lundi 27 avril 2020

Un journalisme de post-ure

« des hôtesses vont passer parmi vous avec un assortiment de boissons et de revues » prétendais-je pour faire le malinou dans un article de la semaine dernière : les voici nonobstant.


Contraint au régime sec même en mer mouillée par des excès passés, je fais l'impasse sur les boissons et me rabats sur les revues, car après avoir longtemps pesté contre la création du rayon journaux au Super U qui selon moi tuait les maisons de la presse alors qu’en fait ce qui me poussait chez les marchands de journaux c’était le besoin compulsif d’acheter des clopes, j’ai trouvé ce matin en faisant les courses DEUX revues qui sauront susciter ta convoitise mieux que ne le ferait une cargaison d’infirmières thaïlandaises simulant d’être enfiévrées par les chaleurs printanières et le trop-plein de patients engorgeant les urgences :
- We demain  "une revue pour changer d’époque", destinée avant tout aux bobos écolos. m'inspire des sentiments mitigés, car j’en avais acheté un exemplaire sur la prescription d'une copine marseillaise, je l’ai lu pieusement en souvenir d’elle et j’ai trouvé la moitié des articles intéressants, et l’autre moitié navrante. 
Là, ce mois-ci t’as quand même Jared Diamond, Greta Thunberg qui tchatche avec Naomi Klein, pour 12 € on aurait tort d'essayer de s’en priver. 

- Socialter sort un hors série pour penser les horizons désirables : qu’est-ce que l’imaginaire, qui a intérêt à s’en emparer, comment le modeler de manière inclusive ? L’écrivain de science-fiction Alain Damasio a été nommé rédacteur en chef pour piloter le numéro. Baptiste Morizot signe un manifeste, «Nous sommes le vivant qui se défend», et Kim Stanley Robinson clame : «Nous voulons des utopies !» Un entretien avec Felwine Sarr dessine les pistes pour «Bâtir l’Afrotopia» ; Emilie Hache explique comment poser l’imaginaire écoféministe contre la société patriarcale, quand Corinne Morel-Darleux envisage la fiction comme nourriture de l’action. Un grand entretien permet de découvrir la passion de Jean-Luc Mélenchon pour la science-fiction. (Libération)
Franchement, pour 3 2 paquets de clopes, c’est donné. J'ai commencé à le lire, c'est très damasien effectivement, mais très bien documenté. Ca compense, pour ceux qui font une aversion à l'appétence incoercible de Damasio à forger des néologismes au fil de son discours néo-radical.

La presse qui fait pas rêver.
D'une manière générale, c’est dingue le nombre de revues post- qui dégueulent du présentoir, je croyais la presse magazine à l’agonie, et j’allais oublier de citer, si tu les méconnais, l’étonnante et trimestrielle Usbek & Rika dont je suis très friand, quand je ne louche pas sur les soignantes masquées issues de la diversité, en tout cas les deux derniers numéros étaient super. Ce qui est bien avec le monde moderne qu’on a maintenant, c’est que toutes ces revues ont des vitrines sur le net, et qu’on peut se faire une idée de la ligne éditoriale d'un simple clic, parce que s’il faut s’ingurgiter des échantillons de leur pâte à tartiner dans le Super U, ça gène les braves gens masqués qui veulent aller du rayon layette aux surgelés. Allons bon, encore un mail qui va se faire instrumentaliser en article auto-promotionnel sur un de mes blogs, mon narcissime est-il donc si en péril que ça ? Je t’en fiche mon billet qu’il aurait très bien pu faire sans. Mais bon, la survie de la presse du lendemain du futur est une noble cause, qui vaut qu'on en parle, et surtout qu'on la lise. 


La presse qui fait rêver (justement, j'en rêvais)

dimanche 26 avril 2020

Coronavirus : les laboratoires de Wuhan, épicentres de la rumeur

ENQUÊTE  Le coronavirus a-t-il pu s’échapper accidentellement de l’un des centres de recherche de cette ville chinoise, d’où est partie l’épidémie ? « Le Monde » s’est plongé dans cet univers particulier, où la coopération franco-chinoise a montré ses limites.

Par Raphaëlle Bacqué et Brice Pedroletti
Publié hier à 03h40, mis à jour hier à 13h35


Lorsque l’épidémie a débuté, à Wuhan, Shi Zhengli a connu un moment de pure angoisse. Une de ces peurs qui envahit l’esprit, vous obligeant à refaire en pensée chaque geste, à reprendre chaque étude. Spécialiste des coronavirus à l’Institut de virologie de la ville, capitale de la province chinoise du Hubei, elle n’en a pas dormi pendant plusieurs jours, s’interrogeant sans cesse : « Et si le virus venait de nos laboratoires ? »Qui, en ce mois de décembre 2019, aurait pu imaginer l’inquiétude de cette femme de 55 ans, frêle mais déterminée, que les virologues du monde entier ont l’habitude de croiser dans les congrès internationaux ? La maladie paraissait encore cantonnée à quelques cas, rapportés par les hôpitaux de Wuhan, ville laide et tentaculaire où Shi Zhengli vit depuis qu’elle y a fait ses études et où elle travaille. Un genre de SRAS, avec fièvre, toux et infection des poumons. Une de ces sales infections que Shi Zhengli, hélas, ne connaît que trop bien.
En France, où elle a passé quelques années pour sa thèse – à l’université de Montpellier, en 2000 –, aucun des chercheurs avec lesquels elle collabore parfois n’a rien su de ses inquiétudes. « Sheu », comme disent les Français dans une imitation approximative de l’accent chinois, est estimée. Mais hormis le fait qu’elle parle un peu français et qu’un ministre de la recherche lui a un jour décerné les palmes académiques, on ne connaît d’elle que ses recherches. « Quand la maladie est arrivée en France, nous avons bien reçu de nos collègues de Wuhan un e-mail de soutien, rapporte un chercheur de Lyon, qui la connaît bien. Mais pas un échange, tant que l’épidémie a sévi essentiellement chez eux. »
En Chine, c’est autre chose. Les journaux la surnomment « Batwoman » depuis qu’elle a étudié ces chauves-souris qui, dans les régions subtropicales et méridionales du Guangdong, du Guangxi et du Yunnan, paraissent de véritables usines à virus. En 2005, c’est chez une chauve-souris que la virologue avait identifié deux coronavirus proches du SARS-CoV, l’agent infectieux à l’origine de l’épidémie de SRAS de 2003. Depuis, les coronavirus sont sa spécialité. Et c’est aussi pour cela que, dès l’hospitalisation des premiers malades à Wuhan, elle s’est tout de suite inquiétée.
« Et si le virus provenait de nos laboratoires ? » Shi Zhengli a repris ses études des dernières années, anxieuse à l’idée de retrouver dans ce nouveau tueur, apparu précisément à Wuhan, les séquences caractéristiques qui auraient pu signaler une « fuite » venue de son département, le Centre pour les maladies infectieuses de l’Institut de virologie. « Cela m’a vraiment fait perdre la tête et empêché de fermer l’œil », a-t-elle confié à Jane Qiu, journaliste au mensuel Scientific American.
A la chasse aux chauves-souris
Shi Zhengli navigue entre plusieurs univers. Les grottes sombres et humides des provinces éloignées, où il lui faut pénétrer en combinaison, masquée et bottée, munie d’un grand filet pour attraper les chauves-souris sans risquer l’infection. Et les laboratoires attribués à son département sur le campus de l’Institut de virologie de Wuhan, près du lac de l’Est.
Ses recherches sur les coronavirus, élaborées, nécessitent un laboratoire de niveau de sécurité P3. Mais Shi Zhengli est aussi directrice adjointe, toujours à Wuhan, du nouveau laboratoire P4, pour les pathogènes de classe 4, ces virus dont le taux de contamination et de mortalité est le plus élevé, comme Ebola, qui tue près de 90 % de ceux qu’il contamine.

