mardi 13 janvier 2009

vivre sans ou mourir avec

Ambivalence des sentiments


Hier, je me suis un peu énervé sur le blog d'un dépendant sexuel, et voici les commentaires qui suivaient son article :
(il a depuis fait disparaitre tous les commentaires de son blog, et j'aurais sans doute fait la même chose à sa place si j'étais lui, mais j'étais moi )


Il m'a écrit : "J'ai été contraint de supprimer le dernier message que tu as laissé sur mon blog car il revêtait un caractère un peu trop graphique, explicite. Bref, trop d'information. Ces histoires de doigt dans le rectum n'ont rien d'édifiant ni de spirituel, à mon avis.
Le fait que cette pratique sexuelle soit très stimulante n'indique seulement qu'un plus grand nombre de terminaisons nerveuses se trouve dans cette région du corps. Affirmer que cela prouve l'existence des chakras n'est qu'une interprétation très libre des signaux que t'envoient ton propre corps.
Seule la repentance et l'amour pour Dieu et le prochain conduisent au Salut.
Je préfère la beauté, la noblesse et la simplicité de l'Évangile aux exercices rectaux que tu me proposes. Désolé."
"Si ma réponse te laisse aussi zen que ce que tu donnes à voir, c'est déjà pas mal." lui ai-je répondu.
Il est vrai que le jésuitisme avec lequel je lui suggère de se l'enfoncer profond pour tester son premier chakra ne le cède en rien à la sérénité toute bouddhique par laquelle il doute de la valeur spirituelle de ma démarche, et c'est un grand moment bloggesque de dialogue interreligieux.
En plus, je suis content de le voir aborder une approche scientifique et rationaliste quand ça l'arrange, parce que sur le créationnisme, effectivement ça va pas le faire au prochain Vatican II. Bon, d'ici là, on est d'accord sur l'essentiel : la repentance, l'amour de Dieu et du prochain. Pas nécessairement dans cet ordre-là, mais si on commence à se pignoler là-dessus, on est morts en tant que groupe.
Je me suis rappelé que récemment, un copain mixeur m'avait fait tester de nouvelles enceintes acoustiques achetées par sa boite, et qu'elles s'étaient révélées tellement bonnes qu'on avait momentanément l'impression d'avoir une nouvelles paire d'oreilles, l'amplification des sensations auditives nous propulsant à l'insu de notre plein gré à mi-chemin de l'extase religieuse.
Pareil en regardant du Blu-Ray sur une télé full HD, l'impression d'avoir de nouveaux yeux : un piqué d'image qui enfonce largement la projection sur un écran d'une image argentique, et qui du coup dé-réalise l'impression cinématographique car l'image devient trop nette pour qu'on y croie. Si c'est pas malheureux, toute cette technologie pour se retrouver à côté du rêve pour cause d'overdose d 'information (la quantité de définition de l'image !)
Or, le dépendant sexuel qui cesse de se tirer sur la nouille et renonce même à se branler devant un ordinateur éteint, n'est lui doté ni d'un nouveau zguègue ni même d'une nouvelle compagne (pour peu qu'il en ait eu une, quelque peu délaissée) et il lui faut, en plus de l'ascèse du sevrage, reprendre le chemin vers lui-même, sa vie de traviole et ses idées bancales, celles-là même qu'il chérissait peut-être avant de sombrer dans la compulsion.
D'où de nombreux coups de calgon, sautes d'humeurs et hésitations, bien compréhensibles à ce stade du traitement.
Même si on est loin d'être tous des publicités vivantes pour la sobriété sexuelle, faudrait pas que ce soye la dépendance qui sorte grandie de nos petites chicaneries dans un champ de navets.

lundi 12 janvier 2009

Ca m'est égal

Ca m'est égal d'être un peu mort
Escamoté dessous la terre
Du côté de ceux qui ont tort
D'être plus là pour prendre l'air

Ca m'est égal que plus personne
Sache comment je m'appelai
Tant et tant de téléphones sonnent
Dans des appartements déserts

Ca m'est égal de ne plus voir
gens qui pleurent ni gens qui rient
De rien sentir de rien savoir
D'être un peu de rien dans du gris

Mais je voudrais pourtant savoir
Si quelque part quelqu'un quand même
Se souviendra de mes souvenirs
Ai-je rien oublié de tous ceux que j'aime

Je veux bien partir et être très mort
Mais mes souvenirs seront-ils en vain
Comme au fond des mers les galions pleins d'or
Dormant dans le noir de l'eau sans chemins

Mais nos souvenirs seront-ils en vain

poème de Claude Roy entendu dans l'émission de Philippe Meyer samedi sur france inter
à déclamer les pieds dans un bol de mayonnaise tiède en écoutant Dakota Suite :
j'étais en pleine réflexion sur les mécanismes de protection du moi, ceux qu'on ne fait pas sauter après décision de cesser de croire à son histoire personnelle, et ce mec vient prétendre "ça m'est égal" alors que tout son poème hurle le contraire.
Des fois, les poètes c'est rien que des chochottes.
Je crois que je préfère relire Eckart Tolle, c'est "le mysticisme pour les nuls" question littérature mais y'a pas autocontradiction dans les termes, et justement, je dois composer avec des capacités assez médiocres.
Arf.

samedi 10 janvier 2009

Qu'attendre de 2009 ?



Très cocasse : déniché sur un site amateur de prévisions économiques qu'on pourrait taxer de catastrophiste éclairé, une vraie mine de posters géants pour nous, les désespérés.
Je veux dire, ceux qui croient qu'il n'est pas nécessaire d'entreprendre pour espérer ni de persévérer pour réussir.
Des riches qui caressent l'idée d'être pauvres.


jeudi 8 janvier 2009

Vétéran des guerres psychiques, congue !



Cher journal,
il n'est que temps de prendre de bonnes résolutions pour l'an neuf (9), car vu comment je n'arrive même plus à écrire sans lunettes, il semble que le temps me soit désormais décompté, au lieu de compté, et ça fait une différence qu'il me plait d'estimer sacrée, plutôt que ça craint.
D'ailleurs, même Dieu semble infoutu de déroger aux lois de l'univers tel qu'il l'a créé, même si mon père est bien parti pour s'affranchir du déterminisme.
En tout cas c'est ce qu'il psalmodiait dans les coins sombres de la maison toute la semaine qui a précédé notre départ au ski.
Allons bon.
Il me faisait un peu l'effet que Marlon Brando marmonnant du T.S. Eliot à la fin de Apocalypse Now a dû exercer sur Francis Coppola quand il s'est aperçu que l'acteur était incapable de jouer le rôle qu'il lui avait écrit. Il m'a fallu éviter de le taquiner (mon père, pas Coppola, et encore moins feu Brando) : je ne ricane ni ne condamne, et me suis bien gardé d'attraper la perche enduite de glu et de matérialisme dialectique qu'il me tendait là, me bornant à la lui signaler, reportant à plus tard le slow burning gag sous cape à la voile entre amis triés sur le volet à propos de s'affranchir du déterminisme, d'autant plus que deux nuits plus tard, j'ai réveillé ma compagne en parlant dans mon sommeil et d'après son témoignage, mon dialecte somnanbulique présentait d'étranges accointances avec les mélopées paternelles.
Ben voyons.
Je comprends mieux avoir voulu expier tant d'orgueil transmis par la lignée par une auto-humiliation si constante et si appliquée, à travers les différents âges de ma vie.
Et de jalouser l'amour inconditionnel (de type maternel mais exercé par aucune mère terrestre de ma connaissance), de le confondre en imagination avec l'amour humain et féminin, et d'avoir passé tant de temps dans une terrible bouderie avant d'accepter qu'il n'avait rien à voir avec le bizness* dans lequel j'étais pris.
Pour l'heure, il m'apparaît que seule l'observation et acceptation desdits déterminismes puisse desserrer quelque peu leur joug, donc y'a pas de quoi ricaner, d'abord.
Pour certains des plus encombrants, je m'efforce de passer mon tour, un jour à la fois.
Pouêt-pouêt.
Donc, cette année, ça serait chouette si je me cantonais à pas plus d'une heure d'ordinateur par jour, parce que ça c'est vraiment la plaie, hein, même si je ne retrouve plus cet entrefilet qui m'avait tant frappé sur ce japonais qui s'est suicidé pour échapper à ses emails, et puis d'abord, où échapper à quoi que ce soit ?
Et puis j'ai lu un article bien flippé sur la cyberdépendance en Asie.
Eux, c'est le jeu qui les domine de son vieux puits de mine, plutôt que les conquêtes féminines qui finissent par .jpg, bien que, maintenant que la seule ressource naturelle quasi-inépuisable concevable soit la meuf virtuelle, le développement soutenable prend un autre visage (rires.)

