dimanche 15 décembre 2019

Rebords et soubassements (6)

Salut les gars.e.s.
Faut que j'vous dise. J'ai pompeusement titré cette série d'articles "Rebords et soubassements", parce qu'au départ j'étais parti à méditer sur ces peintures de façade acryliques et miraculeuses qui ne se périment pas après 15 ans passés dans une cabane de jardin, et aussi parce que je voulais spéculer métaphoriquement sur des qualités intimes en sommeil dans ma cabane de jardin intérieure depuis un grand nombre d'années, que même Francis Cabrel il n'ose pas venir y pousser sa chansonnette "c'était mieux avant" et entre-temps comme j'ai pris mon temps pour vous raconter des trucs que je savais déjà et que ça ait l'air à peu près clair pour d'autres, j'ai bien évidemment été rattrapé par le démon du blog, mais "Rebords et soubassements" c'était aussi pour l'allitération lointaine avec "Stupeur et châtiment" ou "Cris et chuchotements", voire "Chatières et tremblements", implicites mais jamais nommés, les vieux Bergman qui se mélangent dans mon souvenir avec Amélie Nothomb période japonaise, et bien sûr tous les mangas porno que j'ai lus dans mon enfance, à l'époque où ça n'existait pas.

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Résumé des épisodes précédents :
fin septembre, le planning ftv de Nantes m'informe que je ne peux plus faire de piges jusqu'à l'an prochain, du fait de l'application subite de la règle des 80 jours travaillés maximum par an pour certains cédédés non homologués qui ne peuvent alors plus prétendre au statut envié de collaborateur régulier - cette nouvelle règle sortie du chapeau d'un DRH créatif évitant en principe au groupe ftv de perdre les procès à répétition que lui intentent les collaborateurs de longue date lassés de se voir refuser des CDI après des milliers de jours travaillés et les attaquant aux Prud'hommes pour abus d'intermittence.
Et pourquoi cette guéguerre ? la boite a besoin de cette "variable d'ajustement" que représente un réservoir apparemment inépuisable de cédédés disponibles et mobilisables sur tout le territoire dans des délais très courts. Les cédédés, eux, ont besoin de bouffer, donc se soumettent aux contraintes d'une disponibilité optimale, et jouent le jeu de rester éveillés nuit et jour devant leur téléphone en attendant l'appel du planning, jusqu'au jour où, en vieillissant, ayant contractés conjoints, enfants et emprunts immobiliers, ils aspirent à une vie moins rock'n'roll et aspirent à des postes à plein temps, faute de pouvoir beaucoup y postuler, car à l'intérieur de la boutique, priorité est donnée à la mobilité interne et aux mutations, un peu comme dans l'éducation nationale.
Pour les cédédés qui n'ont pas eu la chance de monter dans le train de l'intégration quand il passait devant chez eux, et qui insistent pour avoir une seconde chance, ça se passe alors au forceps, parce qu'entre partenaires sociaux les rapports se sont durcis, et puis vous savez, ftv n'a pas vocation à intégrer tous les intermittents de France qui ne peuvent plus bosser ailleurs mon pauvre monsieur, comme on m'a dit parfois. Et cette mesure des 80 jours, censée prévenir tout recours des CDD aux Prud’hommes en bridant la fréquence et le volume de leurs interventions, a pour effet premier de les précipiter dans les bras des cabinets d’avocats spécialisés dans ces actions prud’homales contre ftv.

Salvatore, par Nicolas de Crécy
Il y a deux ans, j'ai contacté un de ces avocats, j'ai fait mes comptes, je totalisais à peine 800 jours de travail chez ftv en 20 ans, ça fait une moyenne de 40 jours par an, c'est pas terrible par rapport à beaucoup d'autres, mais j'ai toujours bossé ailleurs en parallèle vu que j'étais un vrai intermittent et que ftv ne me proposait pas beaucoup de boulot... et puis j'ai mis 18 ans à comprendre que si l'on voulait entrer à plein temps dans la boite il fallait "prouver sa mobilité" (sic) et bouger dans les régions ; les avocats spécialisés m'ont suggéré de continuer en CDD, je n'avais pas assez de jours au compteur pour risquer le banco, j'ai obtempéré, aujourd'hui j'en suis à un peu plus de 1000 jours en 22 ans, c'est pas beaucoup plus mais je suis rendu un peu grognon par ma mise à pied que j'estime légèrement abusive sur les bords, tout en sachant très bien que personne à l'intérieur de la boutique ne me méprise ou ne me fait grief de quoi que ce soit pour m'imposer cette mise à l'écart, il n'y a juste pas de pilote dans l'avion et on applique le règlement sans états d'âme, néanmoins un ou deux postes à plein temps vont prochainement se libérer dans le coin, et vu mon âge avancé, je me renseigne auprès des syndicats, sans la menace d'un procès le rapport de force risque de m'être défavorable, il ne faudrait pas que je loupe le coche, ça me fait suer d'aller au conflit, mais j'en vois tellement qui ont obtenu gain de cause par ce biais, il n'y a peut-être pas d'autre voie avec ces gens de ftv. Des gens qui sont capables de te pondre une mesure discriminatoire en pensant qu'ils vont économiser de l'argent alors qu'au final ça leur en fait perdre puisque quand ils sont obligés de fournir le planning en fin d'année il leur faut transgresser la règle qu'ils se sont fixés, et importer à grands frais des CDD Canal Historique d'autres régions. Ou faire des dérogations aux CDD sans foi ni loi comme moi.
Depuis fin septembre que je suis à l'arrêt, ce qui est mieux que d'être aux arrêts, je n'en disconviens pas, tout en acceptant ce temps de rumination et d'interrogation forcée, je positive mon temps libéré, en essayant de pas trop ruminer quand même, je fais de menus travaux chez moi, abattre des arbres, remonter des murs, je réactive mon réseau d'agents dormants sans trop croire que je vais retrouver du boulot ailleurs, celui de la préfecture de Paris qui s'est mis à dessouder ses collègues de bureau l’autre jour c’était une erreur, je l’ai tiré un peu fort de son sommeil, j’essaye de jouer ça plus finement, c'est tenter des trucs ou ne rien faire, ce qui serait black et mortifère pour moi, puis je rebosse un peu, pas beaucoup mais très soudainement dans le privé; je trouve ça difficile, je n'ai plus l'habitude, je commence peut-être à ressembler à un petit vieux qui travaille à Fr***e 3, à un moment donné, ça prend même un petit air de catastrophe industrielle, mais ça finit bien, et en plus, le réalisateur veut rebosser avec moi, par contre, rien que le résumé des épisodes précédents fait déjà la taille de l'article que je voulais écrire, pardon pour la tartine.
Hérodote complètement.

(à suivre...)

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