Le « P4 », comme disent les chercheurs pour désigner le National Biosafety Laboratory de Wuhan, est un drôle d’endroit, une sorte de blockhaus carré et gris, flanqué d’une tour et d’un immeuble de bureaux, adossé à un grand massif boisé. Construit dans le cadre d’un accord de coopération franco-chinois, sur le modèle du laboratoire P4 Jean-Mérieux de Lyon, ce laboratoire hautement stratégique pour la Chine a mis près de quinze ans à voir le jour. Il est devenu opérationnel au début de l’année 2019, après deux ans de tests et d’ajustements.
Le site qui l’accueille est situé dans la lointaine banlieue, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Wuhan, là où les parcs industriels mangent les anciens villages et les cultures. L’endroit a longtemps été isolé, mais un nouveau campus de brique rouge, sorti de terre il y a deux ans, lui est aujourd’hui accolé : il accueille chercheurs et étudiants. L’adresse et la localisation du P4 sont difficiles à trouver : le site officiel de l’Académie des sciences et Google Maps le situent tous deux, de manière erronée, sur le campus historique de l’Institut de virologie, près du lac de l’Est.
Shi Zhengli, donc, s’inquiète. Et elle n’est pas la seule. Bien avant que le Washington Post ne publie, le 14 avril, un article affirmant que des diplomates américains avaient alerté, dès mars 2018, sur le manque de « techniciens et d’enquêteurs correctement formés pour faire fonctionner en toute sécurité ce laboratoire de haute sécurité », les soupçons sur une éventuelle fuite ont d’abord circulé en Chine même.
Le Web chinois en ébullition
Dès la fin du mois de janvier, le laboratoire P4 et « Batwoman » mettent la blogosphère chinoise en ébullition. Celle-ci se penche aussi sur le cas d’un autre laboratoire, appartenant au Centre de contrôle et de prévention des maladies infectieuses, situé, lui, à 280 mètres du marché aux fruits de mer de Huanan, au cœur de Wuhan, devenu le premier foyer de contamination par le SARS-CoV-2.
Il n’est pas difficile de retrouver, sur YouTube, le reportage qu’une chaîne de télévision de Shanghaï avait consacré, le 11 décembre 2019, à un technicien de ce laboratoire, Tian Junhua, dans lequel on le voit escalader l’entrée de grottes sombres et terrifiantes de la province du Hubei, vêtu d’une combinaison blanche et muni d’un filet à chauve-souris. « Près de 2 000 types de virus ont été découverts par les chercheurs chinois ces douze dernières années, claironne le reportage. Le reste du monde n’en avait découvert que 284 en deux cents ans. La Chine est désormais en tête de la recherche fondamentale sur les virus. »

