mercredi 11 novembre 2015

Jeannot Bistouquette : la débandade

Ca ne va pas très fort pour Jeannot Bistouquette.
La morosité règne sur son marché de niche, et la niche est tombée sur le chien.


John B. Root, seigneur déchu du hard

Le Monde.fr | 23.10.2015 

Par Sandra Fraternel

Réalisateur star des soirées X de Canal +, Jean Guilloré voit son business concurrencé par Internet et sa débauche d’images porno. A 56 ans, il continue de tourner, mais dans son deux-pièces parisien.
Le front soudainement barré de rides soucieuses, Jean Guilloré attrape sa calculatrice. Au téléphone, un interlocuteur vient de lui commander « 50 programmes soft de dix minutes, à 280 euros le programme ». La rondeur des chiffres qui s’affichent sur l’écran mérite de toute évidence d’étudier la proposition. « Ça fait quand même ça ! »
A quoi bon le cacher, Jean Guilloré, alias John B. Root, alias le roi du X à la française, n’a plus vraiment les moyens de faire la fine bouche. Calculette en main, c’est un homme à la recherche de son avenir qui feint de demander l’avis de son imposant directeur de production, Patrick David, sans lequel ce producteur-réalisateur de films porno serait sans doute déjà perdu. « D’jean est un artiste. Tout ce qui est paperasse, il a horreur de ça ! », justifie cet ami qui, dit-il, « bosse pour lui depuis le premier jour où il a décidé de photographier des fesses et d’en faire des films ». D’jean ? « Jean, John, je finis par m’y perdre ! », s’excuse-t-il.
Il n’est pas le seul à se prendre les pieds dans cette double identité. Hésitant entre les deux – celle de sa naissance et celle qu’il s’est choisie en embrassant le cinéma porno, Jean Guilloré/John B. Root a lui aussi failli se perdre. « Il y a dix ans, je n’existais plus en dehors du porno, confie-t-il. Je n’étais plus que B. Root. Même dans ma vie sexuelle ! Les filles venaient dans mon lit pour se faire baiser par lui. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. John B. Root, c’est juste ma marque de fabrique. Je sais enfin qui je suis... » Jean Guilloré est un homme de 56 ans, doué et obstiné, qui s’accroche comme si sa vie en dépendait à la barre d’un rafiot qui menace de couler : le porno.
1 500 vidéos réalisées sur son canapé
« Le porno, c’est mon ring, assène-t-il. Je n’ai pas envie d’en sortir comme un boxeur vaincu. Je raccrocherai les gants quand je l’aurai décidé, debout et vainqueur. » Monarque déchu d’un royaume englouti par le Web et son déluge d’images porno, il a dû vendre sa couronne pour tenter de sauver les meubles, licencier en 2012 les quatre personnes qui travaillaient pour lui et rendre les clés de son studio de production. Depuis, la plupart des 120 000 photos et des 1 500 vidéos visibles en ligne sur son site Explicite.com sont réalisées depuis son deux-pièces parisien, à même le canapé en cuir noir du salon.
Il ne reconnaît plus l’industrie de son cinéma, mais il n’est pas décidé à encaisser un KO. Tant pis s’il doit ramer dix heures par jour, transformer son appartement en bureau, faire « la bite » faute de pouvoir payer ses acteurs et renoncer à toute forme de vie sociale : Jean alias John refuse de partir en laissant l’image d’un besogneux qui éponge ses dettes. Il est tout de même le premier réalisateur de film pornographique interactif, diffusé en direct lors de la « Nuit Cyber » organisée par Canal+ en 1996. Le créateur d’un porno de quatre-vingt-dix minutes « coitus non interruptus » diffusé en live sur la chaîne câblée Kiosque en 2002. Et, bien sûr, l’un des réalisateurs fétiches des nocturnes du premier samedi du mois sur Canal+.
La chaîne cryptée reste d’ailleurs son plus fidèle client. Elle continue à lui commander chaque année un film de quatre-vingt-dix minutes. « Il sait tout faire, écrire, tourner, réaliser, monter, diriger ses acteurs..., avance Henri Gigoux, responsable des acquisitions des programmes pour adultes de Canal+. S’il était arrivé dix ans plus tôt, John aurait pu être très riche. » Il a bien vécu de son art hard, mais ça, c’était avant. Avant la concurrence du gratuit sur Internet. Celle qu’il accuse d’avoir tué le film de cul à la papa en divisant par trois les gros budgets, qui pouvaient grimper jusqu’à 150 000 euros. Pas facile de faire de l’art avec 45 000 euros sans jouer les cochons.

