vendredi 27 janvier 2006

Rédemption de l’objet fascinatoire (vieil os à ronger)



Aujourd’hui, une rediffusion en léger différé (5 ans, si j’ai bien compté, mais la loi de la gravité et ses effets sont restés les mêmes dans la galaxie) d’un texte de Flo qui m’interpelle au niveau du vécu et qui rentre tout à fait dans la gamme des antibiotiques à large spectre que ce blog tente de diffuser. Que son auteur ainsi que ses innocents et/ou avertis lecteurs veuillent bien m’excuser cet emprunt, et qu’ils se consolent en songeant que ç’eût pu être pire, car j’eus pu ici publier ma carte de voeux, et là, vous l’eussiez regretté.
"Lequel d’entre nous n’a jamais eu de réflexion assassine vis-à-vis d’un tiers, ayant pour seul objectif de le mettre à mal ? Lequel d’entre nous n’a pas le besoin vital de se sentir supérieur à son prochain ? Il suffit de voir à ce sujet les attitudes des différentes religions. Les meilleurs des chrétiens orthodoxes (excluons les saints) veulent bien admettre que les autres religions ne sont pas fausses et que Dieu s’y fait connaître aussi, mais quand même, c’est le christianisme qui a hérité de la révélation la plus complète. Les meilleurs des bouddhistes veulent bien admettre que les chrétiens ne sont pas complètement idiots, mais quand même, il n’y a que les bouddhistes qui ont atteint le vrai absolu. Et même entre bouddhistes : le Vajrayana déclare que les autres voies sont bonnes mais que seules leurs pratiques conduisent à un éveil complet. Le Dzogchen prétend quant à lui que la nature de l’esprit qui est atteinte n’est pas aussi pure dans les autres voies que dans le dzogchen. Et les disciples ne le répéteraient pas si les maîtres ne l’affirmaient pas.
Il est évident que les grands saints de toutes les religions atteignent le même degré de réalisation, qui est celui que permet la nature humaine : l’état christique. Celui qui dit que sa religion est supérieure aux autres n’énonce pas un fait objectif mais ne fait que manifester son besoin de se croire supérieur aux autres, personnellement ou par procuration : « Ma voiture est plus belle que la tienne. Mon papa est plus fort que le tien ». La religion a tort d’ignorer les données de la psychologie, de même que le psychologie a tort d’ignorer les données de la religion. Là aussi, chacun croit détenir la vérité.(…) Ce qui est compris, de mon point de vue, doit être appliqué. Par exemple, si l’on comprend que l’ouverture du coeur est le seul chemin possible en spiritualité, alors on fera tout son possible pour aller dans cette direction, puisqu’il n’y en a pas d’autre. Ou alors on refuse Dieu et on choisit le chemin de Salieri dans Amadeus. Sinon, c’est que la compréhension n’a pas eu lieu, qu’elle est purement livresque.
Qui a compris ce genre de choses ne peut que faire l’effarante découverte que règnent en lui des forces qu’il ne maîtrise pas. La colère, l’orgueil etc ne sont pas les conséquences de la bêtise ou de quoi que ce soit d’autres, elles sont un feu qui s’élève. Je ne sais plus qui disait que le Mal a des apparences trompeuses. Ce feu semble nous remplir mais quand il retombe, il nous laisse plus vide. On notera le rapport avec la sexualité où beaucoup d’hommes se retrouvent vides après le rapport, ce qui indiquent qu’ils étaient dominés pendant l’acte par la colère et non par l’amour. Il ne s’agit pas forcément d’une colère consciente mais d’une énergie qui est exactement la même que celle qui s’élève quand on est en colère. Celle de l’amour se présente aussi comme un feu, mais dont les effets ne sont étrangement pas les mêmes. Cependant il est compréhensible qu’on puisse aisément les confondre, bien qu’elles ne fassent pas naître tout à fait les mêmes pensées - ce qui devrait être un signe. La différence, c’est que l’une est générée par la chose en soi (Dieu) et l’autre par son symbole (les créatures). On absolutise les créatures (fascination), on oublie Dieu, et le résultat, c’est la colère, car la créature est vide en soi, même si, d’une certaine manière, Dieu ne réside pas en dehors d’elle. Adorer l’apparence à la place de l’absolu est une erreur, mais croire que l’absolu réside en-dehors de l’apparence est aussi une erreur.
Je crois que la rédemption de l’objet fascinatoire consiste à voir de quelle manière on peut retrouver Dieu à travers lui. Si on ne le peut pas et s’il y a un refus de se tourner vers Dieu, une préférence pour l’objet, on à une idée du gouffre dans lequel on est tombé, et on peut déjà prévoir que l’événement sera énergétiquement néfaste. Par exemple, certains objets me collent à eux et me font oublier Dieu, d’autres ont l’effet inverse. Par exemple, si je regarde mon fond d’écran actuel, orné du chimpanzé maudit, impossible de m’en décoller. Heureusement, à quelques mètres, j’ai mes perroquets qui me ramènent dans le droit chemin. Sur le moment, il est très difficile de différencier les effets, comme je le signalais plus haut, sauf que l’un remplit, et l’autre vide, mais on ne s’en aperçoit qu’au final.
L’autre jour, JP disait un truc génial : on n’a pas le droit de juger le Mal, mais on n’a pas droit non plus à la moindre complaisance envers lui. Il parlait bien sûr du mal en nous, des choses horribles que nous trouvons en explorant l’esprit. On se souviendra de Jung qui un jour a failli devenir fou en faisant un rêve éveillé où il rencontrait un nain dans un sous-sol, et où il y avait du sang partout. Le rêve avait l’air assez horrible à lire, et on comprenait que ça l’ait secoué, cependant il y a bien pire, et JP me l’a confimé : « sans l’aide de Dieu il est impossible de s’en sortir. C’est pour ça que 4 des disciples de Freud sont devenus fous. » Je pense qu’il y a un moment où le psy doit arrêter sa propre introspection, car le Mal semble n’avoir aucune limite quand on commence à vouloir le regarder en face. Nous avons tous en nous les pires choses qui aient jamais été faites. JP prétend avoir passé des milliers d’heures dans des enfers à côté duquel les pires films d’horreur ne sont que d’aimables divertissements. Maintenant je commence à le croire, et quand on en arrive à observer en soi de semblables choses, il est vrai qu’on n’a pas tendance à pousser ses amis dans un tel chemin, pour autant qu’ils ne semblent pas avoir Dieu chevillé à l’âme. A part JP je n’ai rencontré personne qui soit allé à ce degré d’approfondissement des choses, ou peut-être en ai-je rencontré parmi ceux qui m’ont dit avoir fait un séjour à l’asile, mais ceux là n’ont pas décrit leur expérience. Mais parmi les sains d’esprits, ils se sont tous arrêtés avant : raisonnablement bons, médiocres ou malveillants, d’après leur propre jugement. Mais le Mal, le pire, était à l’extérieur.
Saint Augustin, par exemple, l’a bien diagnostiqué, mais qui s’accuserait d’abriter le Démon en son âme parce qu’il a voulu voler une poire ? En fait, la moindre pensée non-charitable se nourrit à cette source empoisonnée qui est la même qui fait les serial-killers. Souhaiter que la tondeuse du voisin tombe en panne parce qu’elle nous empêche de dormir est une pensée de même nature que de vouloir étrangler ledit voisin. S’émotionner de l’injustice est également une pensée de même origine : la colère. Il faut revenir à la source. Si je suis scandalisée parce qu’une mère frappe son enfant, cette émotion est le commencement de ma fin. Ce que je devrais ressentir, c’est de la compassion pour l’enfant, qui souffre, et pour la mère, qui souffre aussi. Sinon, elle m’aura simplement rendue semblable à elle. Le Christ a dit « aime ton ennemi ». Il n’a pas dit « deviens comme lui ».


