samedi 6 janvier 2018

Ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous

Il y a ce qui dépend de nous, il y a ce qui ne dépend pas de nous. 
Dépendent de nous l'opinion, la tendance, le désir, l'aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot toutes les choses qui ne sont pas nos œuvres propres. Les choses qui dépendent de nous sont naturellement libres, sans empêchement, sans entrave ; celles qui ne dépendent pas de nous sont fragiles, serves, facilement empêchées, propres à autrui. Rappelle-toi donc ceci : si tu prends pour libres les choses naturellement serves, pour propres à toi-même les choses propres à autrui, tu connaîtras l'entrave, l'affliction, le trouble, tu accuseras dieux et hommes ; mais si tu prends pour tien seulement ce qui est tien, pour propre à autrui ce qui est, de fait, propre à autrui, personne ne te contraindra jamais ni ne t'empêchera, tu n'adresseras à personne accusation ni reproche, ni ne feras absolument rien contre ton gré, personne ne te nuira ; tu n'auras pas d'ennemi ; car tu ne souffriras aucun dommage. Toi donc qui poursuis de si grands biens, rappelle-toi qu'il faut, pour les saisir, te remuer sans compter, renoncer complètement à certaines choses, et en différer d'autres pour le moment. Si, à ces biens, tu veux joindre la puissance et la richesse, tu risques d'abord de manquer même celles-ci, pour avoir poursuivi ceux-là, et de toute façon tu manqueras assurément les biens qui seuls procurent liberté et bonheur. Aussi, à propos de toute idée pénible, prends soin de dire aussitôt : « Tu es une idée, et non pas exactement ce que tu représentes. » Ensuite, examine-la, éprouve-la, examine-la selon les règles que tu possèdes, et surtout selon la première, à savoir : concerne-t-elle les choses qui dépendent de nous ou celles qui ne dépendent pas de nous ? 
Et si elle concerne l'une des choses qui ne dépendent pas de nous, que la réponse soit prête : « Voilà qui n'est rien pour moi. »



Épictète, Manuel I, traduction J. Pépin, dans Les Stoïciens, éd. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1962, p. 1110.

vendredi 5 janvier 2018

2018, l'année du chien (3) : un geste pour la planète


Vous allez me dire que y'a de l'abus, et que je l'ai déjà posté sur mon Tumblr.
Under my Tumblr, comme me le disait (pour me taquiner) Mique Jagguer l'autre soir.
Mais je sais que certains d'entre vous, de par leur éloignement de la capitale des Gauloiseries, & autres Fines Plaisanteries, ne reçoivent pas Tumblr.
Ou alors, affligés de pénibles parasites sur l'antenne.
Dont acte.
Tumblr, j'y vais mollo, maintenant, parce que je me suis aperçu que c'était très addictif.
Beaucoup plus qu'un blog partiellement consacré à l'auto-addiction, si vous voyez ce que j'oeuf dur.
Je vais pas vous faire un dessin, sinon après je vais me sentir obligé de le mettre aussi sur mon Tumblr.
Portez-vous bien, et sinon, faites-vous porter par quelqu'un d'autre, de préférence costaud, compréhensif et patient, mais je préfère vous prévenir, c'est un pis-aller, et un jour, il se fatiguera, comme les autres.

... 700ème billet sur ce blog, et toujours pas un chapeau de vendu.
Ni même un Tisheurte.
Encore moins un pin's.
Question produits dérivés, mon agent est un gros naze.
Y'aurait de quoi se la mordre, si j'avais le temps.

mardi 2 janvier 2018

2018, l'année du chien (2)