Quelques semaines plus tard, dans le contexte de l’épidémie qui s’étend à Wuhan, ce petit film prend cependant une tout autre résonance sur les réseaux sociaux chinois. Soudain, le chercheur ne paraît pas si bien protégé, avec sa mince combinaison et ses gants en latex. « Le simple contact des excréments de chauve-souris sur ma peau nue pourrait m’infecter », reconnaît-il sans fard. Il a d’ailleurs dû, une fois, se mettre en « quatorzaine » volontaire, explique-t-il, après avoir reçu quelques gouttes d’urine d’un chiroptère. Un incident similaire aurait-il eu lieu dans ce laboratoire ?
Peurs, rumeurs… Le Web chinois imagine mille scénarios plus ou moins rationnels. On s’interroge ainsi, malgré les démentis officiels, sur le sort d’une ancienne étudiante de l’Institut de virologie, Huang Yanling, dont une partie de la biographie aurait été effacée du site Internet de l’institut. Même le quotidien Global Times, farouchement patriotique, juge « légitimes », dans une longue enquête datée du 18 février, les interrogations sur d’éventuels coronavirus de synthèse possiblement mis au point par l’Institut de virologie de Wuhan, et demande si des expériences « ont été menées sur des primates ».
Lorsque le célèbre commentateur Cui Yongyuan lance, dix jours plus tard, sur Weibo, le Twitter chinois, un sondage sur l’origine du virus, 51 % des 10 000 personnes qui répondent sont persuadées qu’il s’agit d’un « virus artificiel échappé par négligence », 24 % estiment qu’il a été répandu par malveillance. Seules 12 % pensent qu’il est d’origine naturelle…
Le scaphandre et le congélateur
« Batwoman » a donc rouvert tous ses dossiers. Elle ou son équipe ont-ils pu commettre une négligence ? Ils sont pourtant une demi-douzaine de membres de l’institut à avoir suivi, des années plus tôt, à Lyon, au cœur du Laboratoire Jean-Mérieux, géré par l’Inserm, la difficile formation aux procédures de sécurité des P4. Car la France n’a pas seulement fourni à la Chine la technologie du laboratoire de Wuhan, ainsi que des PME françaises très spécialisées – même si les Chinois ont imposé leur propre maître d’ouvrage au dernier moment.
Elle a aussi dû apprendre aux Chinois à s’en servir et à respecter les très rigoureuses mesures de sécurité. Bref, à travailler dans un univers ultracodé. « Trois semaines de manipulations en scaphandre, détaille l’immunovirologue d’origine croate Branka Horvat, à répéter mille fois les gestes et les procédures, puis encore plusieurs semaines de tests et de suivi avant d’avoir le droit d’accéder au congélateur où sont entreposés les virus. » Installée depuis trente ans en France, où elle travaille pour l’Inserm en collaboration avec les chercheurs chinois sur le virus Nipah, Mme Horvat a suivi la formation avec Shi Zhengli.
Pareil apprentissage est éprouvant. Il faut parvenir à respirer en scaphandre, calculer chaque geste, savoir débrancher et rebrancher son arrivée d’air pour circuler dans le laboratoire. Préparer soigneusement chaque expérience avant de la démarrer afin d’éviter l’oubli qui compromettrait la manipulation. Claustrophobes et distraits s’abstenir. Même les gants, plus épais que ceux réservés aux labos de type P2 et P3, offrent une sensibilité moindre à laquelle il faut s’habituer. L’endroit est en outre protégé par de multiples sas qui ne s’ouvrent que si l’on est dûment badgé. Et il faut encore prendre une douche décontaminante à la sortie…
Les chercheurs chinois venus à Lyon se former ont franchi toutes les étapes. « Shi elle-même est une femme intelligente, vive et rigoureuse, poursuit Branka Horvat. Elle a eu beaucoup de contacts avec des chercheurs du monde entier. Scientifiquement, elle est de très bon niveau. Elle est aujourd’hui la cible de plusieurs questions, mais je lui fais confiance. »
La blogosphère n’est pourtant pas la seule à s’agiter en cette nouvelle année lunaire chinoise, qui commence le surlendemain du confinement de Wuhan. Au plus haut niveau du régime, une décision majeure a été prise : le 31 janvier est arrivée dans cette ville la major générale Chen Wei, de l’unité des risques bactériologiques au sein de l’armée. La presse nationale lui consacre des articles enthousiastes, tous écrits sur le même modèle.
Dépeinte comme « une déesse de la guerre », la major Chen Wei a investi le laboratoire P4 pour, officiellement, y mettre au point dès que possible un vaccin contre le Covid-19. La direction du Parti ne s’y serait pas prise autrement si elle avait voulu missionner pour mener l’enquête un émissaire investi de tous les pouvoirs… Les dirigeants du pays croient-ils, eux aussi, à une « fuite » dans un des laboratoires de Wuhan ?
Matières à haut risque
C’est que ce genre d’accident existe bien plus qu’on ne le croit. Et pas seulement en Chine. En 2014, l’Institut Pasteur lui-même avait « égaré » 2 349 échantillons de SRAS, jusque-là stockés dans un de ses laboratoires de niveau P3. L’affaire, d’abord gérée sans aucune publicité ni déclaration aux autorités, n’avait heureusement eu aucune conséquence grave. Les échantillons ne contenaient qu’une partie du virus, et ce dernier, incomplet, était inoffensif.
En 2015, ce sont trois échantillons de MERS, ce coronavirus du système respiratoire venu du Moyen-Orient, qui étaient arrivés à l’Institut Pasteur, transportés clandestinement par une chercheuse, à bord d’un vol Séoul-Paris. Le virus, rangé dans une petite boîte de produit cosmétique, était ensuite resté sur l’étagère du bureau d’un chercheur de l’Institut sans aucune précaution sanitaire pendant toute une semaine…
En 2014, c’est aux Etats-Unis qu’une enquête avait révélé que des échantillons non inactivés d’anthrax avaient été envoyés par erreur aux quatre coins du pays. L’enquête avait également mis en évidence une contamination accidentelle d’un échantillon de grippe classique par un virus bien plus mortel, le H5N1, et la découverte d’échantillons contenant un virus de la variole bien vivant alors qu’on le croyait inactivé.
A Wuhan, cependant, l’hypothèse d’une fuite prend un tour plus politique à mesure que l’épidémie s’étend. Quatre jours après la parution du Washington Post du 14 avril, Yuan Zhiming, directeur du laboratoire P4 et « patron » de Shi Zhengli, est monté au créneau pour assurer : « Il est impossible que le virus vienne d’ici. Nous avons des règles très précises et rigoureuses pour éviter les fuites et nous sommes sûrs de cela. »
Microbiologiste formé en Chine, en France et au Danemark, délégué à la chambre consultative du Parlement chinois, M. Yuan défend la réputation de l’ensemble de la recherche chinoise. Il est conscient des bruits qui courent, à l’étranger et dans son pays, sur les laboratoires locaux, et aussi sur le nombre important d’étudiants qui y passent – « parfois vingt étudiants pour un chercheur, quand, en France, ils sont à peine trois », note Branka Horvat. Mais M. Yuan écarte sans ciller l’hypothèse d’une contamination accidentelle de l’un d’entre eux. « Aucun de nos étudiants ni aucun de nos chercheurs n’ont été infectés », assure-t-il.
Connus pour être peu regardants
Les recherches sur les coronavirus sont pourtant nombreuses dans les laboratoires de l’Institut. Shi Zhengli mène ainsi avec ses équipes des expériences « gain de fonction », c’est-à-dire consistant à remodeler les virus pour les rendre contagieux et ensuite identifier des faiblesses qui permettraient de tester des traitements. Par ailleurs, quand Shi Zhengli publie, le 20 janvier, le génome du nouveau virus, elle démontre qu’il est le plus proche, à 96 %, d’un coronavirus de chauve-souris, le RaTG13, jusqu’alors inconnu. Et pour cause : l’institut l’a enregistré au même moment, ce qui interroge sur ce que recèle son congélateur.
En février, dans le Global Times, Yang Zhanqiu, le directeur adjoint du département de biologie des agents pathogènes de l’université de Wuhan, a ouvert une autre piste. Les chercheurs chinois en général – c’est-à-dire en dehors des rares scientifiques formés aux procédures P4 – sont connus pour être peu regardants sur le traitement des litières et des cadavres d’animaux. Normalement, ceux-ci exigent des processus très stricts d’emballage, de transport et d’incinération.
Or, a reconnu Yang Zhanqiu, « certains chercheurs déversent du matériel de laboratoire dans l’égout après des expériences, sans mécanisme d’élimination biologique spécifique ». Ces déchets, a-t-il poursuivi « peuvent contenir des virus, des bactéries ou des microbes d’origine humaine ayant un impact potentiellement mortel sur les êtres humains, les animaux ou les plantes ». Les nouvelles règles que le gouvernement chinois vient d’édicter pour renforcer la biosécurité des laboratoires sont-elles l’indice qu’une fuite de cette nature a pu être découverte au sein de l’un de ceux de Wuhan ?