Reste cette question : pourquoi Jean/John s’entête-t-il à essayer de prouver son talent dans un milieu trusté par les gonzos – ces « produits Kleenex » tournés en caméra subjective ne reposant sur aucun dialogue écrit – alors qu’il rêve de fictions soignées ? Pour son dernier tournage, John B. Root a loué un domaine viticole dans le Sud. « On sait qu’avec lui, on ne sera pas truandé », se rassure Henri Gigoux. Il n’empêche, l’homme a appris à être moins généreux. Moins dispendieux aussi. Finie l’époque où il emmenait dix personnes tourner sur une plage en Crète, comme pour Dis-moi que tu m’aimes. Aujourd’hui, quand il loue une demeure, c’est en France, pour une semaine, pas un jour de plus. A défaut de gagner de l’argent, il n’en perd plus.


« John est un artiste, affirme Anthony Sitruk, proche du pornographe et auteur du roman Pornstar (Ed. La Musardine). Ses films sont truffés de références, il évoque des thèmes signifiants, parmi lesquels la difficile conciliation entre sexe et sentiments, comme dans 24 heures d’amour. Ce n’est pas un réal à la petite semaine, c’est un cinéaste. » En 2002, le critique des Cahiers du cinéma Thierry Jousse avait même classé French Beauty parmi les « meilleurs films français qu’on ait vus récemment ».
Encore plus fan, Anthony Sitruk se persuade que « si demain Canal programmait un film de B. Root à 20 h 30 avec juste quelques nichons, ça cartonnerait ! ». Henri Gigoux n’est pas contre l’idée. « Si John parvient à convaincre un producteur et un distributeur de le suivre dans un autre registre, je le soutiendrai. » Encore faut-il que le principal intéressé en ait envie.

Finira-t-il par accepter qu’on ne peut pas forcément être Jean Guilloré et avoir été John B. Root ? La méditation l’y aidera peut-être. Cette technique zen qu’il dit pratiquer chaque matin en promenant Diogène, son westie blanc, lui a déjà permis de faire la paix avec sa mère, juste avant qu’elle ne décède en 2012. A lire son roman, Le Pornographe et le Gourou (Ed. Blanche), paru en juin, le processus de réconciliation était pourtant loin d’être gagné. A l’instar de Valentin, le héros de ce livre surprenant de la part d’un homme dont on attendait plutôt des anecdotes grivoises, Jean Guilloré aurait été étouffé par une génitrice « cannibale » qui l’a empêché de fusionner désir sexuel et attachement sentimental. « Dès que j’étais amoureux, je me refermais comme une huître. J’étais de la viande molle dans une coquille dure », explique-t-il avec son vocabulaire souvent imagé.
Une mère trop protectrice, un père trop confus
Dépucelé à l’âge de 14 ans par une prostituée du Caire, la ville où il a vécu jusqu’à ses 18 ans, le futur pornographe n’a en revanche jamais eu de « mal à bander » dès lors qu’il s’agissait de se masturber ou d’avoir des relations sexuelles avec des filles sans importance. « La machine fonctionnait très bien car il n’y avait pas d’engagement sentimental ; je ne trompais pas la seule femme que j’avais le droit d’aimer : maman. »
Des accusations qui attristent Anne, sa sœur de dix-huit mois son aînée : « Tant mieux s’il a réussi à faire la paix avec maman, mais je n’ai jamais compris pourquoi il lui en a tant voulu. Jean n’est tout de même pas le premier gosse à avoir des problèmes d’Œdipe ! La seule chose qu’il puisse éventuellement lui reprocher, c’est d’avoir été trop protectrice mais certainement pas abusive », défend-elle, avant de décrire leur mère sous les traits d’une femme accourant lors de chaque appel à l’aide de son fiston.
Jeannot en est réduit à faire tourner 
un clone triste et au rabais de Danny de Vito
dans des pantalonnades.
Sic transit gloria mundi !
Exclu du binôme mère-fils, le père est curieusement absous par le réalisateur qui évoque dans son roman un homosexuel « brillant mais tellement timide et mal à l’aise avec les femmes [qui] s’était fait dévorer pendant toute son enfance par une mère dévote, haineuse et castratrice ». Réalité ? Fiction ? La sœur, Anne, concède juste que cet homme surdoué, mais profondément malheureux n’a sans doute pas aidé « son petit garçon à la sexualité puissante » à se construire une identité masculine. Elle n’en dira pas plus, son silence permettant juste d’entrevoir une ressemblance étonnante entre les deux hommes du clan Guilloré. Deux torturés qui n’ont pas eu la vie dont ils avaient rêvé. Mort trop jeune, le premier n’aura pas eu le temps de changer le cours de son existence. Le second, en revanche, peut encore casser le schéma familial.