Au ski, je me suis vu et entendu pester contre les Espagnols, qui s'obstinent à ne pas remplir les sièges laissés vacants par les français dans les télésièges à quatre ou six places qui se présentent à eux, ils préfèrent s'agréger par petits groupes ibères et grumeler dans les files d'attente, alors après comment tu veux qu'on fasse l'Europe si déjà on est pas foutus de brinquebaler ensemble dans les agrès de remorquage prévus à cet effet et qu'on se mure dans cette socialité du mépris mutuel héritée d'un autre âge ?
Et puis, au bout de 6 jours de descentes à toute berzingue, l'insatisfaction était toujours plus forte que le désir de poudreuse du début du séjour.
Snniirrffllll.
Nature purement addictive de la vitesse, que ce soit à ski, ou sur les autoroutes de l'information.
(relire du papier plutôt que de l'écran est un bon antidote)
Au ski, j'ai vu aussi combien, en bas des pistes, le tabac était une plante épyphite (= plantes qui poussent en utilisant d'autres plantes comme support) de l'humain. Dire qu'il y a deux ans j'étais comme ça, à m'en griller une à 2400 mêtres d'altitude, sur le tire-fesses, dès que j'en avais la possibilité... je remercie le Ciel que l'obsession m'ait été retirée, tiens, c'est toujours ça de pris.
D'autant plus que j'ai eu ma location inespérée de dernière minute grâce au fait que la dame que j'avais contactée n'avait pas eu le temps de proposer son appartement à des agences pour les fêtes, vu que son mari est en très mauvaise posture à l'hopital avec un cancer du poumon; j'ai retrouvé des petits cigarillos dans l'appartement familial qu'elle nous a loué en direct, qui ne feront plus mal à ce pauvre homme pour lequel j'ai une pensée émue puisque je lui dois une semaine à la neige, et j'ai mené ma petite enquète pour obtenir cette vérité avant-dernière.

Et vaut-il mieux faire rêver les gens ou leur mettre le nez dans la merde ?
Est-ce qu'un jour ils n'y sont pas confrontés, quels que soient leurs efforts pour se dérober à un réel "insoutenable" ? c'est la question que je me suis posé devant l'absurde des programmes télé, que je n'avais pas regardés depuis longtemps, et le soir après 6 heures de ski c'était la seule activité soutenable avec la préparation du kilo de pâtes de semoule de blé dur qu'on engloutissait quotidiennement et la lecture du Lucius Shepard laissé par le père et la mère Noël.
Et j'ai été assez sidéré par l'inanité des émissions, qu'il s'agisse de divertissement ou de pseudo-magazines et reportages, je trouve que le niveau baisse. Vite.
Et c'est carrément les chaines publiques qui donnent le mauvais exemple, en jouant les maisons de retraite complaisantes aux animateurs passés de mode des opérateurs privés, je vais écrire de ce pas à monsieur de Carolis pour lui dire de quel bois je me chauffe.


* Est-il meilleur d'aimer ou d'être aimé ?
Ni l'un ni l'autre si notre taux de cholestérol excède 5,35. (Woody Allen)
Pour aimer Dieu, ou la Nature dans sa perfection, faut pas être rancunier. La Nature nous aime d'un amour inconditionnel, mais ça va pas l'empêcher, par le jeu des déterminismes et du thermostat qu'on lui a tout bouzillé, d'augmenter la température d'un nombre inédit de degrés d'ici peu de temps.
Vas-y, Seigneur, augmente-là dès maintenant d'au moins 10 degrés chez moi, quitte à la baisser d'autant chez ces pauvres africain(e)s, les contraignant à aggraver leur dette extérieure par l'achat massif de bermudas en pilou.
Envoie-moi un signe, putain, que je cesse de jalouser ton amour inconditionnel,
ptdr et tldc !
(
"pété de rire" et tu "l'as dans l'cul" en langage jeune selon Elie Seimoun)

N'empêche que dans le temps, Flo s'était fendue de ce post homérique :

Kaios Kagathos : j'aime cet homme.
Flocrate : "aimer quelqu'un" n'a pas de sens.
KK : Ah bon ?
F : L'aimes-tu pour une qualité qu'il possède ou pour autre chose ?
KK : je l'aime parce qu'il est lui.
F : Ce "lui" tient-il à une qualité spécifique ou à autre chose ?
KK : A autre chose.
F : "Lui" ne dépend donc pas des qualités
KK : assurément non.
F : Donc si demain il perd une jambe tu l'aimeras toujours
KK : Bien sûr
F : Et s'il lui pousse un pelage noir et qu'il se transforme en chauve-souris, tu l'aimeras encore.
KK : Euh... oui.
F : Et en arbre et en montagne ?
KK : Euh... sans doute...
F : Donc il peut être tout et tu l'aimeras encore.
KK : Ben euh...
F : Donc c'est clair, soit ton amour ne tient à aucune de ses qualités et il est universel, soit il tient en fait à des qualités spécifiques, et là ce n'est plus "lui" que tu aimes mais ses qualités, et ça, c'est du bizness, pas de l'amour.
(Explication : le hic c'est que l'ego est un agrégat, donc "personne" ne peut aimer "personne", il n'y a que Dieu qui peut s'aimer lui-même. Donc tout amour qui n'est pas universel n'est pas de l'amour. On a le droit de faire des préférences, mais ce sont des préférences, pas de l'amour (...) Parce que sinon ce serait de l'attachement ou tout au moins une préférence, et là ce serait une autre histoire. L'amour est par nature non-limité. En fait tu te reconnais toi-même en chaque chose, ou plus exactement Dieu se reconnaît lui-même à travers toi. Sans compter que Dieu et toi n'étant pas séparés... bref.

Flo.


les photos sont © Alie (Orrozien malgré lui,
qui m'a souhaité une bonne année pleine de lumière
sans se douter qu'il y en avait pour tout le monde,
suffit de cesser de se planquer dans les coins sombres, où elle ne peut t'atteindre)

mercredi 7 janvier 2009

Sitar et trompinette

Un Erik Truffaz qui sample Jon Hassell ne peut pas être foncièrement mauvais.
(vieux proverbe moldoslovaque)
Trois destinations au choix :
Paris
Benares
Mexico

Pour Gaza, seul l'aller est garanti.

vendredi 26 décembre 2008

belles vacances point connes

A Noël il y a deux ans, on est allés à la neige dans les pyrénées, on avait passé 8 jours bien sympas à découvrir et redécouvrir les joies du ski.
On s'y était pris un mois avant, comme il n'était pas tombé beaucoup de neige, on avait trouvé une location sur internet au pied des pistes, à saint lary soulan, pas trop cher.
Cette année, je sais pas si j'ai eu le blouze de l'esprit fragmenté ou quoi, j'étais pas motivé, alors j'ai fait confiance, me disant que même 8 jours avant on trouverait l'appartement de rêve au pied des pistes dans le même village pour un prix modique, dans l'esprit "pas besoin d'entreprendre pour espérer ni de persévérer pour réussir", ce qui est évidemment faux...et évidemment depuis une semaine que je m'y suis mis, tout semble loué depuis Pâques.
Pas plus de promo sur internet que d'esprit de noël autour du sapinou.
Mais ça m'a pas perturbé, bien que l'échéance se rapproche, et je me suis fait rabrouer pour mon immobilisme.
Et puis ce matin, la veille du départ qui était toujours hypothétique, je ne sais pas, je me suis levé, j'étais décidé, je ne sais pas à quoi, mais j'ai posé les actes qu'il fallait, en particulier appeler cette dame du magasin de location de skis avec qui on avait sympathisé à l'époque et qui nous avait dit n'hésitez pas à me contacter, elle m'a donné une brouette de téléphones de particuliers à appeler, j'ai laissé des messages sur des répondeurs de ma voix la plus suave, et le dernier de la liste, c'était une dame qui n'avait pas eu le temps de s'occuper de son appartement du fait de la grave maladie de son mari, et oui, il est au pied des pistes et libre cette semaine, alors combien je vais vous le louer, 300 euros, ah non madame c'est pas assez cher pour sa situation et la saison, bon d'accord alors 350, bon super on arrive demain, j'ai mis ça sur le coup de la chance, parce que c'est vraiment inexplicable, ce qui est aussi bête que de parier sur la malchance (ce que je faisais avant comme on le voit sur cette photo d'archive, occupé que j'étais à mettre en scène mon désarroi et mon peu de foi) et donc on part demain à l'aube, très contents de l'aubaine, bien que tout le monde s'était plus ou moins fait à l'idée de passer la semaine devant Rayman contre les lapins encore plus chrétiens et à skier sur la Wii Fit sur des flocons de synthèse.
Je vais faire attention à ne pas nous jeter dans un ravin dans l'enthousiasme général en montant à la station, mais la fin d'année s'annonce bien, alors que je supputais mes chances de monter dans un tramway nommé désir avant 2009.