Ci-gît le post que je n'écrirai pas (et que beaucoup de lecteurs me réclament nonobstant à corps et à cri) sur le match retour du réveillon montpelliérain de l'an dernier,  réveillon de la saint Barthélémy Sylvestre qui a eu lieu cette année dans nos locaux nantais, dans la nuit du 31 décembre 2017 au 1er janvier 2018.
Réveillon suivi de la traditionnelle cérémonie des voeux de bonne année, santé et sobriété, voeux à l'issue desquels j'ai engueulé mon père comme un chien galeux, parce qu'il le valait bien, sur ses insuffisances en tant que père, et aussi en tant que grand-père, parce qu'il se demandait ingénument - et nous interrogeait avec pas mal d'insistance par la même occasion - sur pourquoi donc est-ce que son petit-fils évitait prudemment toute interaction avec lui depuis l'an dernier.
Sur le moment ça m'a fait énormément de bien de lui en mettre plein la tronche, animé que j'étais de la Colère des Justes.
Surtout qu'il me répondait des absurdités perverses et narcissiques d'une mauvaise foi éhontée, qui ne faisaient qu'alimenter le feu de mon réchauffement du rable et du reste, au lieu de m'aider à regagner mes pénates de Dépressif Chronique, dans lequel tout le monde semblait jusqu'à une période récente trouver son compte est bon, moi inclus.
A un moment donné, ma femme m'a suggéré d'aller exprimer ma Juste Colère dans le jardin, parce que ça commençait à barder assez fort pour son beau-papa, d'autant plus que l'accusé se disculpait avec sa toute petite voix de jésuite-pas-celui-que-vous-croyez en avançant l'idée que peut-être, c'était pas son petit-fils qui était le problème, mais que son père semblait souffrir de perturbations endocriniennes, je les ai donc laissés poursuivre leurs morbides agapes en vociférant calmement dans l'escalier du jardin que moi au moins je connaissais ma maladie et je me soignais, mais que lui il serait peut-être temps qu'il aille consulter.
Dix minutes plus tard ma femme me rejoignait dans le jardin, éclairée par la clarté diaprée d'une lune alphane et bipolaire dans son dernier quartier, m'avouant qu'elle n'en pouvait plus et qu'elle préférait quitter la table elle aussi avant de péter les plombs, et après on se serait retrouvé dans le noir.
C'était un temps à ne pas jeter son beau-père dehors la nuit du réveillon, ou alors c'est qu'on n'avait pas vraiment l'Esprit de Noël, qu'on n'aurait fait que simuler, pour complaire à la pression sociale, assez forte en fin d'année, malgré le côté un peu lancinant de toutes ces injonctions à la Joie, et c'est vil, de simuler.

Le journal de ce matin, c'est n'importe quoi.
En plus, je vous jure que c'est pas moi,
parce que ma mère elle est dans une urne,
alors y'a cabane !
mais pas pour moi.

Alors du coup, comme on s'est retrouvés sous la lune sans les deux vieux cons restés à l'étage, un peu embêtés mais entêtés à avoir raison tous seuls, si on fait abstraction des nains de jardin en plastique sur la bûche fondue qui se tenaient un peu cois, je vous le demande, ben on a un peu ri, et on se serait presque réconciliés si on avait été fâchés auparavant, mais ce n'était pas le cas.
Evidemment, j'aurais dû faire ça y'a trente ans, mais que voulez-vous, à l'époque j'avais l'âge de mon fils aujourd'hui, je n'étais guère en position de force pour négocier une sortie de table durable, et puis j'ai un peu l'esprit d'escalier.

lundi 1 janvier 2018

2018, l'année du chien (de ma chienne)

Si vous avez manqué les bons voeux du Président hier soir, voici la rediff l'heureux mixx, en léger différé.
Le Président :
« Mes chers concitoyen.n.e.s,
en 2018, soyez aimés autant que vous le méritez pouvez.
C’est un ordre, donc c’est non négociable.
Les transformations profondes se poursuivront avec la même force en 2019.
Je lâcherai rien là-dessus. »
La Présidente :
« Tu nous saoules. 
Pour être aimé, faut être aimable.
Et puis viens à table, y’a tes huitres qui refroidissent. »
Comme on le suspecte sur la photo honteusement non truquée, en 2018, le Président sera chinois.
Ce n'est qu'une demi-surprise, eu égard aux évolutions de l'économie mondiale et au déclin global de l'Occident, et c’est pourquoi on peut prédire sans trop de risques de se tromper, c’est pas moi qui le dis, c’est écrit sur mon blog,(1) que 2018 sera aussi l’année du chien.
Ayons donc une pensée d'affection pour nos amis canins, qui ne sont pas tous les jours à la fête.
A partir du 16 février nous profiterons tous d’une année qui alliera honnêteté et pragmatisme (et les personnes qui apprécient la mode seront sûrement ravies, car cette année pourrait apporter des choses positives dans ce domaine).
Les natifs du Chien sont les perfectionnistes du Zodiaque Chinois, surtout lorsqu’il s’agit de leur apparence. Mais ne vous laissez pas abuser par leur apparente vanité. Sous cette belle façade, vous trouverez l’un des êtres les plus honnêtes et les plus observateurs du monde.


