières, qui écrit en août 1989 : « La surveillance du château est globalement assez difficile du fait de son isolement, de la proximité de la frontière, de la présence des chiens et des accès privés… Des allées et venues ont pu être observées à l’approche du château et il n’est pas exclu que des personnes y habitent en permanence. »

Black friday :
tout doit disparaitre.
Bon, ça, c'est fait.
« Les surveillances n’ont rien donné, explique Jean-Louis Huesca, au bout de quelques mois, on décide de fermer la porte comme on dit dans les enquêtes et d’aller sur place pour perquisitionner. » Il raconte au Monde : « Il y a donc ce château d’apparat et à droite le pavillon de chasse, occupé puisqu’on y trouve le gardien des lieux. C’est un petit monsieur sans importance, un peu passe-partout, surpris de nous voir. On est arrivés à six policiers de Paris, plus deux de Reims, il s’inquiète de voir tout ce beau monde. Mais très vite, il comprend qu’on ne vient pas pour lui. Il nous dit qu’il s’appelle Michel Fourniret, qu’il est le gardien, qu’il n’y a pas de propriétaire parce que le château est en vente, et qu’il fait les visites. Il y a là aussi une femme plus grande que lui, très effacée, qui laisse son mari parler. Je vais entendre ce monsieur. Il va m’indiquer qu’il est connu des services de police pour des affaires de mœurs, mais qu’il s’est rangé des voitures et qu’aujourd’hui il travaille comme gardien. » La brigade criminelle enquête sur des présomptions de financement du terrorisme, elle ne recherche pas quelqu’un condamné pour viol ou agression sexuelle.
Ainsi, les policiers ont marché sans le savoir sur les cadavres de Marie-Jeanne Desramault et d’Elisabeth Brichet. L’adolescente, enlevée le 20 décembre 1989, a été enterrée au Sautou alors même que les lieux étaient sous surveillance. Jean-Louis Huesca, l’ancien inspecteur de la Crim’, ne découvre qu’une vingtaine d’années plus tard, après l’arrestation et les aveux de Michel Fourniret, que le faux « gardien du Sautou » est un tueur en série. De nouvelles fouilles sont prévues au château le 7 décembre, là où il affirme désormais avoir caché le corps d’Estelle Mouzin.

Aah non, là c'est pas lui.
Faut pas voir le mal partout.
Je vais aller mater de vieilles plaidoiries de Dupont-Moretti pour voir si je peux pas bricoler un truc pour faire amnistier Fourniret pour décrépitude raisons médicales, en profitant de la confusion qui accompagne les agapes du Black friday, de la fin du confinement et du moratoire sur les violences policières courageusement adopté par Darmanin, manin et demi. 
Quitte à faire flouter Michou.
Hier soir, quelqu'un me reprend, après que j'aie prétendu avoir assisté à l'incinération d'un ami : 
"ah non, attention, l'incinération est un terme qu'on doit réserver aux ordures, quand c'est un humain on parle de crémation. 
- D'accord, mais les humains qui sont des ordures ? 
Elle a ri. Que pouvait-elle faire d'autre ? 
Et encore, je ne lui ai pas fait la blague de Fourniret : 
« C'est un méchant homme, un pédophile invétéré et enfiévré, qui entraine sa jeune et future victime dans les bois, la nuit tombe, il y a des bruits étranges, ça craque à chaque pas, le petit garçon pleurniche : « j'ai peur ! » alors l'homme lui répond, agacé : « tais-toi ! moi aussi, j'ai peur, et en plus après, il faudra que je rentre tout seul, dans le noir..... ! » Je crois bien l'avoir lue dans un livre d'Emmanuel Carrère, lui qui citait récemment, dans Yoga, l'Evangile "Good copte, bad copte" de Thomas : « Si tu fais advenir ce qu’il y a à l’intérieur de toi, ce que tu fais advenir te sauvera. Si tu ne fais pas advenir ce qu’il y a à l’intérieur de toi, ce que tu n’auras pas fait advenir te tuera »