jeudi 25 décembre 2008

noël en cabane, pâques aux rabannes

Mardi, à la prison, y'avait un prisonnier qui faisait plaisir à voir : il jubilait, littéralement réjoui d'avoir compris l'essence du programme de rétablissement qui nous est suggéré, après ixe années de dépendances, de toxicomanies, de cures et de séjours prolongés à l'hôtel du caniveau.
Et alors que le plus gros du boulot reste à faire pour lui : ne pas boire quand il sortira du gnouf.
C'est pour le coup que la racaille banale, les pauvres types de base, les vulgum pécusses qui sont dans le déni et/ou trop fracassés pour comprendre ce qui leur arrive, l'écoutaient re-li-gieu-se-ment, bien que dubitatifs.
Il y a ce mystérieux déclic qui se produit ou pas au fond de l'être, irréductible ou pas à la somme de ses manques, qu'il soit vétéran ou pas des guerres psychiques.
A l'automne, j'ai entendu un sociologue dire dans une émission sur l'hyper-alcoolisation des jeunes, que y'avait pas que les produits, mais qu'il fallait regarder les personnes, l'environnement... qu'on vivait aussi dans une société de la toute-jouissance et de la toute -puissance, qu'il y avait un déficit de place pour la jeunesse, un déficit de transmission aussi, que la relation à l'autre était problématique... qu'au lieu de focaliser sur l'alcool, il vaudrait mieux travailler pour que les personnes intègrent le cadre, dans une construction identitaire, de faire émerger l'intégration d'une capacité à réguler ses émotions...
Les sociologues sont une sorte de moralistes dispensés de fournir un remède précis aux dysfonctions qu'ils décrivent, et à ce prix-là, ils disent des choses intéressantes.
Comme quand je disais, après avoir relu Orroz, que le porno était un accident industriel entre la révolution sexuelle et le libéralisme, au sens où Tchernobyl avait été un accident industriel entre la science de l'atome et l'incapacité étatique à gérer l'urgence.
Mon Dieu, préservez-moi de me prendre pour un professeur d'explications.
Quitte à me rendormir ensuite devant Hellboy II en Blue-ray.

mardi 23 décembre 2008

Souffrance au travail et cancer numérique


En cette veille de fêtes, ce blog me semble un peu trop axé sur la souffrance pendant les loisirs.
On souffre aussi au travail, comme l'évoquent fort judicieusement ce film et ce reportage interactif qui rappellent que le XVIIIeme siècle n'est pas fini pour tout le monde, bien qu'au bout d'un moment on se demande s'il ne s'agit pas d'un jeu vidéo très élaboré.
En tout cas on le visualise très bien sur mon nouvel Imac 24 pouces acquis en bossant 10 jours par mois grâce à un métier où je prends toujours autant de plaisir, que ça devrait être interdit.

lundi 22 décembre 2008

Noel chez les geeks

Trouvé sur un forum "plus geekissime tu meurs" ("ma pile à lire urgente ne comporte que trois livres mais dépasse les 3000 pages. Aussi haute que mon organe reproducteur sous son effet") des nouvelles fraîches de tous les romans de Neal Stephenson que personne jusqu'à présent n'a voulu se ruiner à traduire chez nous, et que j'ai découverts, esbaubi, mais imbitables, cet été dans une librairie de San Francisco.
lu sur http://bragelonne-le-blog.fantasyblog.fr/post/2/2502 :
"Dans son nouveau livre, Stephenson effectue un retour vers des thèmes très familiers de la SF, mais avec une approche assez novatrice. Il nous présente un monde entièrement imaginaire, Arbre, avec sa propre trajectoire historique et intellectuelle, mais qui est en quelque sorte parallèle à notre monde - voire un peu en avance. Un des aspects les plus bizarres est qu’on y trouve des institutions semblables à nos monastères, les « concents », sauf que ce ne sont pas des religieux qui y vivent, mais des savants rationalistes. Suite à une série de désastres dont le reste du monde les rend responsables, ces scientifiques peuvent certes se livrer livrer à de la recherche pure dans l'enceinte de leurs communautés, mais ils sont privés de moyens technologiques et on leur a imposé des limites quant à la communication de leurs résultats à la société. En gros, ils ont eu trois mille ans pour développer leurs théories, mais sont dans l’incapacité de leur donner des applications pratiques. Mais lorsque quelque chose de complètement inattendu arrive, la société est obligée de les appeler à l’aide car ils sont les seuls à pouvoir comprendre le phénomène et y faire face.
Je trouve tout ce dispositif fascinant et étrangement attirant. Certes, en commençant la lecture, il faut laisser certaines idées préconçues au vestiaire et apprendre un petit peu de vocabulaire. Mais la plupart des amateurs de Science-fiction et de Fantasy sont déjà habitués à ce genre de déchiffrage et aiment rentrer dans les détails du fonctionnement des mondes imaginaires. Et comme toujours dans le cas de Stephenson, ces précisions ne sont nullement des inventions gratuites et révèlent un vrai système philosophique. J’ajoute que les personnages principaux sont tous des hommes et des femmes (eh oui, les concents sont mixtes !) très jeunes, des ados à vrai dire, qui au début du récit ne connaissent quasiment rien de leur monde et qui ont les préoccupations typiques de leur âge – s’amuser, tomber amoureux, etc. Ce n’est pas un hasard si certains ont comparé ce roman avec Le Nom de la Rose d’Umberto Eco. D’autres ont trouvé des points en commun avec La Stratégie Ender d’Orson Scott Card. En tout cas, c’est avec cette bande de jeunes gens qu’on va découvrir, petit à petit, comment les choses marchent dans ce monde, et résoudre la grande énigme qui plane au-dessus de leurs têtes…On va de révélation en révélation, l’action accélère vivement après les 200 premières pages, tout ce qu’on a cru comprendre est remis en question plusieurs fois, et les effets spéciaux sont époustouflants. Anathem contient tous les éléments qu’on souhaite trouver dans un roman de science-fiction, mais sous une lumière nouvelle. Ce roman m’a vraiment frappé et je suis convaincu qu’il va marquer les esprits d’autres lecteurs, ici, en France. On attend d’un roman de SF qu’il soit dépaysant pour le grand public. Mais qu’il le soit tout autant pour un lecteur averti en matière de Science-fiction, et même un peu blasé parfois (oui, je l’avoue !), cela relève de l’exploit…Coté ventes, Anathem est arrivé à la première place sur la liste des best-sellers du New York Times, tous genres confondus, la semaine du 22 au 28 septembre. Dans les autres classements (Washington Post, Publishers Weekly…), il est numéro 2 ou 3. Ce qui est une performance pour un roman de SF dit "intellectuel".

Et le site de lancement du bouquin.
Un grand moment de web marketing : le "trailer" (apparemment une pratique courante aux States : le lancement d'un livre par la réalisation d'une bande-annonce) qui résume pourquoi le cinéma accuse toujours cinquante ans de retard sur la littérature de SF

Voici des ouvrages qui vont me faire fantasmer un moment, parce qu'il ne vont pas être publiés tout de suite et que ma bibliothèque en retard atteint déjà un mêtre quatre-vingt linéaire (au repos).

dimanche 21 décembre 2008

Zorba the Geek (original soundtrack)



Franchement déçu d'avoir dû passer une semaine à traquer des seeds pour enfin parvenir à télécharger un Steve Roach live qui s'avère aussi soporifique que l'énoncé le laissait craindre, genre le pauvre a dû assurer un set tremblotant et court sur pattes de 45 minutes, complètement stressé de passer entre Peter Hammill et King Crimson dans un festival de rock progressif; d'ailleurs il suffit de se ballader sur des forums consacrés au progrock pour voir les rats terrifiés par la lumière que c'est :
http://www.progressia.net/
http://www.dragonjazz.com/progindex.htm
http://www.gutsofdarkness.com/god/home.php
Plus jeune, on trouvait que c'était une musique énergétisante, et là on se retrouve entre tarlouzes claustrophiles.
Ce qui est plus étonnant encore que de découvrir des morceaux de Steve qui durent moins de 74 minutes, c'est d'entendre des applaudissements, vraisemblablement issus de mains humaines, sur ses rêveries telluriques.
C'est aussi inattendu que de voir Michael Chiklis sourire dans une interview.
Heureusement, quand on a trippé sur un album imaginé, on ne retombe jamais plus bas que ce qu'on était montés.
Après ça, je peux bien ricaner des problèmes de riches de la pauv' fille qui dit : "Ce matin, je me suis réveillée et j’étais morte (..) on est vraiment morte quand la musique ne suscite plus aucune émotion en vous (..) passé l’excitation de regarder l’évolution de la barre de téléchargement, mon cœur reste froid.(..) Sur le réseau, la boulimie a eu raison de ma curiosité. (..) Pourquoi la musique a t-elle perdu son pouvoir enchanteur ? Parce que la technologie a tué tout désir en moi."
Et tous les commentateurs de l'article, qui sont plus vrais, mais moins drôles, que Hector Kanon.
Bref c'est "la chair est triste hélas et j'ai lu tous les livres" de notre époque c'est à dire "j'ai fait tous les plans meetic et téléchargé tous les mp3, et il me reste de l'insatisfaction"
J'étais comme ça l'an dernier à la même époque, et je ne mets pas ça sur le dos de la technologie, moi, môssieur Astérix, mais sur le compte de l'avidité.
5 milliards d'années d'évolution cosmique pour arriver à ce dépit !
Dieu nous en préserve !
Je vais finir comme Albert Jacquard, qui aime la nature et qui n'est pas rancunier.

samedi 20 décembre 2008

Indignation vertueuse et Bruit blanc

Reçu ce jour une offre mirifique de crédit "pré-accepté quels que soient vos projets : 2200 €" de chez Cetelem.
Comme chaque mois.
Et un appel au secours de Handicap International, pour qui la crise financière "est particulièrement difficile et nous concerne tous. Si je me permets de vous écrire aujourd'hui, c'est parce que la situation de certains de nos programmes d'urgence est préoccupante... au Nord Kivu = dizaines de milliers de réfugiés sans rien... en Birmanie, le cyclone Nargis a fait 138000 morts... en Haiti après trois ouragans et une tempète tropicale, 800 000 personnes ont besoin d'aide humanitaire..."
(comme je ne vois pas le lien de cause à effet, je le suppose implicite : baisse des dons )
J'écris à Cetelem :
Vous profitez de la misère et de la faiblesses humaines. J'en ai vraiment marre de recevoir vos publicités mensongères. Alors maintenant, à chaque fois, je renvoie l'enveloppe, ça vous fait dépenser un timbre. Bien sûr ça ne sert à rien, et à terme vous risquez d'augmenter encore votre taux de crédit.
Mais moi, ça me soulage.
Je vous souhaite de trouver un métier honnête, et de bonnes fêtes."
Et j'envoie 50 € à Handicap International.
Mais j'aurais pu aussi suggérer à Cetelem de prêter à Handicap International, ou inverser le contenu des enveloppes, ou tout mettre au panier puis m'attrister de mon indifférence... en écoutant "A deeper silence" de Steve Roach à fond.
Je me suis laissé guider par ce que me dictait ma majorité silencieuse en trois secondes chrono, il suffit d'être aware, sinon les débats parlementaires n'auraient jamais pris fin.

mardi 16 décembre 2008

Matérialisme affectif (2) : Avant Internet

"Oh, mon Dieu, faites que je rencontre un jour le cul qui me fera bâtir le Taj Mahal ! "
Apparemment, un texte de jeunesse d'un philosophe contemporain.