Certains signes montrent qu’il s’y emploie. « Depuis qu’il médite, mon frère ne se ronge plus les ongles au sang, assiste plus souvent aux réunions de famille et s’intéresse enfin à son petit neveu. Il faut croire qu’il a eu besoin d’attendre presque 60 ans pour régler ses comptes », observe sa sœur. « Ecrire ce bouquin m’a permis de remettre de l’ordre dans ma tête et de prendre du recul par rapport aux fantômes du passé. J’ai appris à les regarder comme des objets indépendants. J’ai envie de redevenir un animal affectif, signe que je suis prêt à me remettre en couple », ajoute ce célibataire endurci, avant de reconnaître que cette perspective ne sera vraisemblablement pas conciliable avec sa carrière dans le X. « Et alors ? » Un pornographe ne peut-il être sauvé par l’amour ?




lundi 9 novembre 2015

Nivellement par le bas

Au boulot, on s'est obligés à regarder "Break the internet" de Nicolas Hulot pour proposer la même chose à un client.



Après, je l'ai montré à la maison, tout fier d'être à nouveau dans le coup, sentant que je pouvais placer là un atout majeur pour être réélu au poste de mari et de père, et le clip a rencontré un vif succès.
Je comptais surtout sur ma fille de 15 ans pour m'en décoder les références.
Apparemment, les mecs qui viennent donner un coup de main au petit Nicolas sont des stars d'Internet adulées comme des demi-dieux.
Je n'en avais jamais entendu parler, mais ça fait un peu trop longtemps que je suis resté très d'jeun'z.
Ou alors, on doit pas être raccordés aux mêmes tuyaux.
Pour mener notre petite enquête dans le respect de l'exigence méthodologique, nous nous sommes rendus sur les lieux, en caméra cachée.













Bon, je pourrais continuer ainsi jusqu'au bout de la nuit, qui s'approche à grands pas avec ses orteils mauves alors qu'il me faut préparer la réunion A.A. de ce soir que j'ai promis de modérer.
Alors finalement, je me suis dit "qu'est-ce que t'as à en dire, de ces keums, y'a quand même du boulot derrière, et puis, qu'ils soient chéris par des millions d'ados, à part être jaloux, kestennanafoutt' ?
Ils se vengent du monde adulte en attendant de devenir pires que nous, ils détournent les codes de la télé qu'ils ne regardent plus en s'inspirant du lointain héritage des Nuls et des Inconnus, bon c'est un peu au ras du gazon, mais que font-ils d'autre que de nous renvoyer l'obscénité du monde à travers la figure ?
Et à ce moment là, j'ai trouvé l'article du Monde (qui n'avait rien d'obscène) et qui venait d'être publié en ligne

Les YouTubers, plus forts que les rockstars
Le Monde.fr | 08.11.2015 à 22h03 • Mis à jour le 08.11.2015 à 22h23 |