Quand ils sont petits, les pédophiles ont peur du noir.
Comme tout le monde.
Je vais pas lui jeter l'Abbé Pierre, tant que je prends mon lithium, tout va bien, mais quand même, il y a des choses à l’intérieur de moi qu’il vaut mieux ne pas faire advenir.
J'en parlerai sans doute ces prochains jours, puisque j'ai l'air si décidé à entonner le cantique de la racaille. Ca sera pas pire que quand je bavais sur Breivik. Plus instructif, sans doute : le trombinoscope des fugitifs les plus recherchés d'Europe. Comme les champignons, sachez les reconnaitre, pour ne pas en ramasser de vénéneux. Là encore, tout doit disparaitre, et c'est pas la peine de les ramener au commissariat, si vous voyez ce que je veux dire.

jeudi 26 novembre 2020

Loukoum et Tagada contre Mélanie Mélanome (3)

Résumé
Blacky le vilain mélanome me menaçait de son arme : 
ma femme l'a neutralisé en m'envoyant chez la dermato
et m'a sauvé la vie. J'essaye de ne pas lui en tenir rigueur.

Gérard Jugnot cachetonne dans des publicités douteuses.
Ou alors, c'est Gérard Manchié, qui ne vend plus de disques.
Anyway, enlève tes lunettes, Gérard, on t'a reconnu.
Au centre de cancérologie où je me rends toutes les 3 semaines pour me faire perfuser 10 cl de pembrolizumab, je remarque ce dépliant sur un présentoir; j'en apprécie d'abord la direction artistique et le bon goût du publicitaire qui a affublé le patient d'un polo couleur pisse-tache, je n'aurais pas fait mieux. Ensuite, je regarde le produit. Il n'est pas judicieux sur le plan karmique de rire des maladies qu'on n'a pas encore (sauf à considérer mes fuites urinaires sur blog, mais j'arrête quand je veux, et puis ça c'est du virtuel, moins embarassant que dans la Réalité Réelle Ratée), mais je ne crois pas que le fabricant de cet ingénieux étui pénien + poche de recueil puisse grand-chose pour moi. Bon, d'accord, imaginons que ça me coule dans le slip, et que je ne le vive pas bien, m'affranchirais-je de cette gêne en m'en réclamant sur cette tribune hyper-secrète assidûment scannée et cartographiée par des nanobots soviétiques ? Plus de 1000 vues par jour, selon les stats. C'est dingue. Avant d'en déclarer un, le cancer me terrifiait. Et pour paraphraser Jacquard, j’ai beaucoup aimé les Africaines, jusqu’à ce que j’en rencontre une. Comme quoi, on ne le rabâchera jamais assez avant de s'exciter sur des fadaises, le passage de l'imaginaire, de peur ou de désir, à la réalité, est toujours un peu décevant; comme à Deauville sans Trintignant
Et c'est le principe même de la Réalité Réelle Ratée, je devrais le savoir, j'ai participé à la conception du truc, je dois d'ailleurs rédiger un billet sur la genèse du gRRR, mais j'attends l'inspiration, qui reflue un peu, après un mois de novembre un peu frénétique (quand je tombe du lit à 4h30 pour honorer mes blogs ou mes correspondants, c'est pas bon signe, et la clarté consciencielle s'en ressent, je suis obligé de l'admettre puisque l'écriture est ma seule pratique spirituelle régulière, aussi curieux que ça paraisse en l'énonçant de la sorte, et bien que souvent, les doigts cavalent après la pensée, mais c'est pas grave elle tourne en boucle.)

Pour en faire une carte de voeux, 
penser à rajouter le bouton "2021"
"Ce qui semble avantageux dans l'immunothérapie qui m'est proposée comme traitement après la chirurgie, repompai-je éhontément des commentaires de l'article précédent, c'est qu'elle vise à lever en moi une armée de leucocytes qui vont aller foutre la pâtée aux cellules infidèles et métastasées. Au lieu de s'attaquer directement aux cellules tumorales, il s'agit d'aider le système immunitaire à les reconnaître et les détruire. J'espère ne pas en faire un feuilleton sur ce blog, même si en même temps c'est une façon d'essayer de rendre ça intéressant pour les autres. Mais on est souvent peu intéressé par le sujet du cancer avant de s'en choper un."
Franchement, il y a des jours où lâcher mon clavier, ça serait vraiment aider mon système immunitaire à faire le ménage, et le renforcer dans ses convictions de ne pas se laisser enfoncer les défenses, même les back doors. Je n'épuise pas que mes lecteurs, je m'épuise aussi. Je dois me mettre sérieusement au qi gong. Pas "faire du qi gong sur internet", comme disait ma fille. J'ai promis. J’attendais ma 2ème séance d’immunothérapie pour voir si j'avais quelque chose à en dire, dans ce feuilleton que j'essaye de ne pas écrire; elle a eu lieu la semaine dernière, et c’est pas pire. Je veux dire que je ne ressens rien de particulier, ni ne subis pour l'instant d’effets secondaires parmi ceux qui m'ont été présentés, violente diarrhée, fatigue épouvantable, bubons et démangeaisons, et ne me sens pas plus malade que d’habitude, je veux dire, qu'avant le cancer. J’ai de la chance, je ne suis pas du tout anxieux devant la maladie. Ma femme l’est, enfin, l’a été, beaucoup plus que moi.