Enthousiasme chinois, réticences françaises
Ce risque de pollution biologique a toujours inquiété les observateurs de la recherche chinoise. Notamment parce qu’il s’est accru avec la course aux découvertes à laquelle se livrent les laboratoires de ce pays, dans tous les domaines. « En Chine, la recherche est avant tout un instrument au service de la puissance nationale. Elle est menée de manière excessivement peu transparente et avec peu ou pas de respect de l’éthique scientifique et médicale. Cela rend possibles toutes les dérives », estime le neurobiologiste français Alexis Génin, qui s’est intéressé à la Chine en tant que conseiller scientifique de Dafoh, une association contre le trafic d’organes dans le monde.
Ce contexte très productiviste implique un roulement très élevé des jeunes chercheurs, et donc des risques accrus de mauvaises manipulations et d’infection. Quant à savoir si un virus « retravaillé » a pu s’échapper par erreur d’un des sites de recherche de Wuhan, seules une mission d’inspection et la revue des cahiers de virologie des laboratoires pourraient l’éclaircir, ajoute le professeur Génin.
Les épidémies jouent souvent le rôle de révélateur. On cherchait l’origine possible de celle-ci et voilà que l’on découvre d’autres univers, vastes et obscurs comme des gouffres. Les doutes sur le laboratoire P4 ont ainsi révélé les difficultés de la coopération avec la Chine. Jusque-là, en France, seules quelques entreprises déçues, un petit groupe de diplomates du Quai d’Orsay et quelques hauts cadres du ministère de la défense s’insurgeaient contre le comportement à la fois ultranationaliste et fondamentalement opaque de ce pays.
A la lumière de l’épidémie, on découvre soudain les coulisses de l’accord de coopération franco-chinois autour de la construction du laboratoire P4 que dirigent Yuan Zhiming et Shi Zhengli. Et il paraît de plus en plus clair que, malgré la dernière visite, en mars 2019, d’une délégation de diplomates du consulat de France à Wuhan, dont la photo figure sur le site Internet de l’Institut de virologie, la France a en réalité été très vite été écartée du fonctionnement de ce « labo ».
En 2004, ce P4 avait été voulu conjointement par le président français, Jacques Chirac, et son homologue chinois, Hu Jintao, afin, d’après Chirac, de « donner corps et amplifier cette alliance de nos chercheurs et cette confiance nées au cœur de la terrible épidémie de SRAS ». A l’époque, bon nombre de diplomates français n’avaient pas caché leurs réticences. « Le Quai d’Orsay avait la conviction que les Chinois cherchaient à développer, comme d’autres pays, un programme de recherche sur les armes biologiques, se souvient Gérard Araud, directeur des affaires stratégiques au ministère des affaires étrangères entre 2000 et 2003. Il était très difficile de s’assurer que le P4 n’y contribuerait pas d’une façon ou d’une autre. »
Craignant l’isolement, après l’opposition de la France à une intervention occidentale en Irak, en 2003, le ministre des affaires étrangères, Dominique de Villepin, cherchait cependant un rapprochement à la fois avec Moscou et avec Pékin. Et puis, fait valoir aujourd’hui Hervé Raoul, le directeur du P4 lyonnais, « la virologie draine toujours derrière elle la peur des guerres bactériologiques. Mais la collaboration scientifique est justement un bon moyen d’écarter l’utilisation d’un laboratoire ou d’une recherche à d’autres fins ». Bref, dans l’enthousiasme d’une coopération sino-française, les préventions avaient été balayées.
« Réunions houleuses »
La France a-t-elle été trop optimiste sur sa capacité à jouer à parts égales avec la Chine ? Le 23 février 2017, il fait beau et frais lorsque le premier ministre, Bernard Cazeneuve, préside, aux côtés du secrétaire du Parti communiste à Wuhan et du maire de la ville, la cérémonie d’accréditation officielle du fameux laboratoire. Il n’est plus question de soupçonner les Chinois. Mieux, la France paraît multiplier les projets avec eux. En cette belle journée d’hiver, Bernard Cazeneuve est d’ailleurs d’abord venu à Wuhan pour célébrer, se souvient-il, « un autre programme de coopération, cette fois sur la ville durable, sur lequel avait beaucoup travaillé Martine Aubry ».
D’après lui, le directeur de l’Inserm de l’époque, Yves Lévy, mari d’Agnès Buzyn, la future ministre de la santé, « a beaucoup insisté » pour qu’il fasse d’une pierre deux coups et vienne aussi inaugurer pour la France le P4. C’est que la coopération franco-chinoise concernant la recherche sur les maladies infectieuses est prometteuse. Le gouvernement français a promis d’allouer 1 million d’euros par an à ce laboratoire. Les deux pays échangeront, promet la Chine, moyens, informations et résultats.
Ce n’est qu’à la fin de 2017 que Jean-Yves Le Drian, qui a quitté le ministère de la défense occupé sous François Hollande pour devenir ministre des affaires étrangères du nouveau président Emmanuel Macron, charge l’ambassade de France à Pékin de rédiger une note faisant le point sur la réalité de cette coopération scientifique. En vérité, elle semble inexistante. « Il y avait des réunions houleuses à Paris, avec l’Inserm et le ministère de la recherche, se souvient une source alors impliquée. Rien n’avançait. »
En effet, si Shi Zhengli a bien été reçue dans le P4 de Lyon, comme d’autres chercheurs de son pays, la réciproque est loin d’être vraie. L’industriel Alain Mérieux, qui s’était impliqué « personnellement », dit-il, dans la construction du bâtiment, s’est retiré « dès la remise du labo aux autorités chinoises ». Après l’accréditation de ces installations, une phase de dix-huit mois de montée en puissance a été prévue, avec un fonctionnement « à blanc », sans virus. Pendant cette phase, un « M. Qualité » a été mandaté par le Quai d’Orsay, René Courcol, médecin infectiologue, afin de s’assurer de la bonne mise en place des procédures nécessaires. A quelles installations a-t-il vraiment eu accès ? Quelles sont aujourd’hui ses recommandations et ses éventuelles inquiétudes ? Ce dernier a refusé de répondre aux questions du Monde.
L’unilatéralisme de Pékin
En vérité, la France ignore totalement ce qui se passe derrière les murs de ce laboratoire qu’elle a pourtant contribué à construire. Le directeur du P4 de Lyon, Hervé Raoul, qui a accompagné une bonne partie de la coopération franco-chinoise à Wuhan, souligne pour sa part : « Le laboratoire avait l’air plutôt bien conçu, mais, pour en être certain, il aurait fallu le voir en mode opérationnel. Je l’ai visité plusieurs fois, mais je ne l’ai pas vu en fonctionnement. »
Et M. Raoul de reconnaître : « Il n’y a pas de chercheurs français dans le P4 de Wuhan, et je n’ai aucune idée de la façon dont il fonctionne. » En somme, la relation bilatérale célébrée par Jacques Chirac en 2004 est devenue unilatérale… « C’est très typique de ce que deviennent tous les projets franco-chinois, assure un conseiller des entreprises françaises désireuses de se lancer en Chine. Il y a toujours un immense écart entre les échanges attendus et le résultat à l’arrivée. »
C’est cette opacité qui préoccupe aujourd’hui. Pas seulement parce qu’un incident aurait pu se produire dans ce labo franco-chinois. A vrai dire, aucune preuve factuelle ne permet de corroborer cette hypothèse. « Il est même bien plus improbable, assure une source française qui a suivi le dossier, qu’un incident soit lié au P4 qu’aux autres laboratoires », c’est-à-dire ceux de l’Institut de virologie de Wuhan ou du Centre de contrôle et de prévention des maladies, où opérait le chasseur de chauve-souris célébré dans le reportage télévisé. Si cette opacité inquiète, c’est aussi parce que cette coopération aurait dû permettre d’éviter la catastrophe sanitaire et économique qui touche actuellement une large partie de l’humanité.
En 2016, l’ambassadeur de France à Pékin, Maurice Gourdault-Montagne, avait décoré, à Wuhan, Yuan Zhiming et Shi Zhengli de l’Ordre national du mérite et de la Légion d’honneur pour leur ardeur à promouvoir la coopération dans le domaine de la prévention et de l’émergence des maladies infectieuses. Quand le virus a frappé, ni les recherches de Shi Zhengli, ni la situation de la France comme partenaire privilégié des scientifiques chinois ne semblent avoir aidé Paris à comprendre l’épidémie, ni à s’y préparer.