Superstars des temps connectés, les YouTubers dépassent largement, en popularité, toutes les autres personnalités du show business auprès des 13-18 ans. C’est ce qu’a récemment démontré une étude du magazine américain Variety. Les humoristes de Smosh ou Fine Bros, le « gamer » PewDiePie, devancent l’actrice Jennifer Lawrence ou la chanteuse Katy Perry. Aucune enquête de ce type n’a été menée en France, mais les résultats seraient sans doute équivalents.
D’autant que l’audience de la plate-forme d’échanges vidéo YouTube y enregistre une forte audience, en constante progression. Un « temps passé sur YouTube en hausse de 60 % en 2014, avec 31 millions de visiteurs uniques », précise le dossier de presse de Video City, le nouveau festival des créateurs du web qui s’est tenu les 7 et 8 novembre à Paris. « Ils sont devenus les référents d’une génération nouvelle, construisant des communautés qui peuvent rallier jusqu’à des millions de fans et d’abonnés. »
Les chiffres impressionnent. A eux seuls, Cyprien, Norman et Squeezie, les trois YouTubeurs les plus appréciés, cumulent près de 19 millions d’abonnés à leurs chaînes. Le phénomène, pourtant, ne remonte qu’à 2008, avec les premières vidéos humoristiques postées par Norman. « Certains YouTubeurs sont aussi puissants qu’une chaîne télé. Ils sont devenus des idoles, souligne Antoine de Tavernost, de GL Events, co-organisateur de Video City. Il y a d’ailleurs un décalage entre la perception et la réalité de leur travail qui démontre professionnalisme et créativité ».
Quand Nicolas Hulot veut convaincre les jeunes de s’impliquer pour leur planète, c’est chez les humoristes du collectif Golden moustache qu’il s’invite. A raison. Le voilà gratifié de 9 millions de vues. Lorsque la vloggeuse beauté numéro un, EnjoyPhoenix, part en tournée dans les grandes villes de France, elle doit échanger au mégaphone avec des centaines de fans agglutinés. Au point de devoir parfois battre en retrait pour se protéger, comme cela a été le cas d’autres créateurs vidéos, cet été, lors de la tournée de plages organisée par le groupe de média en ligne Melty.
Ces stars doivent avoir l’air de « jeunes normaux »
La publicité, la télévision, le cinéma, le théâtre, l’édition, les jeux vidéo : tous s’arrachent les services des YouTubeurs en vogue. Car avec eux, le jackpot commercial est quasiment garanti. Dernières preuves en date : Norman fait salle comble partout en France avec son one man show. Le livre #EnjoyMarie (Anne Carrière éditions), d’EnjoyPhoenix, est un phénomène d’édition. Et la web série Snap Trip, jouée par des talents internet coachés par Melty, a engrangé 58 millions de vues en trois jours…
Comment expliquer un tel engouement ? Ces créateurs fédèrent une communauté qui vieillit avec eux et à laquelle ils s’adressent sans intermédiaire. Ils créent et cultivent jour après jour une proximité en répondant directement aux interpellations de leurs groupies sur les réseaux sociaux. Pour Alexandre Malsch, créateur de Melty, « les nouveaux talents, ceux de la génération d’après Norman, utilisent et maîtrisent parfaitement tous les canaux de diffusion du net ». « Ce ne sont plus des Youtubers mais des SocialTubeurs, résume-t-il. Des talents sociaux. Ils postent des mini-vidéos sur Instagram ou Vine, des stories (histoires courtes à épisodes qui s’effacent) sur Snapchat, ils discutent et annoncent leurs événements sur Twitter, qui est leur courrier des lecteurs. Ils font de Facebook le siège social de leur mini-entreprise. Tous ces réseaux sociaux, ce sont autant d’accès directs à leur public. »
Ces stars ne doivent surtout pas en avoir l’air. Elles fuient les discussions sur leurs émoluments. A tout prix, rester aux yeux du public des « jeunes normaux », parfois encore lycéens ou étudiants, qui s’enregistrent dans la maison parentale et manient la dérision par rapport au « système ». Des créateurs exempts de toute stratégie marketing, libres et authentiques. C’est à ce prix qu’opère l’identification. « Les gens sont saturés de messages descendants, pense Antoine de Tavernost. Eux parlent vrai, sans langue de bois, de choses qui concernent les ados et auxquels les plus de trente ans ne comprennent rien ». Evidemment, développer un univers totalement abscons pour la génération parentale ne nuit pas à leur popularité auprès des jeunes.
Les YouTubeurs incarnent aussi un certain modèle de réussite démocratique. Alors que montent sur scène tant d’enfants d’acteurs et de chanteurs, eux ont démarré en tournant des vidéos dans leur chambre d’ado. « De quoi susciter le respect des autres jeunes, selon le patron de Meltygroup. N’importe qui peut réussir, il suffit de bosser énormément pour émerger ». Une personnalité, une caméra, du travail. Et jusqu’à un million d’euros de gagnés par an. Dès que le site internet de Video City a ouvert, les questions ont afflué : « Je voudrais être YouTuber plus tard. Comment est-ce que je dois faire ? ». Certains internautes n’avaient pas dix ans.