Les éditoriaux tonitruants, c'est bien fini pour moi.
Au moins jusqu'à l'année prochaine.
Faut dire que les oncologues, comme ils ignorent comment tu vas réagir au traitement, sont un peu avares de notes d’espoir. Leur pronostic est toujours très réservé. Donc, en principe, au cours du traitement, on n'a que des bonnes nouvelles. Je leur pardonne : leur métier, c’est quand même la maladie, plus que le rétablissement. Comme le vrai métier de Freud était plus la pathologie que la santé mentale. On est moins intéressants pour eux quand on est guéris. Pardon, en rémission.
Les cancers de la peau, c’est tenace, et c’est un peu comme Alien, une fois arrimés en surface, ils creusent leur chemin à l’insu de ton plein gré, et même si on les opère avec une bonne marge autour, on n’est pas toujours débarrassé du problème... comme ils ont trouvé une micro-métastase dans mon ganglion sentinelle, une sorte de pavillon témoin incisé dans l'aine, dans le doute ils ne s'abstiennent pas de traiter, et je suis donc parti pour un tour complet d’un an dans la grande usine à cancers.
De l’aveu même de l’oncologue, la science médicale ignore si j’ai d’autres métastases que celle détectée , tapie dans le pavillon témoin. La sentinelle n’a pas révélé la position des troupes. Ni même avoué leur existence. C’est peut-être des métastases de Schrödinger, qui fonctionnent comme le chat éponyme https://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_de_Schr%C3%B6dinger auquel cas il faudrait ouvrir tous mes ganglions pour savoir si y’en a d'autres, avec un vieil épluche-légumes rouillé, parce que le rire stimule lui aussi les défenses immunitaires (penser à regarder si j’ai eu mon rappel tétanos, quand même). Pour l'instant, je m’y refuse, mais dans cette entreprise, c'est pas moi qui ai les clés du camion. Le patient est la matière première de l’industrie oncologique, c’est dingue le nombre de rendez-vous, d’analyses et d’examens. Je suis impliqué dans un process industriel sensiblement chronophage, entre mes séances d'immuno je fais et refais des tours de scanner, pour vérifier que le pembrolizumab ne se trompe pas de cible, de la tomographie, des prises de sang, des électrocardiogrammes, "heureusement" (sic) j'ai très peu de contrats CDD en ce moment, et c'est pas vraiment le moment d'aller gueuler au planning, vu que j'assigne mon employeur aux Prud'hommes pour abus de CDD, ça fait quand même 23 ans que j'ignore si j'aurai du boulot la semaine prochaine, l'audience a lieu en janvier prochain. Ce qui fait qu'en attendant, je jongle entre les propositions de contrats et les rendez-vous médicaux, ah non là je peux pas bosser, lundi j'ai scanner, mardi j'ai immuno, désolé. Je ne la joue pas comme ça, non, j'essaye de passer entre les gouttes. D'ailleurs je ne vous ai rien dit. C'est juste une fuite, pardon, c'est les Warsen Leaks. Juste avant mon Black Friday, où je vais commencer à solder mes organes encore potables sur le darkweb.
Clique sur l’image. N’aie pas peur. Ce n’est pas sale.