samedi 25 avril 2020

Ehpad : les morts, les familles et le mur du silence

Des établissements d’hébergement pour personnes âgées ont tardé à communiquer le nombre de morts dû au coronavirus et à informer les familles de l’état de santé de leurs proches. Certaines ont déjà porté plainte.

Par Béatrice Jérôme, Lorraine de Foucher et Sofia Fischer Publié dans Le Monde le 23 avril 2020 à 11h00


La sonnerie du téléphone tire Sébastien Lévêque de son sommeil. Embrumé par la fatigue, l’ouvrier de 40 ans décroche. Il est 8 heures ce samedi 28 mars. Au bout du fil, une aide-soignante de la Rosemontoise, à Valdoie (Territoire de Belfort), la maison de retraite où vit son père Bernard depuis six ans, lui annonce sa mort dans la nuit, suspicion de Covid-19.
« J’ai à peine eu le temps de reprendre mon souffle qu’elle a enchaîné sur les pompes funèbres. Que je devais les contacter en urgence pour faire enlever son corps, elle avait l’air pressée de s’en débarrasser. »
Sébastien ne comprend pas, trois jours avant il avait eu un appel de l’Ehpad, son père était tombé, mais il était en forme, seulement 73 ans, et aucune pathologie. Il y avait bien cette petite grippe qui circulait un peu entre les résidents, mais rien de grave l’avait-on rassuré, et jamais le mot « Covid » n’avait été prononcé.
Il ne reste de Bernard qu’une urne qui attend Sébastien sur une étagère des pompes funèbres de la petite ville de Delle. Le fils n’a jamais pu revoir son père, ni même récupérer ses affaires. Cette disparition sans bruit ni rites se transforme en deuil impossible. « Je me dis qu’il n’est pas mort, je ne réalise pas. C’est un choc terrible, un traumatisme. Nous, les familles, nous étions coupées du monde, on ne nous a rien dit. Il n’y a eu aucune communication, aucune humanité. Payer aussi cher pour mourir comme ça, j’ai la haine qui brûle en moi », pleure-t-il au téléphone.
Début avril, l’affaire de la Rosemontoise éclate dans les journaux. Le virus a coûté la vie à dix-sept de ses résidents. L’établissement devient le premier en France placé sous tutelle dans le cadre d’une procédure d’urgence sanitaire. L’hécatombe s’est poursuivie depuis avec onze nouvelles victimes du Covid-19. Sébastien, lui, s’est rendu à la gendarmerie de Saint-Amour (Jura) pour porter plainte contre l’Ehpad pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ». « S’ils avaient mieux communiqué, s’ils avaient été transparents avec nous, je n’aurais pas porté plainte. Mais là maintenant on monte un collectif avec les familles, et on veut un procès », revendique ce supporteur du FC Sochaux-Montbéliard, initié au football par son père, ancien ouvrier chez Peugeot.
Ni veillées ni embrassées une dernière fois par leurs proches, des milliers de personnes âgées sont mortes ces dernières semaines, comme Bernard Lévêque, asphyxiées par le Covid-19, seules au fond de leur chambre. Entre le 11 mars et le 20 avril, les maisons de retraite sont restées portes closes, pour ne plus laisser entrer le virus. Et certains Ehpad ont aussi érigé un mur du silence autour de la tragédie qui les ont frappés. Ces structures ont-elles été débordées par la violence de l’épidémie au point de ne plus pouvoir communiquer ou bien ont-elles opté pour l’opacité afin de masquer des défaillances ?
Des dizaines de familles se sont déjà tournées vers la justice. Certaines pour obtenir le simple récit des faits, d’autres parce qu’elles ne croient pas à la fatalité. Les enquêteurs voient se multiplier le nombre de plaintes, « sans avoir les moyens d’y faire face », en plein confinement. « Elles sont de plus en plus nombreuses et vont augmenter dans les prochains mois, anticipe un gendarme missionné sur ce type de dossiers. Le problème, c’est que les gens ne sont plus habitués à la mort : ils veulent des réponses. »
Au 17 avril, le parquet de Paris avait enregistré vingt-six plaintes pour mauvaise gestion de la crise sanitaire, sans être en mesure de distinguer celles qui concernent un hôpital, un Ehpad, ou une autre structure, ni celles déposées par des familles ou par des personnels. Le procureur de Paris, Rémy Heitz, a indiqué sur Franceinfo le 31 mars que le parquet n’en était pas « encore à orienter ces plaintes et à prendre des décisions. Mais nous les traiterons et nous allons les analyser ».
Ailleurs, les enquêtes sont déjà lancées. Comme à Mougins (Alpes-Maritimes). Dans cette commune de la Côte d’Azur, la maison de retraite La Riviera a vécu un cauchemar à huis clos. Depuis le 17 mars, trente-sept personnes âgées y sont mortes du Covid-19, soit plus du tiers des cent neuf résidents.
Aucun drame n’a connu le même retentissement médiatique depuis le début de la crise sanitaire. Aucun n’a donné lieu à autant de plaintes, connues à ce jour. Sept familles de résidents décédés ont porté plainte contre X. Les premières ont débouché sur l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en danger » et « homicide involontaire » par le parquet de Grasse, le 2 avril. Depuis, quatre ont directement saisi le tribunal. Le maire (Les Républicains) de la ville, Richard Galy, s’est porté partie civile dans le dossier.

« Aucun symptôme » du Covid-19

Ces plaintes sont toutes motivées par « la loi du silence », selon les familles concernées, qui a régi La Riviera les deux dernières semaines de mars. Le 15, le virus pénètre dans l’établissement, par l’intermédiaire de son directeur et de son médecin coordinateur, tous les deux testés positifs et placés en arrêt maladie. Le 31, Nice-Matin titre sur les « douze morts » de Mougins, et lève le voile sur une hécatombe à l’insu des familles. Alors qu’un journaliste fait le pied de grue devant l’établissement pour obtenir des réponses, la veille, Korian − le groupe privé français est le leader européen des maisons de retraite − et l’agence régionale de santé (ARS) Provence-Alpes-Côte-d’Azur avaient d’abord tenté d’expliquer que les morts étaient « peut-être liées à des causes naturelles ».
Pourtant, administrativement, le Covid-19 est bien mentionné. Les certificats de décès remis aux pompes funèbres qui enchaînaient les allers-retours dans l’Ehpad depuis quinze jours indiquaient bien : « suspicion Covid-19. » Charles-Ange Ginesy, président (Les Républicains) du conseil départemental des Alpes-Maritimes, assure avoir reçu du directeur régional de Korian de PACA-Est le premier signalement de décès lié au virus le 18 mars, dans le « reporting » régulier qu’il a exigé des Ehpad au début de la crise. Entre le 18 et le 30 mars, il reçoit quatre bilans. Le dernier date du 28 mars : douze morts.
Dans ce dernier décompte figure Yvette Sinicropi, 84 ans, décédée le 26 mars dans cet établissement. Son mari, 91 ans, a d’abord reçu un appel de l’Ehpad. Sa femme « n’était pas très bien », on lui demande s’il a un contact avec une entreprise de pompes funèbres. Nouveau coup de fil dans la matinée : Yvette est morte, mais personne n’évoque le Covid-19. On assure même à la famille qu’elle ne présentait « aucun symptôme ». Son époux est prié de venir chercher ses affaires. C’est en route vers la maison de retraite que le nonagénaire est alerté par un message d’un de ses fils, qui, ayant lu Nice-Matin, lui dit de faire demi-tour. « N’y allez pas : il y a douze morts du Covid dans l’établissement ! »
Ces omissions en cascade poussent les plaignants à rechercher des « responsables » de la mort de leurs proches. « J’ai des griefs autant envers l’Etat qui n’a pas bien géré la crise qu’envers la direction de Korian », assure Arnaud, petit-fils d’Odette Noyer qui a appris par les pompes funèbres que sa grand-mère était morte du Covid-19. Le jour de son décès, l’Ehpad lui a assuré qu’elle se portait bien même si elle avait été « mise sous oxygène »… Interrogé par Le Monde, le porte-parole de Korian affirme que « la famille » d’Odette a bien été informée à temps que son état s’était dégradé.