Tout de suite, la preuve en images : 
mon chien s'apprêtant à aller faire sa fête à ma chienne, pour qui 2018 sera pour le FN l'année de la "refondation", en lui rabotant sa niche fiscale à grands coups de boutoir, hardi petit.
Qu'ils sont mignons.
Faudrait pas qu'ça grandisse.
Elle a beau tenter de se soustraire au châtiment non immérité en développant des arguties du style :
« Chienne de vie, chienne de vie, 
Moi qui n’avais rien demandé.
Comme s’il fallait tout oublier
A chaque fois que tout s’effondre
Comme s’il fallait recommencer
Et surtout ne jamais confondre
Son présent avec son passé
Et puis courir jusqu’à la tombe
En faisant semblant qu’on est pressé
En slalommant entre les bombes
Celles qu’on à soi-même placées
Celles des autres, celles du monde
Qui finiront par explorer
Ce n’est qu’une question de secondes
Et l’angle dans l’quel on est placé »

fadaises repompées sans aucune vergogne sur une chouette chanson de Zoufris Maracas, force est de constater qu'elle va sans doute y avoir droit, c’est inéluctable.

Et pendant ce temps-là, devinez qu’est-ce qui est gros, métèque et mat, poilu, mouillé, qui court les caniveaux et qui dort dans la chambre de ma fille pendant qu’elle va réveillonner chez Roberto parce qu'elle est victime consentante du réchauffement du rable, et c'est bien de son âge d'avoir inventé le terme, un soir qu'elle cherchait un raccourci clavier que jamais elle ne trouva ?
 a force d'avoir le nez dans le guidon de l'actualité, on en oublierait presque les conséquences d'avoir laissé la chatière ouverte à l'immigration subie, vrai problème du Monde mondial.


(1) citation d'Alain Soral, offerte par le fils du Président lors de leur récent séminaire parigot tête de dévôt.

dimanche 31 décembre 2017

Dieu est un chargeur allume-cigares USB (4)

Résumé des chapitres précédents : 
Démerdam Sie sich. 
Y’a pas marqué Netflix.
Spoil : y'avait un peu de mou dans l'épisode 3.
Beaucoup de personnages, peu d'action, on s'est encore fait balader par les scénaristes.

4.


2018 et ses cartes de voeux stupides et déprimantes,
qui s'avancent déjà en un menaçant cortège
vers nos boites mail. Ca va spammer grave.
Une semaine plus tard, je suis au bureau, et Mr Legouffre s’engouffre pléonastiquement dans cette opportunité de rendre visite à ma femme en mon absence programmée, pour évaluer sur pièces et main d’oeuvre le coût de remplacement du gainage du conduit d’évacuation des fumées de la chaudière qu’elle a cramé. 
Il déplore lui aussi qu'on n'ait pas une clause spéciale écrite en corps 9 dans le contrat d’entretien, qui incluerait l'entretien du conduit, ha ha c'est ballot on le fait pour d'autres clients, il rigole tout le temps, c’est une stratégie de défense totalement inefficace que je le verrai déployer plus tard devant l’expert massif de la MACIF et qui a le don d’exaspérer ma compagne, résultat des courses elle le fout littéralement dehors sans préavis ni ménagement au bout de quelques minutes chrono, cette femme humiliée dans sa chair dont les intérieurs tarte meringuée sont maintenant tapissés d’une fine couche de suie et qui en conçoit un dépit plus que légitime, comme si un mauvais plaisant avait oublié sa tarte meringuée au frigo depuis trop longtemps, mais que le frigo maintenant elle habite dedans vu que la chaudière a cramé, alors elle m’appelle dans la foulée, un peu troublée d’avoir réagi si vivement face à un connard de macho ricanant, vous savez comment sont les femmes, programmées mais imprévisibles, faut juste trouver le mode d’emploi qui est à l’intérieur, elles sont là comme des huîtres et c’est les mecs qui doivent les ouvrir. 
Je la rassure sur son impétuosité, il sera toujours temps de refaire un devis pour le conduit quand les experts se seront mis d’accord sur la réfection de la chaudière et de la baraque, je n’ai pas bac + 12 en Consolation de Ma Femme mais parfois je sais trouver les mots justes qui rassurent, il suffit de regarder l’autre comme une fin en soi, et non comme un moyen. Et si l’huître pouvait voir qu’elle a en face d’elle un individu, un vrai, ça irait beaucoup mieux. Et vice-versa. Si les mecs arrêtaient de voir les nanas comme des poubelles où déverser leur frustration, ça irait mieux aussi. (op.cit.)