Et la fiche pratique, concoctée par Jeannette Warsen, sans laquelle cet article ne peut être vendu car il ne serait que du vent avec la bouche :
Stimuler Votre Systeme Immunitaire Grâce Au Qi Gong : (Le Matin)
https://www.youtube.com/watch?v=AoGOZ48jM0g
Stimuler Votre Systeme Immunitaire Grâce Au Qi Gong : (Le Soir)
https://www.youtube.com/watch?v=vQmVBVJeDZM
Stimuler son système immunitaire du matin au soir sur la Riviera vaudoise en faisant bien attention de ne pas tomber dans le lac Léman si on recule d'un pas :
https://youtu.be/p-UjZqumT-w
- le quizz qui va bien d'auto-dépistage du mélanome :
https://dermato-info.fr/fr/la-recherche/m%C3%A9lanome-%C3%A9valuer-l%E2%80%99urgence-%C3%A0-consulter#quiz_1

Non, petit scarabée, ne clique pas sur l'image. 
Ce n'est pas que ce soit sale, mais c'est un jpeg. 
Clique plutôt sur le lien.

(Loukoum et Tagada® sont une création John et Jeannette Warsen®)

samedi 14 novembre 2020

La lecture c'est l'aventure (6)

Ma libraire, acculée par la faim à me vendre un livre, a chopé le Covid.
Si elle avait écouté Castex, on n'en serait pas là. 

Pour Noël, le gouvernement a enfin tranché : les cadeaux seront roses pour les filles, et bleus pour les garçons. On pourra les retirer dans les librairies, toujours fermées pour cause de pandémie, mais réquisitionnées par un décret publié la nuit prochaine, et habilement rebaptisées Les Républicains Magasiniers (LRM). 
Les personnes issues de la minorité LGBTQAI+ seront priées de se faire dépister à l'accueil, Micron et Cachetext leur bricoleront bien un petit quelque chose pour qu'elles ne repartent pas les mains vides. 
Pour les petites villes dont les librairies ont été depuis longtemps réduites en cendres par la Fnac, Internet, les salons de massage, les cinémas multiplexes et les brasseries artisanales, plusieurs quincailleries-drogueries, aussi closes que certaines maisons d'avant-guerre pour ne pas nuire au tout-puissant Monsieur Bricolage, ont été sélectionnées au hasard pour pallier ce défaut de maillage du territoire par un comité de 9 Sages ayant revu récemment l'armée des 12 Singes. 
Parmi les divers présents proposés par l'équipe gouvernementale composée de Croquignols, de Ribouldingues et autres Filochards, les Rois Mages Magasiniers en CDD, on est toujours mieux là que chez Amazon, ma femme a choisi "Martine médite sur les joies du Discours de la servitude volontaire de La Boétie", une malicieuse parodie des blagues pourries (parce qu'enfantines) de Martine, qui connaissent à nouveau un vif succès auprès des plus âgés parmi les moins jeunes de nos aînés qui peuplent encore les Ehpads, anthologies de blagues de Martine republiées en versions toutefois expurgées pour ne pas se laisser griser et attraper la tête qui tourne, à nouveau disponibles dans la bibliothèque rose et préfacées par Christophe André, et non, je ne vous mets pas la couverture, vous la découvrirez vous-mêmes en allant chercher vos cadeaux. Comme ma femme est elle-même prénommée Martine, le livre la fait déjà bien sourire par avance, à lèvres déployées, comme une négresse blanche, et par les temps qui courent, ou plutôt qui se trainent avec plusieurs bastos dans le buffet, c'est déjà ça. 
J'ai opté quant à moi pour l'édition collector de « Hold-up » ce documentaire chaudement recommandé par les Décodeurs du Monde et dont tout le monde parle à la télé-caféteria de l'entreprise, qui prétend dévoiler la face cacher de l’épidémie, et qui attribue facétieusement l'invention du Covid-19 aux conspirateurs de tout poil, et même sans poil du tout.

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html

https://www.franceculture.fr/medias/hold-up-a-partir-de-faits-le-documentaire-est-bati-comme-une-vraie-entreprise-de-desinformation

Enfin, pour l'instant j'hésite encore entre ce DVD (dont j'attends beaucoup, surtout du bêtisier dans les bonus cachés) et le troisième tome du Shaolin Cowboy de Geoff Darrow, qui vient de paraitre chez Futuropolis, et qui a l'air au moins aussi magnifique que les deux précédents, désormais fleurons de ma bibliothèque, enfin quand elle sera remontée, parce que par solidarité avec les libraires, j'ai benné tous mis mes livres au garage, de façon à ne pas concurrencer le Super U, me condamnant à effeuiller de tristes livres virtuels empruntés dans des officines clandestines et compulsivement injectés dans ma tablette http://planete-bd.org/ 
En truandant un peu ma dérogation, comme la couverture du Shaolin est bleue, ça peut passer. Je ne sais pas pourquoi, je n'arrive à lire que des bédés, en ce moment, parce que lire me fatigue, et puis je ne peux pas taquiner ma muse graphomane d'une main et charrier des cartons de l'autre en même temps.