Hystérie adolescente à Video City, premier festival des YouTubeurs français
LE MONDE | 08.11.2015 à 19h59 • Mis à jour le 08.11.2015 à 22h03 |



A cette heure matinale, le week-end, il en faut beaucoup pour convaincre un adolescent de s’extraire de son lit. A peine 10 heures, et ils sont déjà des milliers, ce samedi 7 novembre, devant le Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, bien éveillés et fébriles, brandissant le billet électronique qui leur donne accès au Woodstock de leur génération digitale. Video City, le premier festival des YouTubeurs français, ces créateurs vidéo du web adulés par des dizaines de millions de fans.
Parmi ces derniers entreront les 25 000 plus prompts à réserver et à débourser 20 euros la journée, 35 euros le week-end, pour rencontrer en chair et en os ceux qu’ils « suivent » jour après jour sur la plateforme de partage vidéo YouTube ou sur les réseaux sociaux. Inspiré du Vidcon américain et du Summer in the city anglais, qui brassent d’énormes publics depuis cinq ou six ans, le festival parisien est organisé par une société d’événementiel, GL Events, ainsi que trois grosses écuries de talents de l’internet (Canal+, M6, Mixicom).
Un cri strident, suivi d’autres, puis la foule qui court comme affolée… Sous la halle d’exposition, Squeezie et Cyprien, dont les chaînes YouTube cumulent plus de 12 millions d’abonnés, viennent de s’installer à leur table de dédicace. Seuls accèdent à ces idoles numériques ceux qui se sont préalablement inscrits, ont été tirés au sort, et patientent au moins une heure dans une dizaine de files d’attente. Les autres se contentent de queues tout aussi longues pour des « talents du web », comme on les nomme ici, un peu moins connus – certains n’ont « que » 400 000 abonnés.
« On va faire des selfies, vous êtes prêts ? »
Dans la zone « Beauté », entre stands de maquillage et distributions de vernis à ongles, la blonde Sandrea26France reçoit sur son canapé des jeunes filles tétanisées par l’émotion, qui lui ressemblent comme des clones. « T’es trop belle ! » : confidences glissées à l’oreille, gros câlin, puis selfie commun, tête contre tête, bouche en cul-de-poule. L’autographe de cette génération qui communique par l’image. Chloé Guillotin, 22 ans, se relève en essuyant les larmes qui menacent de liquéfier son Rimmel. « Sandrea partage beaucoup de choses avec nous. Elle transmet sa joie de vivre. »
Sur fond de musique de boîte de nuit, deux préadolescentes en costumes de licorne se prennent en photo devant la chambre reconstituée des humoristes Norman et Cyprien. Leurs copains de collège, eux, sont fascinés par les démonstrations d’exercices de musculation, sur la scène centrale. Dans son box à dédicaces et selfies, Doc Seven, qui raconte sur le net des histoires d’évasions extraordinaires, semble avoir envie de passer à la pratique. Une heure et demie que le jeune homme aux airs d’étudiant discute avec chacune de ses groupies, assis sur sa table. Il finit par grimper dessus. « Désolé, je ne pourrai pas tous vous voir. Je vais passer, on va faire des selfies, vous êtes prêts ? »
« Un peu effrayant »
Dans la file, Soukina Guentour, employée d’hôpital, doit consoler ses trois enfants de 8 à 12 ans. Elle leur a offert la place pour pénétrer dans « leur monde, celui de l’internet ». « Faut les suivre, faut se mettre à jour, sinon on vit en parallèle, on ne partage plus rien, et ça détruit la famille ». Ils sont nombreux, ces parents en sueur, chargés de sacs et manteaux, qui tentent de « rester dans le coup », mais ouvrent des yeux éberlués : leur progéniture entre en transe devant des inconnus aux noms improbables. « Oh, c’est Seb la frite ! », « Poisson fécond ! », « Un panda moqueur ! », des personnalités « de ouf », « trop cool », « trop pas la grosse tête ». Coup de vieux et de fatigue, pour les quadragénaires.
En milieu d’après-midi, les vigiles apparaissent tendus. Des adolescents frustrés de ne pas toucher leur rêve de plus près se sont massés par centaines devant les toilettes que les YouTubers doivent bien se résoudre à fréquenter in real life, dans la vraie vie. Autour de la salle de presse, aussi. Derrière ses cloisons dangereusement oscillantes, Mad Gyver, jeune comédienne capable de fournir une version pixellisée de ses déboires quotidiens, convient que tant d’amour est « un peu effrayant ». « Mais on se rend compte de l’impact de ce qu’on fait. C’est génial pour l’ego. »
« On est l’anti-star system »
Que penser du fait qu’une partie des fans en délire fréquente encore le cours moyen ? « Cela existe depuis la nuit des temps ! Depuis les Beatles ! Et le monde évolue dans le bon sens. Nous diffusons beaucoup de messages positifs. En montrant ma brave petite vie, je leur dis que je suis comme eux. Je les pousse, surtout les filles, à se lancer, à ne pas avoir peur. » L’ex-policière municipale en Essonne, Natoo, s’assoit, comme sonnée par ce « bain d’euphorie un peu irréel ». Elle qui fait rire 1,7 million d’abonnés, qui a écoulé depuis le printemps 160 000 exemplaires de son livre parodiant les magazines féminins (Icônne, aux éditions Privé), semble un peu dépassée par le phénomène qui la porte. « On s’adresse aux gens face caméra, on est assez naturels, ils ont l’impression d’être proches de nous », tente-t-elle.
Kevin, alias Le rire jaune, rigole d’avoir été escorté pour la première fois par des gardes du corps. Encore étudiant en école d’ingénieur, il poste six vidéos par mois pour une communauté de plus de 2 millions d’abonnés. « Pour eux, on n’est pas des stars. On est comme des amis parce qu’on répond à leurs questions sur les réseaux sociaux, parce qu’on les fait rire avec des moyens dont eux-mêmes disposent. Donc ils savent qu’ils peuvent essayer. On est l’anti-star system. » Les adolescents en pleurs de l’autre côté de la cloison n’en sont peut-être plus tout à fait convaincus.