Je l'ai relu l'année prochaine,
ça sera aussi bien que d'habitude.
Et le jour tant attendu finit par arriver sans qu’on ait fait quoi que ce soit de particulier pour le hâter, à part des ablutions rituelles raccourcies du fait d’une température peu clémente : une réunion au sommet entre Legouffre, son assureur, l’expert massif de la MACIF, et nous, les heureux propriétaires d'un logement insalubre qui était comme neuf grâce à Matt Brilland pas plus tard qu'en attendant l'année dernière. La conférence de Yalta, à côté, c'était une conversation d'ivrognes au bistrot du coingue, congue.
Ca se passe plutôt bien : la chaudière est auscultée, les peintures murales dévisagées, les mines sont compassées, les sourires rares et tendus, sauf Legouffre qui poursuit sa tactique de défense perdue d'avance d'imbécile heureux, avec son sourire à manger de la vous-savez-quoi, l'expert massif de la MACIF l'accule alors dans ses derniers retranchements, et le condamne pour défaut de conseil (le ramonage préventif de la cheminée de la chaudière).
Alors moi je sais bien, pour en avoir discuté avec mon technicien conseil de chez Legouffre, que c'est pas du tout ça qui a engendré le sinistre, dont la cause probable est le mauvais réglage du clapet commandant l'arrivée d'air dans le corps de chauffe lors de la visite d'entretien annuel qui remonte au mois de mai.
Mai, car il y a un mai, il faut bien qu'une responsabilité soit déclarée, assumée, et sanctionnée, dans ce terrible combat à fleurets mouchetés entre experts et assureurs, afin que le sinistre soit évalué, quantifié, budgetisé, et que nous puissions être rétablis dans la jouissance de notre maison remise à neuf comme qui rigole, mais un peu jaune, comme une tarte meringuée restée au frigo depuis trop longtemps.

(à suivre)

samedi 30 décembre 2017

Dieu est un chargeur allume-cigares USB (3)

Résumé du chapitre 1 :
Vrououfff. Pschsrtschk. Rrrooonnfffllll. Mmmmuh ? Yyyuuurrrgggg !!!! 
Résumé du chapitre 2
Koff koff ! Frott frott. Oups ! Frottfrottfrott...Re-Oups !

chapitre 3

Le fond de l'air est frais chez les Warsen. Les deux petits radiateurs électriques puent affreusement l'électricité nucléaire recuite, et peinent à décongeler l'immense loft de 2000 m2 qu'ils ont aménagé sous les combles de leur maison.
Appelé en urgence, Stéphane, votre technicien conseil chez Legouffre & Associés (1), a diagnostiqué que la chaudière, au contraire de Jeanne D'arc, n'était pas morte après avoir brûlé, que c'était à cause de l'arrivée d'air qui était mal réglée et qui avait contraint les flammes à chercher une issue, mais qu’il fallait refaire le gainage du conduit de la cheminée d'évacuation, qui était tout fichu, d'ailleurs, regardez, quand je gratte, ça s'effrite. Vous l'avez faite ramoner il y a longtemps ?
- Ramoner ? Pardon ? c'est que vous ne me l'avez jamais proposé ces quinze dernières années; je savais même pas qu'il fallait faire ramoner le conduit de la chaudière.
- Ah ben ça dépend si c'est inclus dans votre contrat d'entretien, faut regarder.
Il dit ça en nettoyant l'intérieur du corps de chauffe, boursouflé de concrétions noirâtres, puis diagnostique un bon fonctionnement malgré le conduit obstrué par des débris de conduit, et s'en va. 
Je rallume la chaudière, juste pour voir, elle s'étouffe au bout de 3 minutes.


Mon tiroir à soufflets,
don anonyme de ma femme
lors du Black Friday du détournement
de bien social à son bureau :
un ilôt de rangement
au milieu du chaos 
Après une enquête administrative poussée dans mon tiroir à soufflets, on n'a pas de contrat d'entretien, puisque Legouffre & Associés a racheté l'activité de la boite qui nous faisait l'entretien de la chaudière précédemment, et qui a cessé son activité. Ils ont poursuivi sur l'ancien contrat, que je ne retrouve pas non plus. Et pourtant, c'est bien rangé dans des classeurs, moins bien qu'au bureau, mais quand même, je me demande bien où il est passé.
J'ai bien peur de l'avoir jeté en faisant le ménage dans le dossier des prestataires d'entretien de chaudière, il y a déjà quelques lunes.
Entre-temps, on a décidé de faire appel à l'assureur, la peinture tarte meringuée s'est bien assombrie partout, ainsi que les plafonds, une fine pellicule de suie plein les murs et les toiles d'araignée gothiques aux angles, suie qui se révèle surtout quand on soulève les tableaux et tentures accrochées aux murs, c'est plus clair derrière qu'autour.
Et on n'a pas de chauffage, et l'hiver arrive, comme dans Game of Thrones.
Et ma peinture rupestre au rez-de chaussée, technique éponge grattée tendance Francis Bacon.