Le reste de sa production :
http://www.philo5.com/Textes%20FB1.htm

lundi 15 décembre 2008

Théophobie et matérialisme affectif

autocollant théophobe pour véhicule automobile
acheté à vil prix par mon fils à Las Vegas à l'été 2008.


Il y a quinze ans, dans une société de post-production vidéo parisienne, je croisai un geek de base, je veux dire qu'il n'avait pas attendu que le mot existe pour incarner la fonction, dont le job consistait à numériser la nuit les rushes des documentaires en cours de montage; il passait le reste de son temps à jouer à Civilization, un jeu de stratégie massivement mono-joueur et résolument chronophage.
Une fois happé jusqu'à l'os, et au bout d'un certain temps, il s'est résolu, la mort dans l'âme, à effacer toutes les copies du jeu dont il disposait, afin de retrouver la paix intérieure. et un semblant de vie. Il a dû aller jusqu'à détruire la disquette master, ça m'a assez impressionné, cette hargne vengeresse, comme on dit.
Quelques mois plus tard, je le recroise, cette fois il était aux anges, il avait retrouvé un exemplaire du jeu maudit qui avait échappé à sa fureur passée, et c'était reparti comme en 40.
Cette histoire m'est revenue en mémoire : à un uploadeur qui proposait récemment le jeu Civilization IV sur un forum de téléchargement communautariste, un downloadeur anonyme rendait cet hommage : "merci mon Dieu je vais enfin perdre toute vie sociale" : la boutade qui voudrait faire d'une catastrophe une bénédiction, outre qu'elle relève d'un anhédonisme éclairé , dissimule une instrumentalisation du divin dans un but érémitique, phénomène ma foi fort à la mode, qui relève en fait d'une forme maligne de théophobie, et je m'y connais au moins autant qu'en phrases difficiles à défragmenter du premier coup.
Enfin, je veux dire, c'est très récent, j'ignorais l'existence même du mot théophobie avant qu'il s'offre à moi dans sa plénitude aussi réjouissante que si je l'avais découvert en feuilletant un dictionnaire médical en me demandant quelle maladie je pouvais bien avoir attrapée.
Dans le temps, sur un forum de partage de fichiers de Q, un autre gars, qui venait sans doute d'avoir un aperçu de l'indicible, avait sorti : "Dear God, my punishment won't be undeserved." Là, c'est une variante, à base d'un masochisme qui ridiculise la notion de justice divine en la réduisant à un cliché kitsch. Y'a pas besoin de réimporter la notion de châtiment, là où les conséquences de nos actes suffisent.
En fait le joueur en réseau est théophobe, parce qu'il choisit de se perdre dans l'illusion groupale sans abandonner la fiction d'un moi, bien plus que le cyber-branleur, qui se délecte intimement de la contemplation du frais minois d'une telle, du coquillage de nacre et autres fruits de mer de telle autre, mais qui comprend qu'un corps qui serait composé d'un tel best of de ses préférences perso repousserait le plus hardi des Priapes et qu'il terre son mépris de l'autre sous une overdose de corps dont aucun n'est vraiment là.
Kant à moi, pour les câlins du samedi soir et les engueulades du dimanche matin, je trouve que ma femme se défend encore bien. Est-ce que c'est du matérialisme affectif ?
Car comme le disait la Schtroumpfette à lunettes, qu'il faut croire sur parole tant qu'on n'a pas eu l'occasion de vérifier ses dires, "si on ne se rend pas compte de sa propre méchanceté, il est impossible d'être habité par l'amour divin en permanence. L'amour divin n'est pas comme de l'eau qu'on se verse sur la tête et qui nous mouille quelle que soit notre attitude intérieure. Il est notre propre attitude."

samedi 13 décembre 2008

L'âge d'or, c'est maintenant


Echantillon de moquette hallucinogène.
Ne pas inhaler à proximité d'une flamme.


Comme chaque année, mes voisins se rendent à San Francisco pour passer les fêtes avec leurs petits-enfants. Dans mon quartier, ce ne sont pas les seuls à partir loin, la nounou de ma fille va souvent au Canada étrangler sa bru.
Je sais bien qu'on ne s'étonne plus de rien à l'ère du désenchantement généralisé et obligatoire, mais quand même, c'est dingue : il y a un siècle, c'est un trajet qui aurait demandé plusieurs mois de voyage en mer, d'affronter mille périls... et dans un siècle, ça relèvera d'un glorieux et surtout insouciant passé : les réserves de pétrole étant ce qu'elles sont, et les Arabes qui sont assis dessus trop mal à l'aise pour nous dire où en est la jauge...
Dans le cas du transport aérien et du tourisme transcontinental, le mythique âge d'or n'est ni derrière ni devant nous : c'est maintenant, et il est en promo chez Nouvelles Frontières.
Faut en profiter vite, parce que l’océan s’acidifie le long de la côte Ouest , et il n'y a guère que le vieux hippie qui sommeille en moi qui se réjouisse du fait que l’eau chargée en acide se rapproche des côtes : en fait, c'est pas un bain de LSD auquel on va avoir droit, gratuitement, ou alors directement le très mauvais et redouté retour d'acide.

vendredi 12 décembre 2008

La plus grande épreuve qu’ait jamais affrontée l’humanité




http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2059

Et une fois qu'on aura été contraints de regagner nos abris souterrains, on pourra toujours se mettre nos téléphones 3G dans le cul pour voir si ça fait de la musique.
Je pense qu'il est temps d'abolir la Beauté du Monde, parce qu'elle est nettement derrière nous.
Tout ça pour rester dans le mood d'une fin d'année résolument fashion victim, comme ose le dire un journaliste anglais :

Martine Aubry, 58 ans, et Ségolène Royal, 55 ans, sont toutes deux issues de l’aile modérée du parti. Elles s’opposent en partie sur leur vision de l’avenir du PS. Ségolène Royal souhaite attirer en masse des adhérents plus jeunes et souhaite, comme elle l’a dit, édifier “un Facebook socialiste”, que les nombreux jeunes Français penchant à gauche pourraient facilement rallier et auquel ils s’identifieraient. Ses ennemis assurent que ce qu’elle veut c’est un fan-club.
Martine Aubry, si elle aussi évoque un parti “nouveau”, est parfaitement à l’aise avec un Parti socialiste dont les “masses” se composent essentiellement d’enseignants et de fonctionnaires. Elle représente la tendance administrative et sociale-démocrate d’une direction vieillissante qui refuse de perdre son influence. Mais, au-delà, il y a le mépris de Martine pour Ségolène, qu’elle considère comme une évaporée autoritaire penchant à droite sur les questions de société. Et le profond mépris de Ségolène pour Martine, qu’elle considère comme un dinosaure à langue de vipère et, plus grave encore, comme un dinosaure mal fagoté.
Il est possible, bien qu’elle s’en soit défendue tout le week-end, que Ségolène Royal soit tentée de jouer les martyres messianiques et de créer son propre parti. Quoi qu’il en soit, les véritables vainqueurs sont plus vraisemblablement : a) Nicolas Sarkozy et <>ib) Olivier Besancenot, le facteur trotskiste onctueux mais crédible, dont les efforts pour créer un large “parti anticapitaliste” commencent à porter leurs fruits. On disait auparavant que la France avait la “droite la plus bête du monde”. A cet égard au moins, le pays a pris un net virage à gauche.

Vive Courrier International, plus vivifiant et moins long à lire que Le Monde.

jeudi 4 décembre 2008

déflation du moi et marketing viral

La déflation du moi se produit spontanément quand on comprend en un éclair qu'Eckh@rt Tolle, le nain lubrique néo-advaïtiste, est un suppôt de satan.