Querelle des tests

Depuis la médiatisation de la tragédie de La Riviera, la directrice générale du groupe, Sophie Boissard, a reconnu le 10 avril, sur RTL que « la violence de l’épidémie a été telle que l’information et les contacts n’ont peut-être pas été ce qu’ils auraient dû être au quotidien ». Face aux accusations « d’omerta » notamment de la part de l’avocat de plusieurs plaignants, Fabien Arakelian, le groupe choisit de se retrancher alors derrière la consigne des ARS de leur communiquer le bilan du nombre de morts, à elles et à elles seules. Conseillé par l’agence Havas, le groupe a, depuis, littéralement modifié sa stratégie de communication. Désormais, il publie un décompte national chaque semaine. Le 17 avril, on comptait 511 morts parmi les 23 000 résidents des 308 Ehpad que possède Korian en France. La justice devra répondre aux questions des familles : comment un tel désastre a-t-il pu se produire ? Quelles erreurs, quelles négligences ont été commises ? Par qui ?


A Mougins, le scandale « ne fait que commencer », assure une source proche du dossier. Mais déjà en coulisses l’Etat déplore l’attitude du groupe privé qui ne l’a pas suffisamment alerté. La sous-préfète de Grasse, Anne Frackowiak-Jacobs, regrettait dans les colonnes de Nice-Matin, début avril, « que la réaction du groupe Korian n’ait pas été aussi rapide que nous l’aurions souhaité ». Trois jours plus tard, Charles-Antoine Pinel, directeur général France Seniors chez Korian, accusait « les autorités sanitaires locales » d’avoir « tardé à réagir ». Du côté des gendarmes, on indique que « tout le monde  l’ARS comme Korian  est entendu ».
Ces attaques réciproques ont révélé une difficulté structurelle à coopérer entre les ARS et les Ehpad − si ce n’est un gouffre −. Parmi les nombreux exemples de difficultés dans la répartition des rôles, que le drame de Mougins met en lumière, figure la querelle des tests.
L’absence de dépistage précoce des résidents a été pointée du doigt par la droite locale. Le maire (LR) de Mougins, Richard Galy, a été le premier à souhaiter des tests systématiques. Le président du conseil départemental, Charles-Ange Ginesy (LR), a écrit au ministre de la santé et des solidarités, Olivier Véran, et à l’ARS dès le 24 mars, pour demander « un élargissement immédiat des dépistages de l’ensemble des résidents ». En vain.
A Mougins, seuls trois tests ont été réalisés mi-mars, conformément à la consigne du ministère de la santé. La règle en vigueur était alors de cesser les dépistages au-delà de trois cas de Covid-19 avérés. Pourtant Louise (son prénom a été modifié) comme d’autres proches de résidents en est certaine : « Si tous les pensionnaires avaient été testés vers le 20 mars, une bonne partie seraient encore en vie aujourd’hui », assure cette femme qui a attendu deux semaines pour apprendre que sa mère avait contracté le Covid-19, dont elle a finalement guéri.
La direction du groupe et l’ARS PACA auraient-ils dû enfreindre la consigne nationale et décider un dépistage plus large ? Ont-ils fait preuve de légèreté ? L’un et l’autre se sont renvoyé la responsabilité de ne pas avoir pris l’initiative. « L’ARS était d’abord soucieuse de disposer de tests suffisants pour les hôpitaux, ce que l’on peut comprendre », concède un responsable du groupe. Un fonctionnaire d’une ARS, interrogé par Le Monde rappelle toutefois que les décisions d’ordre médical relèvent des établissements. En clair, Korian n’avait pas besoin du feu vert de l’ARS pour lancer des tests. « Aucun laboratoire n’était en mesure de [leur] délivrer des tests en grand nombre sans l’aval de l’ARS », rétorque la direction de Korian.
Devant la campagne politique de la droite locale en faveur des tests et l’émoi des familles face à la série noire des décès, Philippe De Mester, le patron de l’ARS PACA, a fini par faire passer des messages au cabinet d’Olivier Véran pour que les tests puissent être réalisés à plus large échelle dans les Ehpad. Korian, de son côté, a actionné ses relais : « On a mis un grand coup de pression sur le ministère », reconnaît Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Syndicat national des établissements et résidences privées pour personnes âgées (Synerpa).
La demande a été entendue. Le 6 avril, Olivier Véran annonce le virage. Il faudra, dit-il, « tester tous les résidents et tous les personnels à compter de l’apparition du premier cas confirmé de malade de coronavirus » au sein des Ehpad. Sans la tragédie de Mougins et son retentissement médiatique, le gouvernement n’aurait sans doute pas fait cette annonce aussi vite. Il n’en reste pas moins qu’à Mougins, entre le premier cas de Covid-19 et le dépistage des résidents, il se sera écoulé plus de trois semaines. Pendant lesquelles plus d’un tiers d’entre eux sont morts.

« Comptage informel »