A la fin de sa vie, Francis Bacon
peignait vraiment n'importe quoi.

La prodigieuse machinerie d'évaluation des sinistres de la MACIF se met en branle, ses rouages bien huilés ne provoquent ni couinement ni grincement. 
Un expert impartial est mandaté. 
Un rendez-vous est pris, à une date assez lointaine, fin octobre, à 5 semaines de là.
Devant l'éventualité de passer le début de l'hiver aux crochets d'EDF canal électrique, la MACIF est rappelée, le rendez-vous est avancé.
Je prends ma plus belle plume, pour dire à Legouffre que je l'enclume, en tout cas que j'aimerais bien, mais pour l'instant je préfère rester cordial, tant le rapport de forces m'est momentanément défavorable :

Nantes, le 19 septembre
Suite à l’incident survenu sur ma chaudière ce week-end, puis-je avoir un rapport circonstancié de Stéphane, qui est intervenu lundi après-midi sur mon installation, à présenter à mon assureur ? J’ai eu de la fumée plein la maison, les peintures refaites à neuf l’an dernier ont été abimées, je fais venir un expert.
J’aimerais que Stéphane précise les causes et circonstances du début d’incendie.
Il a diagnostiqué qu’il fallait refaire le gainage du conduit de la cheminée de la chaudière.
Votre couvreur va-t-il me contacter rapidement pour établir un devis ? 
Par ailleurs, pouvez vous me scanner et me joindre mon contrat d’entretien ? 
Je ne retrouve plus mon exemplaire.

Nantes, le 20 septembre

Veuillez m’excuser pour ma demande d'hier soir, j’ai retrouvé le rapport d’intervention de Stéphane à côté de la chaudière.
Par contre, je veux bien une copie de mon contrat d’entretien, je n’en trouve pas trace.
Stéphane m’a dit que je pouvais redémarrer la chaudière, j’ai essayé, mais elle s’est bloquée au bout de 3 minutes.
Pour l’instant ce n’est pas important, je préfère qu’on rêgle cette histoire de gainage d’abord.
Je sais qu’il y a une visite calée avec l’expert Macif et quelqu’un de chez vous vers le 24 octobre, mais j’espère qu’on ne va pas se cailler jusque-là !

--------------

(1) Chauffage, plomberie, charbons, spiritueux, entretien chaudières, énergies non-renouvelables, ramonage et fumisterie

(à suivre)

vendredi 29 décembre 2017

Les supermarchés de l'hypertélie (4)

"Le chat va mieux" :
Totem gravé sur planche de skate
(Anonyme, technique mixte)
accroché dans le salon
de l'appartement parisien
loué sur Airbnb
pour les fêtes.
Je n'invente rien.
A la suite de la publication de l’article précédent, j’ai reçu un abondant courrier de deux (2) lecteurs un peu inquiets de la tournure prise par les non-évènements se déroulant à la rubrique hypertélique de ma modeste échoppe.

 1/  Un ami qui me connait aussi bien que si nous avions pédalé de concert et de Lannion à Bergerac aller/retour en 1978 avec 2 (deux) autres potes, m’écrit :
LJS : « Très cher John, bon anniversaire ! ton blog "portrait de Dorian Gray" est toujours aussi ...euh...  intelligent.
Continue ainsi ! A part toi, tout le monde va bien ?
P.S : je sais pas pour qui je suis le plus triste, pour le chat ou pour Wagner".

JW : - Merci pour ton analyse pénétrante et laconique. je m'en sens tout ragaillardi. La providence t'a Épargnez une version personnalisée de mésaventures cosmique et cyclothymique.
N'oublie jamais de remercier allah pour sa.
'Scuz ma ortotograf cinématique, je te dicte cette lettre sur iPad, la bouche pleine de Xanax de Noël.

P.S : le chat va mieux, et Wagner s'en remettra !