Quant au marketing viral, on en fait les frais chaque fois que l'on reçoit un PowerPoint poujadiste et boulo-chopiste sur les indemnités des parlementaires après leur cessation d'activité, ou une publicité pléonastiquement stupide. En ces temps où le gouvernement se moque plus que jamais des manifestations de mécontentement populaire, on voudrait encourager le terrorisme d'ultra-gauche que on ne s'y prendrait pas autrement; d'accord, n'importe quel fichier lâché sur le réseau cherche d'abord à s'y propager, tel un virus, uniquement animé du besoin d'entrer dans le plus grand nombre d'ordinateurs possible et prêt à négocier âprement sa survie, comme Henri Laborit l'avait dit de tout organisme vivant ayant pour unique but la sauvegarde de sa structure biologique... c'est valable pour la recette de la dinde au whisky comme pour les PowerPoint "à message", qui sont les plus redoutés, mais finalement du même tonneau que les "publicités amusantes" etc... qu'on reçoit de loin en loin depuis que les publicistes, ayant appris que la télé, c'était mort, se sont mis à traquer l'ado et le préado sur youtube et dailymotion. L'ado dont on se demande, quant on surfe sur les sites qui lui sont dédiés, s'il n'apprend pas d'abord à défocaliser sur les bandeaux animés qui se disputent son attention.
La semaine dernière, à l'école où j'enseigne le montage vidéo, ils se sont fait hacker leur serveur informatique, qui a été converti pendant quelques jours en bombardeur de courriels fou, ils ont dû le débrancher et le réinitialiser, ça a foutu une bazar pas possible. Un robot avait détecté une faille en scannant le web, et un humain s'était engouffré dedans pour reconvertir le serveur en méga-catapulte à spam. Les techniciens de l'école étaient partagés, comme toujours, entre l'effroi et l'admiration pour les performances du saboteur.
Il faut se réjouir chaque jour de ce que nos ordinateurs marchent encore, même si c'est pour recevoir des mails pourris !
J'ai discuté là-bas avec des étudiantes qui avouent être totalement dépendantes de l'informatique, dans le sens où nous le sommes du papier toilette ou de l'air que nous respirons : que ce soit pour toutes leurs démarches administratives ou professionnelles, recherches de stage, consultation de documentation, mais aussi contacts intimes avec leurs proches, tout passe pour elles par le net. Et la tendance s'accélère. Dans les lieux publics, restaurants et bistrots, on commence à voir des affichettes "wifi gratuit ici", bref on est tous invités à devenir accros, sauf ceux qui le sont déjà, qui sont encouragés à poursuivre leurs efforts d'enfouissement de la tête dans le cybersable.
Je me demande parfois si la dépendance au porno n'était pas finalement moins nocive que d'être condamné à errer en compagnie des milliers d'âmes perdues sur FesseBouc.
Cet été à San Francisco, dans un bar branché j'ai vu la mort de la communication humaine : tous les clients étaient occupés à pianoter sur leur ordinateur portable ! dans un bar ! alors que la barmaid était un ode à la jeunesse, au métissage et aux smart drinks de l'happy hour !
Et c'est ainsi que l'indignation devant le cauchemar - qui - a - déjà - commencé en ferait prendre un sacré coup dans les miches à la déflation du moi si on n'y faisait pas gaffe, et si on ne se rappelait qu'on consacre déjà soi-même un blog à la cyberdépendance.
Uh uh.
Quand la télé est arrivé, on a pensé qu'elle allait tuer la radio.
Quand la radio est arrivée, on a pensé qu'elle allait tuer la presse écrite.
Là, ce qui rend les gens barjeots, à part le fait que l'accès à des outils de diffusion massive de l'information s'est démocratisé jusqu'à mettre l'os à nu, ce qui renforce l'incrédulité et dissout les quelques atomes de citoyenneté qui pouvaient nous rester, d'ailleurs quand un outil se démocratise, c'est en général qu'on a découvert comment en faire un assomme-crétins, avec leur consentement express, mais c'est surtout que la surabondance de sources de jouissances potentielles rend l'absence de jouissance réelle problématique.

lundi 24 novembre 2008

Théorie du Bordel Ambiant versus Va ranger ta chambre

Un jeune lecteur du Bas-Rein vient de me montrer comment, d'un simple click dans le menu "options", et c'est à peine croyable, je pouvais rétablir la date d'origine de mes anciens articles au lieu de les republier pèle-mêle avec les nouveaux, et restaurer ainsi une chronologie qui protègera du botulisme mes lecteurs non-immunisés contre les dangers qu'il y a à consommer des articles ouverts depuis plusieurs années, à l'instar de ce remarquable exposé sur la narration non-linéaire.
Qu'il en soit remercié : je vais donc tout remettre dans l'ordre, et après ça s'ra tellement propre qu'on pourra manger par terre.
Faites gaffe quand même sur quoi vous vous asseyez.

vendredi 21 novembre 2008

des séductions de l'esprit mauvais (2)

C'est un méchant homme qui entraine sa jeune et future victime dans les bois, la nuit tombe, il y a des bruits étranges, ça craque à chaque pas, et le petit garçon pleurniche : "j'ai peur !"
alors l'homme lui répond, agacé, "et moi alors, après ça y va falloir que j'rentre tout seul, dans le noir..... ! "
J'hésite sur la leçon à tirer de cette fable, ça dépend si le méchant dit ça sur un ton sarcastique ou sincère, je veux dire un peu apeuré aussi.
Je ne peux rien présumer de l'adjectif "agacé" vu qu'on me l'a racontée par Internet, sans le langage corporel, qui aide à saisir les ressorts comiques, surtout dans un cas si épineux.
En tout cas, plus tard qu'hier, on a essayé de faire passer un reportage sur une variante de cette histoire qui venait d'arriver dans la région dans le zapping de la chaîne, mais comme il manquait la chute, c'était bien moins drôle, et on s'est abstenus; c'est un peu la conclusion que tire Goossens d'une histoire analogue : "j'ai pas trouvé de gag".
Ca me gène d'autant plus de risquer cette plaisanterie dans ces circonstances - bien qu'elle recèle sans doute un enseignement - que la saga Saw triomphe au cinéma; qu'il s'agisse de fait divers affreux ou de film gore, c'est le triomphe du nihilisme dans un cas et sa promotion par l'art dans le second, et ça, je vois pas l'enseignement qu'on peut en tirer.

jeudi 20 novembre 2008

Webcames

Au boulot, cet après-midi, un collègue entre dans mon échoppe, et s'enthousiasme pour un site web où des amateurs, et surtout des amatrices, s'exhibent en train de se masturber. Il aimerait me faire partager son enthousiasme, puisque nous avons d'autres passions en commun, dans le septième art ou les fascicules anglo-saxons de figuration narrative, et il n'en revient pas du nombre de particulier(e)s qui se la mettent à l'air sur le web.
Je vais pas lui faire un cours de psychologie sur la profonde morbidité de la société contemporaine et les façons que chacun trouve de se (dé)composer avec, déjà, dit comme ça, ça a l'air vaguement mortifère, alors je lui rappelle simplement que les exhibitionnistes et les voyeurs partagent les deux faces de la même tartine.
Mais dans l'état où il est, ça lui fait rien du tout.
Comme il voit bien que je suis calmement mais fermement opposé à ce qu'il convertisse mon bureau en peep-show virtuel, et qu'il connait mon parcours de hard sevreur - lui se dit usager récréatif, bien qu'en grattant un peu, il s'interroge de lui-même sur la nature de cette récréation, et reconnaisse spontanément que y'a des fois où ça craint un peu, bref on pourrait poursuivre cette conversation dans mon cabinet de consultation si le boulot ne se jetait à ce moment précis sur nous comme la vérole sur le bas clergé breton sous la forme d'une journaliste qui, comme par hasard, a un sujet à monter en urgence sur une soeur Emmanuelle locale qui a consacré sa vie à soigner les alcooliques avec les moyens du bord, et que nous appelerons soeur Emmanuelle 2 pour préserver son anonymat.
Par contre, mon pote je l'ai bien observé quand la page de son site de webcame s'est affiché sur l'écran, yeux luisants devant les imagettes prometteuses, frétillements narinaires précurseurs de plongée dans les profondeurs de ce qu'il prend pour l'intimité d'autrui, s'il avait une queue il la remuerait, et je pèse mes mots, bref j'en ai déduit une méthode imparable pour le sevrage : pour guérir un cyber-dépendant sexuel, il faut le filmer pendant l'action, et lui repasser la bande après. Un gros plan de face suffit. Le mélange d'excitation, de frustration et de nostalgie absolues - bien que relatives - d'un Eden imaginaire est loin de constituer une publicité vivante pour la pornodépendance, surtout s'il arrive à les déceler sur son propre visage.
Evidemment, c'est une approche strictement comportementaliste, et rien ne dit qu'une fois qu'on aura le dos tourné, le dépendant ne détournera pas la caméra pour satisfaire à nouveau ses funestes appétits. Mais les approches traditionnelles semblent achopper, et le mal s'étendre.
Ca doit aussi marcher aussi avec l'alcool, parce qu'on paye la facture cash et que ça se voit, mais pas avec la clope, parce qu'on la paye quand c'est trop tard pour arrêter et qu'il y a très peu de temps encore, le tabac était une attitude valorisée socialement.
Si je résouds inopinément d'autres grands problèmes de l'humanité d'ici la fin de l'après-midi, je ne manquerai pas de vous tenir informés.

vendredi 14 novembre 2008

la dépendance affective pour les nuls

Wii mais non

à l'origine, cet excellent opus expérimental de frère zappa devait s'appeller "wii-zels ripped my skeud" mais c'était 40 ans avant l'invention de la console éponyme, alors ils ont préféré ne pas tomber dans la fosse commune des précurseurs incompris, à l'instar du rédacteur de cette légende abstruse.