Au prochain déconfinement, s'il arrive un jour,
j'aurai jamais le courage de tout remettre en rayon.
Je crois que je vais faire un lot sur le bon coin à 10 €,
ça va être vite vu.
Si l'idée de vous faire imposer vos cadeaux de Noël par le gouvernement vous emplit d'une terreur indicible, ayez une pincée de compassion pour les gens qui croient qu'on va leur injecter des nanoparticules agissant comme des cookys liquides avec le vaccin du Covid, et dites-vous bien que ça aurait pu être pire : si on n'avait pas été en démocratie, on aurait pu, comme en Biélorussie, recevoir pour Noël et par la poste, enveloppée d'un hideux papier kraft, la bande-son de Saw 6, un vrai gâchis parmentier et auditif. Et là, c'eut été gore.
Ou la réédition de Fahrenheit 451, parce que c'est tendance.

mercredi 11 novembre 2020

Légendes d'automne : l'omelette aux girolles

Omelette aux girolles, l'expérience interdite :
Ce film a bien failli être interdit lui aussi.
Trop provocateur vis-à-vis du nouvel ordre sanitaire et moral. 
J'ai même entendu parler d'un Rimpoche tibétain
à qui ça avait fait passer le goût des champignons.
Il fait très doux, en ce mois de novembre de reconfinature au petit déjeuner. 
Anormalement doux, pourrait-on dire si on trouvait quelque chose de normal à quoi comparer cet automne, singulier à bien des égards. 
L'hiver sera sans doute encore plus doux que du beurre doux, mais aussi beaucoup plus rude, car dans le jardin, mon fils déterre torse nu les racines des figuiers que j'ai désignés à son hubris et à sa hachette. 
Ca ne trompe pas : quand enfant de l'homme blanc tronçonner torse  nu, pas beaucoup rigoler en perspective.
En tout cas, je vais rentabiliser son séjour; en voilà un qui ne sera pas venu se confiner chez ses parents pour rien, et qui ne repartira pas chez lui les mains vides, mais bien pleines d'ampoules. 
Par ces tiédeurs, la forêt du Gâvre doit regorger de cèpes et de chanterelles, qui imploreraient d' être ramassées de leur petites voix flûtées, si la Préfecture autorisait les balades en forêt. Car sinon, pourquoi Dieu aurait-il créé les champignons ? je veux dire, à part les amanites tue-mouches, qui, au Néolithique, étaient sans doute une variété parmi d'autres de confiserie hallucinogène et divinatoire pour le chaman de la tribu, qui lui permettait d'entrevoir à travers les portes de la perception (H = 180 x L = 73 cm) que dans un lointain avenir, l'Homme inventerait le blog, qu'il trouverait ça bon, mais que sa femme serait obligée de lui envoyer un mail pour qu'il qu'il revienne à table pour déjeuner. Et le chaman avait ensuite bien du mal à retranscrire ses visions auprès du reste de la tribu, dans un langage articulé, certes, mais ne comportant que 50 nuances de grrr...ognements. 

Question d'aller aux champignons, cette année, c'est un peu "en novembre, touche ton membre" : la cueillette reste interdite à 135 € d'amende au moins jusqu'à début décembre (en décembre, suce du gingembre) et j’en suis réduit à acheter des trompettes de la mort (c'est un champignon très comestible, pas un disque de darkjazz nordique) au marché du village pour confectionner des omelettes aux patates améliorées. C'est des problèmes de riche, mais quand même, je me demande si je ne vais pas rejoindre le front de gauche.

La Préfecture envisage d'interdire aussi la diffusion des photos de sous-bois feuillus, 
dont la contemplation serait bien trop suggestive et même carrément néfaste
aux mycologues amateurs aussi désappointés que les Mélanchono - Trumpistes.