2/  Une amie qui me connait aussi bien que si elle ne m'avait pas secouru à plusieurs reprises, dans des moments de grande désorientation spatio-temporelle suite à l'overdose hypertélique de bandes dessinées de Science-Fiction de chez DC Comics, m’alerte à Malibu boira :
FDLC : «  en fait je voulais t'écrire pour te dire que je ne comprends plus rien à tes derniers posts. Je crois que ton style souffre lui-même d'hypertélie, parce que tes phrases font un paragraphe entier. (Si tu as des doutes, fais un sondage, mais là ton style accompli un saut évolutif ces derniers jours, personnellement je pense à un déséquilibre au niveau des neuro-transmetteurs).
Je te rappelle que la mémoire immédiate d'un être humain c'est 7 secondes, et en 7 secondes j'ai pas le temps de lire un paragraphe entier, parce qu'en plus c'est plein de virgules et de jeux de mots. Alors quand j'arrive à la fin du paragraphe, je ne sais plus du tout de quoi ça parle, ni même si ça parle de quelque chose. Je pense que tu devrais te limiter à 2 lignes par phrase, et revenir à ces chroniques dans lesquelles tu excelles, genre chroniques de Noël. D'ailleurs ça tombe bien, joyeux Noël. »

JW : - Je comprends que tu regrettes les chroniques de Noël Montpelliéraines, dictées avec la bouche suite à une lombalgie foudroyante qui m'avait cloué au lit entre le 25 et le 31. Cette année, j'ai pris des dispositions pour ne pas répéter les vainement, et j'expérimente une nouvelle technique. Un ami qui me connaît bien m'a dit qu'il appréciait le côté Dorian Gray de mon blog. C'est assez bien vu, même si en français moderne, Dorian Gray se dit Phantom of the Paradise.

Désolé pour l'inconfort de lecture, c'est dû à une pratique d'écriture automatique et fortement retravailler ensuite, qui semble porter ses fruits, au moins dans la dimension thérapeutique autoproclamé, bien que tout cela soit autant spontané que calculé ensuite.

Canal Saint-Martin, côté cour :
à 6 heures du matin, y'avait du monde au balcon.

Je te rappelle que pendant six semaines je n'ai dormi que trois heures par nuit, c'est normal qu'il y ait un peu de mou dans mes neurotransmetteurs.
je peux te donner le programme : retour à la normale, et sans doute au silence blogal début janvier.
Chaleureuses pensées, je dict, aphone en pyjama sur un balcon qui surplombe le canal Saint-Martin, Sakaille !
Dans l'absolu, je préférerais bien sûr être Gauguin à Tahiti plutôt que le Salvador Dali du blog à Nantes.
Mais, je ne sais pas si tu as remarqué, il y a des choix qui ne nous sont pas proposés.
Il est néanmoins logique que des essais thérapeutiques d'automédication langagière indisposent l’éventuel lectorat. Dans ce cas, rappelle-toi qu'en ce moment il vaut mieux m'avoir en JPEG qu'en pension. Si tu veux, je peux te passer ma femme, qui elle aussi accuse une certaine fatigue en cette période de fêtes.
Envoyé depuis l'application Mail Orange 

----------

P.S. non envoyé à l'époque (il y a au moins trois jours) parce que je n'avais pas la tête à ça :  
- de là où je suis, j'ignore si le bon temps des Noëls montpelliérains reviendra, parce que mon paternel vient de déménager pour Rumilly, en empruntant à ses enfants un bon paquet de fric dont ils n'avaient pas l'utilité, et que la prochaine étape consiste à vendre Montpellier pour nous rembourser.
Idem pour les dimanches de Toussaintcar mon oncle n'en finit pas de finir sa vie dans une maison de retraite médicalisée au fin fond de la Dordogne, tellement foncedé au Xanax (pour de vrai, lui) que je n'ose plus l'appeler pour lui dire combien je regrette de ne pas le visiter plus souvent.
L'autre soir, au moment de payer l'addition dans un restaurant thaïlandais, je me suis retrouvé parti sans crier gare à expliquer le concept bouddhiste d'impermanence au barman chinetoque, sous le regard gêné de ma femme et de mes enfants, donc je pêche sans doute par excès de confiance et de testostérone hypertéliques, bien que je sois parvenu à me retenir de lui raconter la blague sur le couple de restaurateurs asiatiques qui prennent une journée de congé.
Je n'écris plus comme j'écrivais avant, j'écris comme je suis maintenant, d'ailleurs toi aussi, et personne ne t'en fait grief.
Je t'embrasse, je devine que tu détestes ça.


Ma copine quand elle était jeune,
telle que je l'ai re-trouvée sous cloche,
à l'épreuve du temps et des trous de balle,
à l'expo DC Comics.