Chez moi ils ont acheté une console de jeux Wii, soi-disant pour faire du sport à la maison. Mouais. Ca me rappelle ma mère, qui disait que les consoles de jeu c'était pour les jeunes, et qu'il faudrait inventer les consoles de vieux. Pour se consoler d'être vieux. Sauf que dans ma famille, on passe le plus de temps possible dans le déni de l'âge qu'on a, et après on rentre directement dans l'affliction et les rhumatismes, et c'est baisé pour la Wii.
C'est vrai qu'à condition d'avoir évacué la table basse (modèle Eventror de chez Nikea, idéal quand on rentre un peu éméché sans allumer la lumière du salon) on peut faire sur la Wii des parties de tennis ou de bowling relativement réalistes, et se retrouver incidemment avec un beau cratère au milieu de l'écran Plasma acquis la semaine dernière si l'on n'a pas bien attaché la dragonne de la poignée de commande et qu'on s'est un peu pris au jeu.
Et puis en cherchant un peu, j'ai découvert qu'on pouvait pirater tous les jeux du commerce, à condition de faire apposer une puce électronique à l'intérieur de l'unité centrale de la console, opération bénigne que de jeunes nerds proposent à l'encan pour une somme modique, jamais très loin de chez vous.
Après avoir collecté ces informations, j'ai eu un spasme moral : pour l'instant je ne vais pas faire pucer la wii, subodorant qu'une société qui institue le vol en bandes organisées comme valeur légitime n'a rien à envier à Gengis Khan sur le plan spirituel, qui était pourtant d'une autre trempe, sans avoir d'affinités particulières avec une religion même s'il était proche des monothéistes. Je veux dire qu'il n'avait pas besoin de manger des yaourts au bifidus actif "Ce qu'il fait à l'intérieur se voit à l'extérieur" pour être en bonne santé, ce qui est loin d'être le cas des nerds. Enfin, je me comprends.
Bon, je dis que j'ai eu un sursaut moral, mais ça relève plus de la prospective heuristique : je me suis vu en train de dérober des fichiers de 4 Gigas pour ensuite engueuler femme et enfants parce qu'ils jouent trop assidûment aux jeux que je leur aurais gravés, et franchement, ça le faisait pas.

samedi 8 novembre 2008

chiens d'aveugles


image trouvue sur un forum communautariste de partage de fichiers où il faut seeder autant qu'on leeche (arf)



Novembre, c'est le mois des courriers d'associations humanitaires. Amnesty envoie des stylos bic, La Croix-Rouge des couvertures de survie... l'idée est de susciter le don financier par l'envoi postal massif d'un produit manufacturé qui va évoquer la mission profondément humaniste de l'émetteur, et qui laisse le récepteur vaguement anxieux à l'idée d'être débiteur de l'offrande qui lui a été faite. Le blitzkrieg moral de ne rien renvoyer en échange cesse quand le chèque est signé. Enfin c'est comme ça que je l'analyse. La palme cette année pour moi à l'Unadev, qui m'a fait parvenir une peluche personnalisée avec porte clés nominatif sous emballage cartonné, suite à une campagne téléphonique musclée l'an dernier, où j'avais dû promettre de me fendre de quelques euros pour participer à la formation des chiens guides d'aveugles. L'éducation d'un chien guide coûte environ 20 000 €. Au cours de sa vie, une personne aveugle reçoit en moyenne 3 chiens guides. Il est difficile d'imaginer à quel point un voyant peut n'en avoir rien à battre.
Au téléphone, c'est facile d'éviter un fâcheux, il suffit de l'attaquer à la racine de son laïus par un vigoureux "mon téléphone n'est pas une boite aux lettres" qui le laisse coi, et on raccroche après un merci au revoir, parce qu'on n'est pas qu'un répondeur et qu'on compatit aux gens qui ont un métier merdique. Mais un humanitaire, il est moins aisé de s'en dessaisir, et puis si on donne, fatalement, d'une année sur l'autre, il s'accroche.
Je voulais faire un article vaguement scandalisé sur le harcèlement caritatif, après j'aurais dévié sur le fait que dans une société qui carbure au tout-matérialiste, les quêteurs auraient tort de se gêner s'ils veulent servir leur cause, et puis à l'école, ma fille s'est blessée alors qu'elle écrivait sur son cahier avec un crayon de bois, la mine s'est brisée et elle a reçu un petit éclat dans l'oeil, sans que la cornée soit atteinte, elle a vu flou pendant trois jours , alors j'ai envoyé 20 euros.
"Ils" sont très forts... Nécessité fait loi.

lundi 3 novembre 2008

le disque dur de Schrödinger


L'amicale de ceux qui se font choper avec la trompe dans le bol quantique a enregistré des vyniles qui souïnguaient méchant.

Il y a 15 ans, j'ai voulu rendre service à un copain qui avait des problèmes d'ordinateur, et j'étais tout content de pouvoir mettre ma science toute neuve au service du peuple, car depuis que j'avais laissé tomber la picole pour l'informatique ma vie s'était globalement améliorée, même s'il semblait obscurément subsister quelque chose de l'ordre du déplacement de symptôme - et je passai un soir chez lui muni de Norton Utilities, logiciel utilitaire de réparation et défragmentation de disques sur Macintosh, sans doute disponible sur pécé depuis.
Il préparait alors un film documentaire sur la physique quantique, et avait attiré mon attention sur le chat de Schrödinger, presque plus amusant que sa parodie sur la Désencyclopédie.
Alors que l'article sur la gurne, on jurerait du Dado.
Bref.
J'ai commis l'erreur du débutant, qui consiste à passer le logiciel de réparation depuis le disque à réparer, au lieu d'installer un système d'exploitation sur un disque externe puis de rebooter depuis ce disque, ce qui sera rendu plus compréhensible aux non-geeks par l'analogie de l'impossibilité pour un psy de faire une auto-analyse, l'obligation de s'adresser à un confrère.
A un moment donné, le contenu de l'ordinateur de mon ami a été dans un état tout à fait Schrödingeurien, et on aurait pu sans doute le sauver, si dans l'affolement général, au fur et à mesure que les données disparaissaient, je n'avais voulu à tout prix réparer mon erreur sur le champ, au lieu de prendre le temps de demander conseil (1), ce qui m'a conduit à re-rouler dessus en marche arrière, et donc après ça, il ne restait plus qu'à reformater et à pleurer le scénario disparu à jamais.
J'étais fasciné par la corrélation enchâssée des évènements : scénario sur le chat de S., disque dans l'état du chat de S, ça porte sûrement un nom imprononçable en philosophie (en-chat-ssée, miaoulol !) et maintenant que j'y pense, mon ami a ensuite lui-même chopé une maladie quantique, qui l'a laissé quelques mois ni mort ni vivant, mais depuis ça va beaucoup mieux, mais il n'a jamais repris le scénario de ce film, qui est donc non-advenu hors de la glèbe (non-glébeuse) de l'Incréé.
Je me suis récemment rappelé de tout ça parce que
-d'une part j'ai mis des années à rembourser ma dette psychique à cet ami, tâche que je m'étais assignée d'autant plus joyeusement épouvanté que la perte me semblait inestimable, bien qu'il m'ait fait comprendre bien plus tard que c'était presque un soulagement parce que c'était un projet plutôt galère dans lequel il s'était inconsidérément laissé embringuer par un beau-frère quantique addict, en tout cas la mésaventure a contribué à m'enseigner ce que la compassion active pouvait être, pour ne rien dire des déficits attentionnels chez l'enfant de plus de 70 kgs
-d'autre part parce que j'ai récemment flambé à jamais un 500 Gigas flambant neuf (justement) chargé jusqu'aux plats-bords de 7 heures de rushes sur la californie, mes 20 Gigas de musiques (juste un peu de mp3 pour ma consommation personnelle, Seigneur) autrement dit mon 500 Go a fait long feu, expression paradoxale puisqu'elle désigne quelque chose qui n'a pas duré, et même en le désossant/resossant dans un G5 par un port SATA, que dalle.
Heureusemement que j'ai eu la bonne idée de l'acheter à La Fnac qui m'en a rendu un neuf vu qu'il était garanti 2 ans, parce que la restauration de données, c'est pas donné, justement... C'était autour de chez tonton, ça m'a aidé à relativiser : quand la Toussaint te conduit à visiter tes morts, ou ceux qui sont plus très loin du bout, tu te dis que le deuil de 500 Go c'est pas grand chose... du pipi de chat de S...
Un moment, j'étais même soulagé, comme quand j'ai perdu mes économies à la Bourse.

extraits du wiki du chat de Schrödinger:

Le but est surtout de marquer les esprits : si la théorie quantique autorise à un chat d'être à la fois mort et vivant, c'est ou bien qu'elle est erronée, ou bien qu'il va falloir reconsidérer tous les préjugés. (...) Cette expérience de pensée et le paradoxe associé ont aujourd'hui pris valeur de symboles centraux de la physique quantique. Qu'ils servent à supporter un aspect de cette théorie ou qu'ils servent à défendre une option théorique divergente, ils sont appelés à la rescousse pratiquement à chaque fois que la difficile convergence entre la réalité macroscopique et la réalité microscopique (une situation caractéristique du monde quantique) est observée ou supposée.
Ca doit d'ailleurs contribuer à esbaubir les bailleurs de fond de l'accélérateur de particules genèvois, qui a fonctionné trois jours depuis son inauguration, et dont la facture de réparation s'élève déjà à 16,5 millions d'euros.



