mercredi 23 août 2006

La vie met longtemps à devenir courte (2)



Soldes avant inventaire.
Il y a 25 ans, avant d’avoir tenté de faire du carsurfing avec la saxophoniste, je m’étais épris de la flûtiste du groupe de variété-rock que nous avions formé sous l’égide d’un auteur-compositeur interprète de la rive gauche de la Garonne. A un point tel que à peine sorti de l’hôpital, la passion amoureuse me fit oublier ma timidité afin de la séduire. Faut croire que mon bras paralysé et ma gueule de travers rehaussaient d’un charme indéfinissable l’héroïsme de ma démarche. Mais elle sortait avec le batteur, qui était un de mes meilleurs amis. Le dilemne moral se révéla soluble dans la promesse de bonheur, et elle finit par céder à mes avances. Ca dura quelques mois, puis j’eus l’idée de la présenter à mon meilleur ami, avatar très présentable de Corto Maltese.
Je ne faisais pas le poids. Le dilemne moral se présenta aussi à eux, qu’ils résolurent de façon inédite plutôt qu’originale en m’invitant à partager leur relation; je tins huit jours, puis ravagé par l’intensité des forces contradictoires qui m’agitaient et surtout me dépassaient, je m’enfuis épouvanté.
Corto resta 3 ans avec elle, ils connurent tout un tas d’aventures extraordinaires en Inde avant d’aller vivre aux Antilles, où elle le quitta pour un américain de passage. Sur les cinq petits amis successifs que je lui connus, j’observe qu’il y eut :
-un héroïnomane (je crois qu’il l’était avant de la rencontrer, mais à mon avis ça s’est pas arrangé après)
-peu après leur rupture, mon ami batteur est rentré dans une secte. Aux dernières nouvelles il y est encore.
-Je devins alcoolique et fis une brève incursion dans l’homosexualité, pour me punir de ma bêtise et de mon malheur, mais ça ne marcha pas terrible..
-Corto s’engagea à Médecins sans Frontières comme on entre en religion. Vingt ans plus tard, ayant plus que renoué le contact avec lui, je me vis un jour proposer de retenter l’expérience à trois en compagnie d’une autre égérie sublimissime que je lui avais présentée entretemps. Je songeai au proverbe chinois "si ton meilleur ami te baise, ne bouge pas : il pourrait jouir", mais j’ai secrètement apprécié sa constance et sa détermination ( et obtenu gratuitement une meilleure évaluation de la mienne.) Désormais rien ne presse, et je vais sans doute attendre une prochaine vie pour le recontacter.
Il y a des rencontres déterminantes, je veux dire qui vous révèlent votre propre capacité à vous dépasser et/ou à vous enfoncer dans vos propres sables mouvants, qui ressemblent finalement beaucoup à ceux du voisin. Mais tant qu’il s’agit d’émotionnel, des orages sont prévisibles en fin de journée, et les destinées ne semblent jamais pouvoir s’inscrire hors des mêmes cercles du plaisir, déplaisir, frustration, plénitude, pertes et gains, charbon, spiritueux, ramonage et fumisterie. Les mêmes briques font les mêmes murs, modulables à l’infini et il faut tout le talent et la roublardise d’un Jim Harrison pour en faire des contes pour vieux enfants qu’on sirote le soir à la veillée comme un bourbon hors d’âge. (Russell Banks est moins porté sur l’enluminure et d’une autre âpreté quand il s’agit de mettre en relief les inconvénients d’être pauvre dans un pays riche, voire pauvre dans un pays pauvre.)
De cette histoire, j’aurais pu déduire un certain nombre de rêgles quant à la conduite de ma vie affective, ou me mettre à ruminer sur le nombre de salamalecs qu’il faut déployer pour se mettre un jour une princesse au bout du gland. Pas du tout, je suis reparti comme en 14, et je n’ai dû qu’à la Providence® de faire par la suite des rencontres moins violentes et plus constructives.
Il était commun de partager les filles, les musiques, les pétards et les emmerdes chez les post-ados du début des 80’s, qui se prenaient dans la tronche les échos de la culture hippie comme la lumière d’une étoile morte sans bien savoir de quoi il retournait à la base. Et la promiscuité sexuelle était vécue comme abondance potentielle.
Alors, certes, aujourd’hui encore une photo de facture donne le mal du pays, surtout quand il n’existe pas ou plus, mais les polytraumatisés postmodernes de la beauté féminine n’ont même plus avant d’entrer à l’abattoir ce quart d’heure magnifique "où les épiciers se prennent pour Montherlant" comme chantait Brel, leur propre corps déserté, profané et souillé comme un temple abandonné dans lequel les touristes pressés viendraient faire leur besoins juste avant de remonter dans le bus.
-et l’américain ? on reste sans nouvelles.
Comme on dit à France 3, "négligence ou malveillance ? c’est ce que l’enquête devra déterminer."

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