dimanche 22 janvier 2006

phallucinations



Aussi abscons ou insignifiants qu’ils nous paraissent, les songes nous renseignent sans artifice sur nos préoccupations et sur les flux qui nous traversent. L’autre nuit, j’ai révé que j’étais tout seul à la maison et que je retrouvais une cassette porno dans l’armoire. Au lieu de la jeter comme tout bon sevreur, je me faisais la réflexion qu’après, j’allais encore être frustré, et que comme personne n’en saurait rien, je pouvais m’en envoyer une petite giclée derrière la cravate. Dans le rêve, l’objet de plastique noir contenait réellement dans son volume de 3 x 8 x 15 cm la réalisation potentielle des promesses de la sexualité, je le savais en faisant courir mon doigt sur son arète tiède. Objet de pouvoir. Fichtre. Il eut été intéressant que je rechute en rêve, ou que ma conscience onirique s’élargisse sur les présupposés d’une telle attente, mais ça s’est arrété là : je ne puis réver de contenus liés à la pornattitude sans que l’impossibilité de la jouissance s’y manifeste. Evidence de la vérité du mensonge.

Quelques jours plus tard, j’étais occupé à nettoyer pour une chaine de télévision locale un concert filmé de Philippe Katherine, le Houellebecq sonique, qui ne suscite chez moi qu’un ennui réactionnaire et des inquiétudes subséquentes sur ma sénilité musicale puisqu’il semble qu’il plaise aux jeunes, et pour repousser la torpeur je vais frapper à la porte de la cabine du mixeur, un mien ami. Nous discutons le coup, puis il sort de la pièce pour répondre à un coup de fil. Je me retrouve seul dans son studio, et avise un paquet de tabac Ajja 17 qui gît sur sa console. Ni une ni deuze, je me retrouve sans sommations la clope au bec. Après-coup, et sans dramatiser, vu que ça a été très agréable, se remet en branle une fantasmatique du désir tabagique : l’Ajja 17 c’est pas terrible, mais parlez-moi d’une cibiche de Old Holborn, de Pall Mall à rouler… bref je me remets à réver que c’est bon de fumer. Je laisse passer quelques jours mais je donne sans doute prise à ces fantasmes au lieu de les laisser glisser, puis le piège se referme à la faveur d’un environnement fumigène.
Si je mets en rapport ces deux évènements, c’est que la fraction de seconde pendant laquelle je me suis retrouvé seul avec le paquet de tabac dans la cabine de mix a été déterminante et présente une identité de nature avec les conditions du rève susmentionné : des concepts tels que subtiliser, en cachette et jouissance se sont très nettement agrégés au sein de ma conscience diurne qui s’en est retrouvée brusquement onirisée. Il y a quelque part en moi l’idée que l’impossibilité existentielle d’accéder au plaisir induit la recherche délinquante de braconner celui de l’autre. C’est fâcheux, mais c’est surtout une vue erronée.
Pour pratiquer le rève lucide, on suggère d’essayer de voir ses mains en rêve, et pour cela il est utile de les observer au cours de la veille. A chaque fois que je le fais, je ressens combien ma conscience de veille est elle-même altérée, incomplète.
Through a scanner darkly, vraiment.

Publié dans rêves et veillées

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