(1) comme dans la blague des deux chasseurs dont l'un tombe à terre les yeux révulsés et semble succomber à une attaque, affolé le deuxième chasseur appelle le samu ( le 15 souvenez-vous au moins de ça) :
-Au secours mon ami est mort, que dois je faire?
-Du calme, du calme, tout d'abord assurez-vous qu'il est bien mort.
-...
-Monsieur ??
-...
-Monsieur, ou ètes vous, répondez ?
-...BANGGG !!!
-Monsieur que se passe-t-il ?
-Voila c'est fait, et maintenant ?
qui est une parabole sur les hot-lines ET sur l'importance de bien formuler ses questions)

dimanche 2 novembre 2008

un dimanche de toussaint

Quand je suis visiteur de prison, j'y vais avec la casquette Alcooliques Anonymes. Un peu angoissé à l'idée de faire le bien consciemment, ce qui semble pourtant une bonne idée, mais qui a tendance chez moi à se coincer un peu dans les noeuds de la fermeture éclair de la braguette de la conscience auto-consciente, je m'en vante un peu partout, dont ici, espérant que ça réduit d'autant ma propension à m'en faire une vertu souterraine. S'affranchir de ses défauts en s'en réclamant, à l'usage ça marche mieux avec les qualités.
c'est du lourd.
Peu avant la Toussaint, j'anime une réunion AA à la maison d'arrêt, au cours de laquelle un prisonnier que j'estime assez avancé dans le programme de rétablissement qui nous est suggéré, en tout cas par rapport aux autres, évoque la possibilité qu'il a de sortir ce week-end, mais comme il se sent bien capable de se retrouver à l'insu de son plein gré le coude incrusté dans le zinc d'un bistrot, il préfère finalement rester à l'ombre, se sentant plus en sécurité dedans que dehors, comme nombre de détenus ayant admis leur faiblesse devant l'alcool sans l'accepter vraiment - difficile d'être dans le déni quand on a gagné plusieurs mois d'enfermement pour des bêtises commises dans les hallucinations éthyliques; mais ici comme ailleurs, la prise de conscience est effective quand elle se traduit en actes : le feu ça brûle, mais c'est quand on ne met plus sa main dedans qu'on montre qu'on a vraiment intégré l'information.
Hormis le fait que disant cela j'ai l'impression de radoter et de m'offrir clandestinement l'occasion de me trouver supérieur à d'autres humains à peu de frais, le fait est que beaucoup de prévenus, quand ils sortent de détention, retombent dans leur milieu et leurs habitudes d'origines, reboivent un jour le coup qu'il ne fallait que lui pour remettre le feu aux poudres, refont des conneries et retournent en prison sans passer par la case départ. Déterminisme social implacable, fatum individuel, ignorance crasse et déni de leur misère, karma waterproof, ah ça oui y sont souvent imperméables à l'eau, rien ne les menace moins qu'un coma hydraulique. Quand je les sens en forme, et si je le suis aussi, il m'arrive de leur suggérer que leur prison n'a qu'un seul barreau et qu'ils tournent autour, mais j'y vais mollo parce que je connais les limites de leur sens de l'humour. 
Leur enfer est bien chauffé, mais on peut pas baisser le thermostat à leur place, ma brave dame.

Pendant ce temps-là, du côté de chez moi, femme et enfants se translatent jusqu'à chez mamie d'Albi pour les vacances, et au contraire (je n'ai jamais su si "à l'instar" ça voulait dire de la mème façon ou à l'inverse) de mon pote qui hésite à sortir de tôle, moi je n'ai guère envie de me retrouver tout seul à la maison devant mon ordi, ma télé, mes feuilles mortes que j'ai toutes ramassées, et ma vieille chatte noire qui demande dix fois par jour qu'on lui remplisse son écuelle de croquettes par osmose névrotique avec les habitants du lieu versés dans les arcanes du manque. Essayez de lire du Eckardt Tolle à un chat qu'on a dû amputer de la queue tellement qu'il faisait rien qu'à traverser la route parce qu'il croyait que l'herbe était plus verte chez le voisin, il n'en a rien à fiche si vous n'agrémentez votre verbe de quelques poignées de FestiMiaou (aromatisé aux miettes de dauphin et de baleine).

C'était n'importe quoi, 
mais il ne l'a pas emporté au paradis.
Moi je rebosse lundi, j'encadre des étudiants en communication qui ont pour mission de réaliser des reportages sur l'hyper-alcoolisation des jeunes, et rien que le terme évoque ce sirop lexical qui nimbe toute chose d'une brume hamiltonienne, référence à David H. qui avait élevé la pédophilie au rang d'un art premier, quand c'était pas encore incorrect de dévoiler ses tendres cousines dans des magazines papier glacé... et qu'on disait biture-express ou grosse murge au lieu de cette hyper-alcoolisation répondant à une hyper-soif engendrée par un hyper-malaise des jeunes devant l'hyper-manque de sens de notre société qui leur propose toujours plus d'objets à se mettre dans tous les orifices que la nature prodigue nous a patiemment creusés dans le lit de l'évolution biologique, hyper-soif à étancher dans un hyper-marché suburbain, chez Lidl par exemple où le vin est à 1,30 $ le litre en moyenne, et j'ai trouvé des bières à 8 degrés, 1/2 $ la canette d'un demi-litre... comme ça, ceux qui ont choisi comme angle "comment s'hyper-alcooliser avec moins de 700 euros par mois" je sais où les envoyer enquêter, bien que l'angle ne soit pas forcément pertinent.
Donc j'ai deux jours à tuer, pas le temps d'aller voir mamie, et justement, j'ai un oncle dans le bordelais que j'aime bien et que je vois très peu, 78 ans, veuf relativement serein bien qu'inadapté à la vie solitaire qu'il mène désormais dans cette grande maison vide... le seul frère de ma mère, ils sont tous morts super-jeunes de ce côté-là, y'a quasiment eu aucune transmission de mémoire familiale maternelle, même si je me sens proche d'eux... au moins dans mes côtés inoffensif neuneu solitaire, mon oncle il a un côté comme ça, ma tante était une mamma italienne qui prenait tout le lit, et lui gueulait dessus comme un gosse, qu'il est d'ailleurs resté, avec ses yeux bleus délavés tendance faïence de piscine qu'aurait trop pris le soleil... toutes les assurances-vie avaient été placées sur lui, au tiercé de la mort c'était le cheval fourbu donné gagnant d'avance, frêle et asthmatique pendant toute sa vie, avec son look pas du tout étudié d'humble parmi les humbles, et finalement c'est elle qui est partie en 8 jours... décédée d'un coma étrange pendant qu'il était immobilisé à l'hosto avec le bassin fracturé, je ne raconte pas l'histoire parce qu'elle n'est pas croyable, mais quand il est rentré chez lui tout était fini et maman dans la bière... on lui a pratiquement volé la mort de sa femme, mais il a conservé le regard bleu piscine d'enfant ahuri qu'il promenait sur la vie.

Avant de partir, je suis passé chez un copain mettre un disque de 500 Gigas en nursery, j'avais bon espoir de le retrouver vivant à mon retour, j'avais oublié que la Toussaint peut aussi s'appliquer aux disques durs, et il m'a offert un peu d'herbe, pour mon pétard annuel, dont je me suis aussitôt dessaisi de la moitié auprès d'un autre copain qui avait l'air de s'y connaitre encore plus en disques durs malades, plaisir d'offrir, joie de recevoir, et j'ai mâchouillé quelques feuilles de chanvre en descendant sur Libourne dans le crépuscule humide et ma ZX fatiguée, je ne voulais pas fumer, et j'avais souvenir que c'est vraiment trop pas grave en infusion homéopathique... sauf qu'après Libourne, la nuit tombe, et la route de Bergerac se perd dans des méandres de déviations de chantiers improvisées, avec ralentisseurs en Lego géants déposés au petit bonheur, et il pleut, ça fait longtemps que la ventilation est morte dans la voiture et le garagiste m'a installé un simulacre d'aération virtuelle qui fait un bruit de turbine assourdissant, avec un effet notoiremement insignifiant sur la buée qui envahit l'intérieur de l'habitacle, alors je suis obligé d'éponger compulsivement le pare-brise en remettant ma destination à la Providence, plus crédible qu'un GPS sur certaines opérations, je ne m'en fais pas trop sur le moment, je sais que quand je suis motivé par l'idée de faire le bien consciemment, (voir plus haut) la partie sécurité routière et exactitude de l'heure d'arrivée pressentie est prise en charge d'En Haut, à condition que je regarde la route et que je ne m'en vante pas trop.

c'est là qu'habite tonton, et ça n'a pas changé depuis.