Du temps perdu pour sauver des vies ? Korian balaie cette accusation. Quand bien même le nombre de résidents atteints aurait été détecté très en amont, un responsable du groupe confie au Monde qu’il aurait été difficile d’organiser dès la mi-mars une « unité Covid de taille suffisante » pour isoler tous les résidents malades des autres. Très vite, les onze lits prévus initialement se sont révélés insuffisants. Il a fallu que plusieurs dizaines de personnes meurent pour que « d’autres lits se libèrent », déplore cet acteur au cœur de la gestion de crise. Et qu’enfin le 9 avril les personnes contaminées soient regroupées par étage.
Si Korian doit répondre des accusations d’opacité, il n’est pas le seul. Orpea, numéro 2 sur le marché privé, se distingue aussi par sa discrétion depuis le début de la crise sanitaire, regrette Guillaume Gobet, délégué syndical CGT :
« Ces grands groupes privés de santé ont du mal à dire publiquement qu’il n’y a pas assez de matériel, de personnel, ou que la crise du Covid est difficile. Ils sont là pour faire de l’argent, pas du social, et l’image de marque, les belles plaquettes, c’est important pour les investisseurs. ».
Ce représentant syndical s’étonne qu’Orpea passe aussi facilement à travers les gouttes médiatiques. En effet, à part à la résidence du Parc, à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire), où la situation est qualifiée « d’explosive » par France Bleu Touraine et dans lequel le directeur a confirmé au Monde « neuf décès » tout en s’étonnant de cet adjectif « explosif », aucun autre établissement sous la bannière Orpea qui verrait un quart à un tiers de ses résidents disparaître en quelques semaines, ne défraye la chronique. « Moi, je n’ai aucun chiffre, explique Guillaume Gobet, on fait un comptage informel à la CGT, mais on n’arrive pas à savoir. Appelez le siège, si vous avez des infos, ça m’intéresse, moi je n’en ai jamais eu. »
Pour le savoir, il faut contacter Image 7, la puissante agence de communication dirigée par Anne Méaux, qui s’occupe d’Orpea. La réponse tombe douze heures après :
« Malgré toutes les précautions que nous avons prises dès la mi-février et l’engagement de nos collaborateurs, nous comptons naturellement des décès parmi nos résidents. Il y a d’une part les décès de résidents testés positifs au Covid mais également les décès suspectés d’être liés au Covid. Sur ces deux catégories, nous comptons en France 420 décès soit 1,5 % de nos résidents et patients. »
Dans quels établissements ces décès ont-ils eu lieu ? Pourquoi aussi peu d’entre eux ne sont apparus sur les radars médiatiques ? A ces questions, pas de réponse. Un reporter niçois décrypte : « J’ai peur que tant qu’il n’y a pas des journalistes postés tous les jours devant tous les établissements de France, il y ait des “Mougins” qu’on ignore partout sur le territoire. »
Le secteur privé n’a pas le monopole du manque de transparence. A la Rosemontoise, à Valdoie, l’établissement à but non lucratif, où est mort Bernard Lévêque, le père de Sébastien Lévêque, l’opacité était une consigne transmise par l’encadrement aux soignants. « On nous disait de dire aux familles que tout allait bien, ou juste que leurs proches pouvaient être un peu malades mais de ne pas rentrer dans les détails », raconte Marie (le prénom a été modifié). Quand fuite le bilan accablant des dix-sept morts, le téléphone de l’accueil s’affole : « Une dizaine de familles se sont mises à appeler régulièrement : vous nous dites qu’ici c’est le paradis, mais dans les médias on voit que c’est l’enfer, on veut la vérité”. » Quelques membres du personnel brisent l’omerta et parlent aux journalistes, prenant le risque de « se faire virer pour faute lourde plutôt que d’être poursuivi pour non-assistance à personne en danger », déplore Marie.
Un mail tombe dans la foulée sur l’intranet :
« Si la presse ou toute personne étrangère cherche des informations sur l’Ehpad (…) la Rosemontoise, personne d’autre que l’ARS ou le CD [conseil départemental] ne sont habilités à répondre. Toute personne qui communiquera qqs infos quelle qu’elle soit est susceptible de sanction. Merci de répondre à rien ni à personne. (…) Si vous voyez la presse ou toute personne étrangère à l’Ehpad, vous êtes prié de bien vouloir le signaler à l’équipe de direction. »
A l’oral est même ajouté que parler, « c’est du pénal ». « Sur le moment, ça fait froid dans le dos. Puis l’injustice l’emporte, on se dit qu’il faut protéger les résidents, le cœur est plus fort que la peur », termine Marie.
Il a fallu deux semaines pour que Joël Goldschmidt accepte de répondre aux questions du Monde. Le président de l’association Servir, qui gère l’Ehpad de la Rosemontoise ainsi que trois autres institutions médico-sociales de la région, ne voulait pas s’exprimer trop vite. Ce chercheur des laboratoires Roche à Bâle (Suisse), âgé de 59 ans, dirige bénévolement cette structure chrétienne évangéliste à laquelle est rattachée la maison de retraite de Valdoie. Il fait des milliers de kilomètres par an, « même pas remboursés », précise-t-il, et connaît lui-même bien le Covid-19 : il a passé son mois de mars alité à cause du virus, son père vient d’en mourir. La crise à la Rosemontoise a percuté de plein fouet son engagement religieux. Attaché à ses valeurs d’humanité, Joël Goldschmidt a très mal vécu les accusations « d’inhumanité » qui ont fleuri dans les journaux.
« Moi-même j’ai perdu mon père du Covid, mais je n’ai pas accusé l’hôpital d’avoir mal fait son travail. On n’a jamais vécu une crise comme ça, je ne vois pas comment elle aurait pu être gérée parfaitement. Oui, il y a eu des loupés sur l’information et la transparence. Il faut avoir l’humilité de le reconnaître. Parler plus n’aurait pas fait baisser le nombre de morts, mais oui ça aurait diminué le choc », se défend-il. A l’évocation du mail de menaces de sanction aux employés, il répond y être étranger, que c’est « difficilement entendable » d’avoir fait cela, mais qu’il s’agissait de rappeler que la communication sur l’hécatombe de la Rosemontoise était réservée à l’ARS.

Silence et discrétion

Cette consigne de silence et de discrétion a effectivement été transmise à tous les Ehpad du territoire. Olivier Obrecht est le directeur adjoint de l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté. C’est lui qui échange avec les journalistes depuis le début de la crise qui a durement frappé sa région. A la question sur la non-diffusion des chiffres des décès et des contaminations, il répond que « ça n’est pas une information d’utilité publique ».
« Autant on a incité les Ehpad à tout dire aux familles des résidents, et ne pas l’avoir fait est une anomalie, autant on leur a dit d’être très vigilants avec la presse. J’assume la retenue d’informations, car l’important est ailleurs, il faut s’occuper des soignants et des vivants. Notre boulot à l’ARS, c’est l’organisation d’un système, pas la transparence. Et le bilan des morts Ehpad par Ehpad n’a aucun intérêt. On ne voulait pas stigmatiser ceux où il y avait des décès comme étant des mauvais Ehpad, car c’est rarement le cas », explique-t-il.
Derrière les murs de la Rosemontoise, les pensionnaires vont enfin prendre leur première douche après un mois de toilettes à la va-vite pratiquées par des soignants débordés par le Covid. La plainte de Sébastien Lévêque n’est pas encore arrivée au siège de l’association Servir. Joël Goldschmidt ne prend pas ça « à la légère » − sa responsabilité de président pourrait être engagée −, mais il reste « serein ». Olivier Obrecht concède que les plaintes vont sûrement se multiplier à l’issue de l’épidémie : « Les contentieux sur la prise en charge sont liés à un défaut de communication. Les gens ont l’impression qu’on leur ment, alors ils attaquent en justice. »
Ces plaintes déboucheront-elles sur des procès, celles de Valdoie, de Mougins, mais aussi de Clamart (Hauts-de-Seine), là encore contre Korian, ou de Chaville (Hauts-de-Seine) contre un Ehpad privé du groupe Villa Beausoleil ? « Les Ehpad n’auront pas de mal à démontrer qu’ils ont fait tout leur possible, veut croire Florence Arnaiz Maumé. Il leur sera facile de prouver que leur responsabilité n’est pas engagée. En revanche, il est certain que l’Etat a tardé à réagir », soutient la directrice générale du Synerpa. « Dans ce genre de dossier, on assiste souvent à une conjonction de défaillances », reconnaît un enquêteur. De fait, philosophe-t-il : « Quand un avion s’écrase, c’est rarement uniquement la faute du pilote. »

dimanche 19 avril 2020

Jean-Jacques Crèvecœur : poète et martyr, escroc et charlatan

J'étais en train de rédiger un article sur ces gens qui vous balancent d'un simple clic des conférences gesticulées de youtubeurs au milieu de la e-conversation que vous étiez en train d'avoir avec eux, ce qui la transformerait en soirée télé si on laissait Lucie Faire, et puis là, non, c'est trop, je suis obligé de remettre cet article à plus tard; j'ai reçu deux "conversations" de Jean-Jacques Crèvecœur, inconnu au bataillon, envoyées par deux personnes sans doute bien intentionnées, issues de deux milieux étanches l'un à l'autre, sans mode d'emploi, tiens, prends ça dans ton temps de télétravail, ça sent un peu la conspiration, je suis obligé d'aller voir.