Commentaires

  1. J’arrive pas à y croire ! J’ouvre la page, je me dis “tiens voilà un gros post de JW, ça va me faire de la lecture”, et au bout de 10 lignes, qu’est-ce que je trouve ?
  2. Désolé. Je comprends ton incapacité ontologique à te regazéifier avec ton propre gaz. Pas d’inspiration en ce moment, et puis ça a au moins servi à roujsend. T’as qu’à pas écrire des trucs qui font vibrer mon neurone. Si t’es vraiment en manque, je t’autorise à commenter “l’impossibilité existentielle d’accéder au plaisir (qui) induit la recherche délinquante de braconner celui de l’autre” dans le post précédent. Je suis sûr que ça t’inspirera autant que je le suis quand il s’agit de recopier les tiens d’une main tremblante, pour ne rien dire de ce que fait l’autre.

7 commentaires:

  1. Quel salmigondis ici aussi... prenons une phrase comme "Celui qui dit que sa religion est supérieure aux autres n’énonce pas un fait objectif mais ne fait que manifester son besoin de se croire supérieur aux autres, personnellement ou par procuration"
    Ben non! Ce n'est pas comme ça que ça marche. Jamais un bouddhiste ne prétendra que sa religion est supérieur aux autres pour plusieurs raisons

    1) le terme religion est partiellement inadéquat concernant le bouddhisme
    2) Une telle idée suppose un monisme épistémologique (un seul monde) qui sied aux monothéismes mais pas aux autres religions.
    3) La bouddhisme suppose un pluralisme épistémologique (plusieurs mondes) qu'il ne faut pas confondre avec le relativisme. Autrement dit que toute position métaphysique mérite le respect et bienveillance n'implique pas que tout est vrai ou que tout se vaut. Cela n'implique pas un sentiment de supériorité mais au contraire davantage de compassion pour ceux qui ne sont pas sur la voie.

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    1. Dans l'optique du post d'origine, je ne crois pas déformer la pensée florienne en disant que "davantage de compassion pour ceux qui ne sont pas sur la voie" est une variante policée de "Massacrons tous les infidèles". A ce niveau, un bouddhiste est un chrétien qui se retient.

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    2. Tu peux appeler une variante policée, ce qui sépare la vérité de l'erreur. Dieu est pour moi une illusion de l'égo qui lui même est une illusion. Dieu est une variante policée de la vacuité comme l'erreur ou l'illusion est une variante policée du réel ou de la vérité.

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  2. " « sans l’aide de Dieu il est impossible de s’en sortir. C’est pour ça que 4 des disciples de Freud sont devenus fous. »
    Ni freud ni ses disciples n'étaient athés, il me semble. Dieu aurait'Il refuser de les aider?

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    1. Freud se déclara toute sa vie radicalement athée.I don't see the point.

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    2. oui c'est vrai. il n'y a aucun rapport entre la folie des disciples de freud et l'aide de Dieu... D'autant plus que Freud, athée, n'est pas devenu fou.
      Le "c'est pour ça" est donc absurde.

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  3. " il n’y a que les bouddhistes qui ont atteint le vrai absolu"
    Il n'y a pas d'absolu chez les bouddhistes car tout est interdépendant.

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