Et j'arrive sans encombre chez tonton, bien qu'un peu hébété, hé bé, té, voilà mon neveu, trois ou quatre ans depuis mon dernier passage, ni lui ni la maison n'ont beaucoup changé, subrepticement décrépits sans doute, ah si tiens, le couloir du rez-de-chaussée a perdu l'odeur inimitable qu'il avait depuis au moins 40 ans et qui faisait comme un passage secret olfactif avec l'enfance, comme j'y venais très rarement c'était des effluves magiques, on passait en famille mais ça ennuyait mon père, ces séjours au coeur d'une ruralité que ma mère avait détesté assez jeune après le décès de ses parents, renâclant à une destinée vouée à l'arrachage de patates à la main, elle avait fui vers l'école normale et l'ascenseur social, et je râlais d'être ainsi amputé de cette famille invisible et pas assez intello qu'ils négligeaient et dont je pensais que mon père les méprisait, alors qu'en fait c'est simplement un milieu dans lequel il n'avait aucun repère, et aucune intention de fournir d'effort d'attention, ce qui est peut-être une définition présentable du mépris, donc on passait parfois en coups de vent dire bonjour à raymond et yolande, peut-être huit fois en vingt ans, voilà. 

Et maintenant, je suis adulte, parait-il, j'ai 45 ans, quand la petite voix me le fait remarquer je lui demande "et toi, t'as quel âge ?" et on s'en tient là, et yolande est morte, et je prends l'initiative de venir passer deux jours chez tonton pour voir s'il devient fantômatique de son vivant. Parce que je l'avais trouvé mal en point il y a quelques années, il était déjà veuf mais m'avait fait écouter des vieux Aznavour de la période glauque pour m'exprimer l'inexprimable, et d'ailleurs il me dit qu'entre-temps il a vu un psy, et qu'ils ont convenu d'un commun accord qu'il était trop tard pour tenter quoi que ce soit.
Ce qui est incroyable, à part la disparition des arômes autrefois distillés par les murs mêmes de la maison de tonton, et l'absence persistance de tatie dont la voix de tonnerre éraillé résonne encore à mes oreilles, c'est qu'on a mis des noms aux rues et des numéros aux maisons, il me l'a dit l'autre jour au téléphone, c'est vous dire si la bourgade est située en bordure des autoroutes de l'information.

Les enfants sont au loin et ne donnent pas de nouvelles, confits dans l'ingratitude extra-territoriale, j'exagère, sa fille qui vit en Corse vient justement de passer 8 jours avec lui, mais les deux garçons en Nouvelle-Calédonie sont d'un laconisme et d'une absence d'affects exprimés proverbiales. Il s'agissait d'échapper à leur mère, le plus loin possible, aucun garçon ne pouvait pousser dans l'ombre de cette femme, d'ailleurs l'oncle (un frère de la défunte femme de tonton) croisé cet été à San Diego, devenu entrepreneur immobilier transcontinental avec signes extérieurs de richesse, maison opulente sur les collines de la Californie du Sud, domestiques installés à demeure, fille tristement folle d'inutilité et malade du fric de son père, alors qu'il était arrivé aux USA en 64 avec sa bite et son couteau, est un portrait craché de mon cousin calédonien, son neveu, le fils indigne de tonton. Ca devient compliqué, hein ? un peu comme quand tu essaies de lire un journal en rêve, tu sens qu'il s'agit d'un article très important, mais il y a des paragraphes entiers qui sont inscrutables, et ce que tu déchiffres est indicible, pardon, imbitable... cette famille maternelle, dieu sait que j'en entrevois des fragments et que j'en saisis des bouts, à travers l'évocation des spectres et les soupirs des vivants, mais le matériau est détérioré, pâteux, comme l'exemplaire défraîchi en édition de poche de "la machine à remonter le temps" de Herbert Georges Wells que je trouve dans la chambre du cousin maudit qui m'accueille à l'étage, parce que tonton il se couche à huit heures du soir, et vraiment Wells c'est tout à fait remarquable, un visionnaire de la fin XIXe dont je me dis qu'il faudrait le lire de retour chez moi, des idées et un vocabulaire à faire rougir de honte et d'indigence notre franglais light de 2008.

Tonton vit très ralenti, entre le lit qu'il a fait installer en bas, et la cuisine, un peu de télé mais pas trop parce qu'il n'y voit plus grand chose, un immense jardin qu'il ne peut plus faire parce qu'il a du mal à marcher, et guère plus de raisons de vivre que de raisons de mourir. Pas encore dans le mood de la chanson de Brel "les vieux" qui donne envie de sniffer un bon rail de cyanure sur un coin de calendrier des PTT orné d'une photo de chatons dans un panier, mais il s'en faudrait de pas grand chose. Je suis venu avec un cédérom des photos de californie de cet été, puisque je me sens un peu emprunté d'être autodésigné plénipotentiaire et unique représentant de la branche "jeune" de la famille, un peu de sang frais et de rires d'enfants ne ferait pas de mal à cette baraque, et tonton il a un pécé portable qui date du crétacé laissé par son fils avec windows 98 dessus et aucun logiciel photo que je connaisse, ça me prend deux après-midis pour lui faire une séance un peu longuette de "connaissance du monde" avec mon cédé dont les photos "chargent" une à une, retrouvant un peu de la magie ancienne de la séance de diapositives sur écran perlé et chargeur manuel, en faisant un talk-show circonstancié et complaisant. Et ça lui complait, à tonton. Je me suis habitué pour ma part à me sentir très Papa (le talk show pétri de certitudes pipotées à l'auto-bluff ) quand je viens dans la famille de Maman, il y a sûrement des entités, incubes, succubes et trépassés qui se montent le bourrichon dans les corridors de nos mémoires, mais on n'est pas trop portés sur le spiritisme alors on ne peut se fier à aucun signe, qui ne nous est d'ailleurs pas révélé.

Entre les séances Connaissance du monde, on discute avec cette complicité timide et pointillée qu'on a depuis 40 ans. Les trois feuilles d'herbe mâchonnées aussi religieusement que si c'était de l'ayahuesca me font percevoir toutes les nervures de la conversation en temps réel, ses impasses et ses open spaces, le lien social de raymond qui se résume à sa femme de ménage volubile mais intermittente dans ses visites, et ses regrets de s'être laissé marginaliser par son emploi à l'hopital du coin, les vicissitudes de l'exploitation agricole et le temps qui file avec trois gosses à charge. L'aveu d'avoir un peu foiré sa vie, obtenu sans extorsion et avec le sourire, preuve d'intimité.

Dimanche matin, je lui tords un peu la main pour aller au cimetière, ça le gave sans qu'il ose le dire... c'est peut-être pour ça qu'il tente de nous tuer en traversant le rond point du Leclerc de Sainte-Foy-la-Grande en ligne droite, j'exagère un peu mais ses rapports de vitesse deviennent vraiment approximatifs, je n'ai pas insisté pour conduire, je n'ai pas peur de mourir à la Toussaint, tout le principe du week-end repose sur l'idée, non pas de noble cause parce qu'adoucir quelques heures d'un vieillard solitaire relève d'un objectif plus modeste, mais de moment juste... Qui s'est retrouvé à acheter du pain et un poulet rôti dans l'aube blafarde d'un dimanche matin de début novembre au Super U du fond de la Dordogne aux côtés de son oncle clopinant voit sûrement ce que je veux dire.

Plus tard dans la matinée, il s'arrête à peine devant la tombe de son ex, mourir c'est devenir un(e) ex, qu'il a beaucoup fréquentée ces dernières années, et il m'entraîne devant d'autres sépultures, me raconte des petites anecdotes, tiens regarde machin là il s'est suicidé à 40 ans, il avait deux enfants, et truc, là, le gitan, y se gène pas, regarde, et effectivement truc il s'est fait construire un mausolée qui tient à la fois du vivarium et du show room, un monument de granit briqué à mort sous une verrière de jardin d'hiver très classieuse, et ses potes ils ont tellement mis de fleurs dans l'allée qu'on est obligés de rebrousser chemin...
Dans l'après-midi, quand on s'est tout dit sans rien se dire, sur les uns et les autres et même sur nous, il sait que je dois partir et me fout gentiment dehors, en me disant que la prochaine fois, il aimerait bien que je lui ramène les enfants, et c'est inattendu de vitalité et d'espoir - qui - fait - vivre - bien - qu'il - ne - soit - pas - un - steak, parce que c'est dit avec une telle économie de moyens et en même temps une telle tendresse, alors que je tenais sans doute tellement à ce que le chagrin le domine comme un vieux puits de mine abandonné, et que cette lueur qui éclôt dans l'oeil de tonton témoigne de l'appel du vivant pour le vivant, même si j'ai bien l'impression de traverser la vie avec le même sourire de pioupiou décati que lui sur sa fin de partie, et qu'à ce moment-là toute ma visite s'éclaire elle aussi de la lumière de l'auto-apitoiement par tonton interposé, merdalors, bref je manque m'évanouir de joie. Bien sûr que je te les ramènerai les gosses, tonton. Au printemps, si tu es encore là, mais tu viens de me faire comprendre que tu as bien l'intention d'y être.

Dissertation : l'auteur prétend faire un reportage mais fait usage de nombreux artifices fictionnels. Les as-tu clairement identifiés ? De plus, sous prétexte d'altruisme intra-familial, son égo s'avance et se pavane sous 234 masques différents, les as-tu reconnus ?