Alors, que penser de tout ça ?
Qu'Internet rend con, enfants comme parents ? Y'a un peu de ça. Mais chez moi, ils ont une certaine distance par rapport au phénomène, peut-être parce que je leur ai montré les émissions des Monty Python quand ils étaient petits. Quand t'as vu ça, le reste, c'est du nivellement par le bas.
L'occasion pour moi de visiter le salon de l'auto-satisfaction, c'est pas si souvent.
Bonne journée, cher nourjal.

dimanche 8 novembre 2015

Sexe : une vidéo pour comprendre l’impératif du consentement



« Les gens inconscients ne veulent pas de thé. » La police de Thames Valley, à l’ouest de Londres, a publié une vidéo pédagogique pour expliquer avec humour le principe de consentement. Rebondissant sur le billet de la blogueuse Rockstar Dinosaur Pirate Princess, comme l’explique le site Mashable, les Studios Blue Seat ont ainsi créé cette animation en remplaçant le mot sexe par le mot thé, afin de démontrer qu’il est tout aussi ridicule de forcer quelqu’un à boire du thé alors qu’il n’en veut pas que de forcer quelqu’un à avoir une relation sexuelle sans son consentement. Une manière habile de rappeler qu’un rapport sexuel sans accord mutuel est un viol. Le Monde.fr

vendredi 6 novembre 2015

Petits démonneaux de nos contrées (12)

Retrouvé dans ma poubelle :