Dans ma boite mail ce matin, je trouve un article un peu tapageur, sur un site incertainement scientifique mais peu suspect de complotisme car ses parrains sont assermentés par l'évéché :
" Les champignons hallucinogènes 4 fois plus efficaces que les antidépresseurs ?" 
Prenez le temps de le lire, ça m'évitera un résumé tronqué et frauduleux. Selon une étude parue dans (pi)JAMA Psychiatry, la psilocybine, une substance que l'on trouve dans les champignons hallucinogènes, améliorerait rapidement et avec une grande ampleur les symptômes de la dépression grave... L'article vante les qualités de ce psychotrope estampillé Nature et Découvertes mais reste très en surface de son sujet, et donne surtout envie de cuisiner une omelette farceuse (et baveuse à point) à Emmanuel Carrère pour qu'il n'écrive plus jamais Yoga

Ah dis donc moi qui savais pas
quoi m'offrir à Noël y'a 5 minutes !
Merci Wiki, merci Amazon !
De mémoire, le LSD avait lui aussi été conçu dans un but thérapeutique. 
Je découvre en passant que c'est le même chimiste qui est dans le coup; je ne regrette pas mes 10 € envoyés à wikipedia.
En passant et repassant sur ces articles, je note que la psilo est naturelle, qu'elle a été isolée par Hoffmann dans des champignons mexicains, que sa synthèse est difficile et onéreuse, alors que le LSD-25 est un dérivé de l'ergot de seigle, un autre champignon, parasite du seigle. Mais c'est un produit de synthèse, qui n'a pas le label Agriculture Biologique.
Il est pourtant scientifiquement prouvé que les gens qui ont cru pouvoir s'envoler du 4ème étage après en avoir absorbé ont été définitivement guéris de leurs névroses, ainsi que du reste de leurs pathologies. Alors qu'avec la psilo, d'après mes souvenirs, on se gondole en même temps que les motifs floraux de la tapisserie du salon, sans plus. Mais les variétés bretonnes sont dix fois moins chargées en principe actif que leurs cousines sud-américaines.

Cet article m'a été posté par un ami qui a tellement pris de Final Cut Pro X, un logiciel de montage puissamment hallucinogène, surtout quand on active les proxys, qu'il voit désormais des renards partout, mais lui il s'en fout, car il vit en forêt et peut se signer des dérogations à tire-larigot si la fantaisie lui prend d'aller ramasser des girolles psychédéliques qui ne font pas rire quand elles prédisent un futur nuancé et incertain à l'espèce humaine, mais le pangolin et la chauve-souris géreront peut-être mieux les ressources de la planète que les fondés de pouvoir de la banque Lehman Brothers ne le firent avec nos sous en 2008.

On peut dire la même chose des girolles.
Dans un autre article tiré du même site, selon le principe du titre accrocheur qui ne tient pas ses promesses : "Dépression et tabagisme, la faute à l'Homme de Neandertal"  
"Notre principale conclusion est que l'ADN de Neandertal influence des traits cliniques chez l'Homme moderne : nous avons découvert des associations entre l'ADN de Neandertal et un large éventail de caractéristiques, y compris des maladies immunologiques, dermatologiques, neurologiques, psychiatriques et reproductives » (..) De plus, des variants génétiques provenant de Néandertaliens influencent aussi le risque de dépression. Cependant, cela ne signifie pas forcément que Neandertal était dépressif.
Effectivement, très peu de témoignages de dépressifs nous sont parvenus depuis le Néolithique. 
En plus, j'en ai lu une bien bonne dans le Destination Ténèbres de Frank M. Robinson cet été :
« L’homme de Neandertal a dû être agréablement surpris quand il s’est accouplé avec une créature dotée d’un système nerveux supérieur. Mais je suppose que la femme de Cro-Magnon a dû s’emmerder. »
Bon, j'ai au moins retenu l'idée que dans les 1 à 4 % d'ADN que les Européens ont hérité de leur lointain ancêtre néandertalien, se trouvent des gènes associés à différentes maladies : dépression, addictions, affections touchant la peau ou la coagulation du sang. Et que certains de ces gènes issus de notre lointain passé sont ensuite devenus obsolètes voire contre-productifs. 
Même si ça me fait une belle jambe dans mon projet de cape d'invisibilité à base de gènes surnuméraires pour pouvoir aller aux champignons sans tomber sur les pandores. 