Mes bien chers frères,  avec une vignette pareille,
je vous défie de regarder mes vidéos.
Une allocution de 41 minutes, une autre d'une heure 14 minutes, qui est d'ailleurs la suite de la précédente car elles sont identifiées par des numéros, comme les séries américaines, c'est bien pratique sauf que l'auteur en est déjà à la S03E34, est-ce qu'on va tout comprendre si on prend la série en cours ? et déjà, le type a de l'humour, d'appeler ça des "conversations du lundi" alors qu'il y déblatère tout seul au coin de ce qui semble être sa cabane au Canada tapie au fond des bois, sur la santé, les vaccins, et la nécessité de nous insurger contre nos gouvernants. Je suis irrité, parce que je sais que je ne vais pas regarder ces vidéos, je ne peux pas, le type me met mal à l'aise physiquement, mais du coup je ne pourrai pas dire à mes amis ce que j'en pense. Ca ne serait pas honnête de ma part. Aah ça, pour regarder se trémousser des greluches dévêtues sous les cyber-lampions cassés de la libération sexuelle, je ne compte pas mes heures, mais dès qu'un gugusse veut m'expliquer pourquoi ma fille est muette en un petit clip youtube d'à peine 40 minutes, le journaliste de l'extrême prétexte une allergie pour se fait exempter, bravo, belle mentalité.
Au delà du fait que les gens de ma génération (je suis 57 ans vieux) ont du mal à passer de la civilisation de l'écrit à celle de l'image, image qui engendre une méfiance instinctive quand elle est exhibée comme preuve, parce  qu'en plus du fait qu'on peut leur faire dire n'importe quoi, on sait très bien que sur le plan mémoriel une image chasse l'autre, alors que les écrits restent, et le sens qui était dedans ne s'évapore pas à la lumière de la conscience quand on rallume la lumière... quelque chose dans l'attitude générale de ce locuteur-là me rend tout de suite méfiant. Déjà, rien que le titre de sa conférence : "Coronavirus - se soumettre ou se mettre debout ?" Et j'ai vu récemment des gens que je croyais jouir d'un grand discernement sombrer dans des fantasmes complotistes assez affligeants. 
Donc avant de me faire hypnotiser par ce chaman du Tube, où il est suivi par des centaines de milliers d'adeptes, je cherche à savoir de qui il s'agit, et je déterre quelques nonosses.
Jean-Jacques Crèvecœur n'a pas de fiche wikipédia, mais ça ne saurait tarder, il est très peu référencé sur le net, c'est aussi pour ça que j'écris sur lui, pour lui faire un peu de contre-publicité à mon modeste niveau, parce qu'il est quand même à la tête d'un empire médiatico-youtubesque auprès duquel celui de Rupert Murdoch fait pâle figure, c'est sans doute réconfortant pour les gens qui sont tombés sous le pouvoir de son incessant babil de conspirateur victimisé, mais c'est un peu anxiogène pour les autres, à moins qu'on passe son chemin en haussant les épaules et en ricanant, mais ça serait dommage, parce qu'il a tout du phénomène de société.

Si tu n'as pas tout compris, j'ai fait d'autres vidéos.
C'est le genre d'individu qui prospère et s'épanouit dans les périodes troubles. Il fait partie de la galaxie des conspirateurs anti-vaccination, que je découvre avec vous. Il n'en est pas à son coup d'essai. En 2009, pour lui la pandémie de grippe porcine n’est autre qu’une machination des gouvernements destinée à exterminer une partie de la population. « Un certain nombre de guillotines ont été fabriquées pour équiper les camps de concentration où on mettra ceux qui refusent la vaccination (contre la grippe H1N1) ». 
Son parcours est très bien résumé sur cet article de Conspiracy Watch. Crèvecœur est en fait le disciple d’un médecin allemand, Ryke Geerd Hamer, grand prophète de la « Médecine Nouvelle » selon laquelle les médecines « alternatives » sont plus efficaces pour soigner le cancer que les médicaments ou les traitements fondés sur la chimiothérapie (..) Dénonçant une « conspiration sioniste » visant à le réduire au silence, le docteur Hamer prétend que les Juifs se soignent selon les préceptes de la « Médecine Nouvelle » tout en dissuadant les non-Juifs de faire de même. Je trouve même dans son wiki que que la chimiothérapie et la morphine seraient utilisées par une conspiration juive dans l'objectif d'un génocide de la population non juive. 
A ce niveau-là, il n'est même plus utile de faire des blagues parodiques. Surtout quand on observe ce qui dans sa biographie a pu contribuer à le rendre marteau : un cocktail de malheur personnel et d'hypothèses audacieuses. J'ai aussi un témoignage de quelqu'un dont la mère a été soignée par les tenants de cette "biologie totale" ou "Médecine Nouvelle Germanique", ça n'a pas été une grosse réussite.
Curieusement, je l'ai aussi trouvé référencé parmi "les 5 pires chaines cancer sur Youtube", cette prise de risque éditoriale étant inattendue sur le site, qui ne paye pas de mine question journalisme d'investigation
Bon, vous allez me dire, c'est bon, n'en jette plus, la cour est pleine. C'est accablant, mais tout ça, c'est des racontars de seconde main, ça peut être des rumeurs, des fake news, du chiqué, du buzz. Le mieux avec les complotistes, c'est quand même de recueillir leur parole à la source, avant qu'elle soit déformée par les journalistes, ces valets du pouvoir; et ça tombe bien, pour ça, Internet permet à n'importe quel étudiant en journalisme confiné d'être en contact direct avec les plus gros mythomanes de la blogosphère, et j’ai fini par trouver une ruse pour vaincre mon aversion lovecraftienne envers l'allocution de Crèvecœur en pdf filmé : sa conférence vidéo, qu’une répulsion sans nom m’interdisait de regarder sur youtube, je l’ai convertie en mp3 grâce à 4k youtube to mp3 et je l’ai écoutée en déracinant à la main avec un couteau à beurre des pâquerettes dans la pelouse, une vraie petite messe conspirationniste célébrée pour moi tout seul en ce dimanche matin.

Culotte ignifugée
(modèle pour goy et non-goy)
Au final, peu de scoops : c'est l'habituelle psalmodie en vers libres de petites vérités de bon sens données pour faire passer de gros mensonges, avec les thèses qu'on retrouve à peu près dans toutes les crèmeries conspis du moment, le vaccin obligatoire dans lequel il y aura une puce pistée par la 5G, les hôpitaux vides, la révolte violente et nécessaire contre nos dirigeants qui se moquent de nous (des anathèmes assez giletsjaunesques pour le coup, on sent le gars qui a travaillé son contact avec le #Peuple), et allez, on est dans l'ère de la post-vérité, profitons-en, bien que si elle suit l'ère de la vérité, ça m'a pas frappé sur le moment... en tout cas si j'étais juif j'irais racheter des culottes ignifugées, parce que ça va bientôt être leur tour de porter le chapeau, comme à chaque grande épidémie.





Voilà, c'était ma Conversation du dimanche #354. 
Quelle purge !