Paris, le 10 octobre 1994

Monsieur,

je viens de lire dans le numéro 59 des Inrockuptibles en date d’octobre 94 un article signé de votre main, plus exactement une chronique discographique ayant trait au disque de Monsieur Buckley Jefferson, chronique dans laquelle vous distillez des âneries si grotesques qu’il m’y faut mettre un terme, ou tout au moins(1) m’inscrire en faux. 
“L’alchimie du vivant multiplie les fautes pour faire advenir l’admirable”, déclarez-vous en substance. Cette petite phrase a réjoui mon sens esthétique avant d’attaquer mon éthique jusqu’à l’os, ne me laissant pour seul recours qu’un passage mérité de la gerbillère sur votre prose nauséabonde et votre pseudo-intelligence des choses du vivant.
Je vous concéderai une chose, et une seule : la Nature a droit à l’erreur.
“ Je fais partie de la Nature, donc j’ai droit à une autre tournée ” est le plaisant syllogisme qui semble découler ipso phaco de cette constatation . Mais aller invoquer la Faute, malheureux, vous n’y songez pas ! Nonobstant le fait que votre patronyme à consonances judaïques pourrait expliquer la lourde hérédité culturelle susceptible de vous faire proférer d’inconscientes imbécillités, vous conviendrez que celle-là est rien moins qu’hénaurme.
Pourquoi la nature a-t-elle inventé l’Evolution ? Si l’on suppose que, comparable à l’homme, elle a voulu faire ce qu’elle a fait - obtenir l’Homme à partir de la cellule sans avoir à le fabriquer elle-même - la réponse devient facile : parce qu’elle n’avait pas d’autre choix. 
Certes, la cellule aurait pu évoluer indéfiniment sans jamais devenir l’Homme, mais elle n’aurait pu devenir l’Homme sans évoluer. L’évolution biologique était donc la condition nécessaire des fins poursuivies par la nature. Disposant des mêmes moyens et visant les mêmes objectifs, l’Evolution est la première des décisions que chacun de nous aurait prises.
Vous me direz, “ et l’entropie, alors ? ” Il est vrai qu’elle est fort à la mode, parce qu’elle est désespérante sur une échelle grandiose. Lorsqu’on se laisse aller à interpréter les faits un peu mollement, l’entropie devient, convenez que c’est grisant pour les pessimistes, qui n’avaient jamais été à pareille fête, une promesse universelle de désordre définitif !! 
Je ne tiens pas en place, tant j’en suis excité : songez que notre minable petit soleil déverse à lui tout seul chaque seconde que Dieu donne plus d’un demi-milliard de tonnes d’hydrogène dans l’apothéose du désordre qu’est l’univers physique. Si l’on anthropomorphise la nature responsable de cette dépravation, on doit l’identifier au marin ivre qui dilapide sa paye dans un bouge en saccageant le mobilier. Telles sont les moeurs affreuses de la nature vraiment brute : celle qui produit, çàd qui libère l’énergie.
Mais il y a une autre nature, celle qui consomme cette énergie, et le contraste est saisissant : la première utilise le désordre pour créer des forces que la seconde utilise pour créer de l’ordre. Le cas de la matière inanimée n’est pas franc : ses interactions nucléaires (physiques) et électroniques (chimiques) la placent tantôt dans un camp et tantôt dans l’autre : certaines libèrent de l’énergie, d’autres en consomment. Mais la matière vivante est toujours consommatrice et transformatrice d’énergie, jamais productrice. Il s’ensuit, en vertu de la plus élémentaire symétrie, que la Vie doit, ou tout du moins devrait, si la nature est aussi entêtée de symétrie qu’on l’en soupçonne aujourd’hui, créer toujours de l’ordre et jamais de désordre. on conviendra que c’est à juste titre que le concept de la liberté tourmente les philosophes et les psychologues : ce qui est déterminé, soumis à des lois inflexibles, ne saurait être libre. Donc, nécessairement soumise à ses propres lois, la nature elle même ne saurait être libre.
Alors que les humains, eux, ne sont soumis à d’autres déterminismes que ceux de leur propre pensée, les bougres.
Ca vous en bouche pas un coin, ça, mossieur le roc-critik ?
Vous croyez toujours être le produit d’une multiplication des fautes par un vivant qui aurait oublié sa règle de trois ?

Sincerely yours,

JOHN WARSEN,
GARDIEN DE VACHES AU PHARE OUEST DES CERTITUDES INTELLECTUELLES.
(c’est à dire en gros, cow-boy au grand coeur et aux idées étroites, mais bon, on ne se refait pas, ou alors pas tout seul et pas d’un coup, ou alors c’est vraiment le coup de bol.)


