lundi 7 novembre 2005

ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés.


Les effets du sevrage sont d’une lenteur ridicule, mais il faut longuement savourer la vacuité du ridicule avant de pouvoir s’en défaire. Il y a un livre d’Henri Michaux, "Poteaux d’angle", rédigé vers la fin de sa vie, qui ne parle que de ça. Chaque fois qu’on en a l’occasion, il faut d’ailleurs préférer le ridicule à la désespérance, l’un libère et l’autre asservit en nous redirigeant vers des bouffées émotionnelles délirantes.
L’inutilité relative de mes efforts pour détourner mes condisciples de l’enfer qu’ils se sont eux-même créés ne me fait plus mal au bide. D’ailleurs on ne peut pas dire qu’ils se le soient réellement créés, comme dans toute dépendance
il y a d’abord une rencontre ponctuelle entre le consommateur et le produit, qui se structure ensuite dans le temps. Je vais mettre mon énergie ailleurs, sinon moi aussi je reboirai la tasse quand la mer remontera. Elle remonte toujours un jour ou l’autre.

Ballade en forêt. Jeannette a un radar à cèpes dans le cerveau, moi un radar à girolles. Mais quand je l’enclenche, je suis obligé de shunter le circuit "sensibilité défocalisée à la beauté de la nature
sans finalité", c’est un choix déchirant uniquement motivé par la perspective d’une omelette aux champignons.
Un peu jaloux de l’hypermédiatisation des violences suburbaines
actuelles, j’ai voulu initier un cycle de violences rurales en allant foutre le feu au tracteur du
voisin dans sa grange, mais je me suis fait mordre par son
clébard.
Dans ces temps obscurs où l’on ne pense qu’à forniquer parce que la société nous a lavé le cerveau à ce sujet, la réaction de tous ces p’tits gars de banlieue pour faire redémarrer l’industrie automobile a quelque chose de salubre, bien qu’eux n’aient guère le choix entre le ridicule et la désespérance, occupés qu’ils sont à détruire méthodiquement, et c’est là la nouveauté, leur environnement sans se préoccuper des lendemains
qui déchantent nécessairement : ghettoïsation accélérée, établissement de fait de zones de non-droit, détournement massif de l’électorat vers la droite de Sarkozy, où l’on ne trouve guère que Le
Pen et ses sbires, qui ne font rire personne.
La troisième saison de "The Shield" a commencé hier soir sur Canal Jimmy, et un journaliste de Télérama observe que "alors qu’on craint toujours de voir la série basculer définitivement dans le n’importe quoi et l’invraisemblance la plus extrème, Shawn Ryan parvient à maintenir un très précaire équilibre dans cette vertigineuse immersion dans les eaux nauséabondes de la chasse à la délinquance en zone ultrasensible." On devrait l’envoyer en reportage en banlieue pour les pages "faits de société" du magazine, ça le changerait de la télé.

Commentaires

  1. Très belle note
    “FilBlog”

  2. paroles, paroles.
    Tu veux dire quoi au juste?

  3. “Je viens de m’apercevoir que dans les rêves règne le même mécanisme qu’à l’état de veille : le concept se fait passer pour la réalité, et ce avec une outrecuidance (…) Toutes les histoires mirifiques que j’ai cru vivre, je les ai inventées, j’en étais l’unique auteur, et elles n’étaient même pas complètes. Des concepts surgissent, nous en formons une histoire, nous créons le décor adéquat par notre seul désir de les faire vivre.” (flo en 99)
    Quels sont les concepts déployés dans cet article ? “sevrage, ridicule, promenade en forèt, ironie, média, violence réelle & virtuelle, journaliste à télérama.” Bref, un échantillon de désirs, de craintes, d’embryons de pensées, avec un léger enrobage goût praline. Nulle part on n’a affaire à une volonté unifiée qui fédérerait la poignée de tropismes qui agitent le texte. Le style ne fait pas l’homme, il en démontre l’inexistence.
    John “je ne sais ce que j’ai dit que lorsque j’entends la réponse”

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