Sur le darkweb, on trouve des gros sacs Super U
bourrés de chanterelles, vendus à la sauvette
par des dealers berrichons sans vergogne,
et payables en bitcoins. Le darkweb,
c'est vraiment une zone de non-droit.
Puis, dans le Monde de ce matin :
Covid-19 : des troubles psychiatriques décelés chez 20 % des patients. 
Selon une étude de l’université d’Oxford, publiée dans la revue The Lancet Psychiatry, l’anxiété, la dépression et les insomnies sont les affections les plus communes chez les personnes rétablies, qui sont aussi plus vulnérables face à la démence. Les chercheurs montrent aussi que les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont à 65 % plus susceptibles de contracter le virus.

Etant entendu qu'au vu de la virulence du virus, on va tous attraper le Covid-19 à moyen terme, ça corrobore la vieille blague ghibellinienne "Une personne sur cinq souffre de troubles psychiatriques. S'il y a quatre personnes autour de toi et qu'elles ont toutes l'air en bonne santé, c'est pas bon signe." Mais à part ça, on fait quoi avec toutes ces infos ? Etant professionnellement très impacté par la crise sanitaire, je vais proposer à mon agence pole emploi de me reconvertir en organisateur de stages en forêt, sur le modèle de ces séjours survivalistes qui ont tant de succès auprès des jeunes qui se sont fait embobiner sur internet par d'anciens gradés. J'emmènerai des fournées de chômeurs dépressifs covidés en forêt, je les formerai à la cueillette de psilo, j'aurai une prime à la casse car j'en perdrai un ou deux à chaque sortie, et avec un peu de chance on trouvera bien quelques girolles. 

mercredi 4 novembre 2020

La lecture c'est l'aventure (5)

Un dessin de Xavier Gorce
peut être exigé
en début d'article, 
sauf dérogation préfectorale

La Belgique, qui procède comme la France à un deuxième confinement en raison de l’aggravation de l’épidémie de Covid-19, a décidé que les librairies, qui avaient dû baisser le rideau pendant deux mois, resteraient cette fois-ci ouvertes. Le soulagement dans la profession est palpable. « C’est une excellente nouvelle, atteste France Verrier, qui dirige Les Yeux gourmands, une petite librairie de Saint-Gilles, en région bruxelloise. Non seulement le livre est considéré comme important, mais il figure désormais sur la liste des biens « essentiels », ceux qui permettent d’échapper aux fermetures, au même titre que les magasins d’alimentation, les magasins de bricolage, les jardineries, les papeteries, ou encore les merceries
https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/11/03/reconfinement-en-belgique-les-livres-sont-consideres-comme-essentiels_6058364_3246.html

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Sinon, j'ai aussi une aventure souterraine de Mélanie Mélanome (dont elle s'est pas vantée) au Royaume des ouvrages interdits à l'achat en magasin en France : pour ne pas me contenter de me regazéifier avec mon propre gaz, ma femme m'a prêté un court roman coréen, alors que j'attendais ma première perfusion d'immuno à l'hosto.

La qualité de l’écriture est inconnue sous nos (mes) latitudes : 
aucun affect ne transparait, et le narrateur décrit avec clarté et une lucidité non-léthale (il est coréen, c'est pour ça) des faits et des situations insoutenables et inconvenantes, sans le moindre pathos.
« Les morts n’ont pas de tumeur » : si ça finit pas sur mon, blog, on aura du bol !





lundi 2 novembre 2020

Après l’attentat de Conflans, comment lutter contre le poison de l’islamisme ?

Pour qu'on ne puisse m'accuser de céder à la vacuité égotiste de la dérision quand la République est en danger, ou d'écouter la reprise du Bicot de Peter Gabriel par Supertrump pendant sa campagne, je rediffuse cette interview de Fethi Benslama lue dans Télérama.

Chaque numéro de l'hebdomadaire s'ouvre par une entrevue avec une personnalité en prise avec l'actualité, et c'est souvent des gens qu'on aurait envie de voir dans le 28 minutes d'Arte.
Fethi Benslama est psychanalyste, membre de l’Académie tunisienne et spécialiste du fait religieux.