_____________


Paris, le 8 novembre 1994

G*,

je suis désolé de t’avoir fait subir une mauvaise plaisanterie en pensant que c’en était une bonne.
Étant l’offensé, tu n’es pas obligé de me croire, ni d’accepter mes excuses.
Si nous étions au 19ème siècle, tu m’aurais envoyé deux témoins, et nous nous serions retrouvés dès le lendemain matin à jouer à “5 pas, une balle” dans un pré brouillardeux ...
C’est déjà un progrès que d’être passés en moins d’un siècle de la violence réelle à la violence symbolique, non ?
Un malentendu commence souvent par un maldit.
Je pense que je voulais avant tout te montrer que “moi aussi, j’écris”, et j’ai cru amusant de t’adresser ce que je prenais pour un signe de reconnaissance, qui ne s’adressait en fait qu’à moi. J’aurais mieux fait de me l’envoyer, cette lettre, et de voir si je trouvais ça drôle, ou de la tester sur quelqu’un que je connaissais mieux. Bref.
Ce n’était pas bien malin non plus de ma part que de critiquer un critique, ça ne pouvait que te pousser dans tes derniers retranchements.
Au vu du résultat, c’est comme si j’avais voulu ouvrir une boite de petits pois avec un marteau-piqueur.
Je croyais l’énoncé suffisamment farfelu pour que tu n’imagines pas que ça pouvait être sérieux. Hélas ! Mon gros tarin d’armoricain subtrégorrois m’aura induit en erreur.
Tentative d’acte gratuit dans l’acception la plus ludique du terme... tu parles !
J’ai toujours confondu acte gratuit et acte suicidaire.
Mes motivations n’étaient “diaboliques” que dans le sens où l’Enfer est pavé de bonnes intentions : nous nous voyons une fois l’an, aux anniversaires d’O*, et je n’ai aucune raison, logique ou déraisonnable, de nourrir quelque grief à ton endroit, pas plus qu’à ton envers. Au contraire, j’avais envie de mieux te connaitre. Ne ris pas, j’ai souvent bien des soucis avec cette délicatesse qui me caractérise quand il s’agit de briser la glace. Par ailleurs, j’ose espérer que si j’avais voulu me payer ta fiole, malgré cette absence manifeste de motif, je l’aurais fait en mon nom propre.
Tu as raison : le coup ne venant que de moi, vulgum je suis, au pecus je retourne. Pour disparaitre aux poubelles de l’histoire, il me faudrait déjà y être entré, ce qui n’est pas le cas. Je m’en consolerai désormais en me consumant d’émulation muette - j’ai retenu la leçon - chaque mois dans les Inrocks.

Bien à toi
C* P*



(1)Vous n’êtes pas sans savoir que qui peut le plus peut le moins, et que par conséquent, qui peut le moins peut encore moins.  


Dans la même collection :



Merci à flopinette pour le titre 
et à Dartan pour les hypothèses finalistes.

jeudi 5 novembre 2015

Trotski nautique

Qu'il est bon d'entendre Dany Cohn Bendit ce matin sur France Inter.
Il survole la médiocrité intellectuelle de l'époque comme s'il faisait du trotski nautique sur un océan de merde.
D'habitude, l'onctueux Patrick Cohen invite des Bayrou, des Gaino, des Le Pen...
C'est le petit bonheur du jour.
Je me souviens au passage de la raclée infligée par Dan, mon Icone Bandit, à cette pauvre chose de Bayrou lors d'un passage télé qui restera dans les anales.





Rendons le titre à César...

mercredi 4 novembre 2015

BLASPHEMATOR® essaye de piquer toutes les couvertures (4)


On croit parfois innover, on n'est trop souvent que suiveur.

Normal : n'oublions pas que, comme le disait Jacques Dartan, notre intelligence ne saurait être nôtre : elle appartient à notre espèce. 
L'illusion du contraire nous est engendrée par sa spécificité, la nature nous ayant dotés d'une intelligence autonome. 
L'esprit souffle donc sur qui il veut, à condition toutefois d'avoir mis un bon ciré.

Ainsi, quel est le vrai Warsen ? Lequel a plus de consistance que l'autre ?
Celui qui voulait mettre fin à ses jours en septembre dernier, ou celui qui recommence à se la péter sur ses blogs, au mépris des sémaphores ?

Aucun des deux, puisque, comme le rapporte une amie, dans les deux cas de figure, « si tu mets la tasse au-dessus de la cafetière, c’est forcé que ça te tombe sur les pieds ».

On s'était bien marrés avec un ami aujourd'hui disparu à imaginer la genèse de Blasphémator après les évènements de Charlie (qui n'est plus ce qu'il était, faut bien reconnaitre que quand les 9/10èmes de la rédaction sont massacrés, ça fait un trou persistant dans la ligne éditoriale, nonobstant les bonnes volontés).


Et v'la-t-y-pas que je découvre Vindicator, autrement plus rigolo et moins prétentieux ?



Voici assurément de quoi me ramener à la maison et sur mon banc de méditation de pleine conscience.
On ne rit pas, dans le fond.