mardi 31 juillet 2007

masochismes


Dans le temps , je m’étais promis un billet sur le masochisme, mais j’ai l’impression que sans être explicitement nommé, le sujet a été quand même pas mal abordé lors des derniers posts, donc avant de plier les gaules again puisque sur mes terres tout semble me ramener au même brouet autofascinatoire®, je voudrais juste comparer deux écoles de pensée par simple juxtaposition; la première provient d’un mémoire universitaire dérobé un soir d’ivresse chez un photocopieur universitaire à la fin des années 80 : “Eléments pour une nosographie gestaltiste”. (il fallait vraiment être saoul pour tchourer cela) et demande un certain nombre de mots pour se développer :

“Sacha Nacht, auteur de travaux importants sur le masochisme donne une portée large à cette notion : “Tout être qui, placé dans des conditions de vie objectivement normales, s’avère incapable de donner un sens satisfaisant à sa vie, révèle par là son caractère masochiste.” Hanus, pour qui le masochiste fait partie des caractères pathologiques, le décrit comme un être habité par un sentiment diffus de malaise, de souffrance, d’insatisfaction, quelqu’un qui a besoin de se plaindre, de se montrer ou de se rendre malheureux; une personne qui a des conduites partivculières caractérisées par les maladresses, l’inopportunité dans les relations sociales et par les conduites d’échec. Le masochiste se sent coupable et le trait essentiel du masochisme moral est le besoin de punition qui va combler, blanchir, laver cette culpabilité par la souffrance et la douleur. Le masochisme appelle ainsi le sadisme d’autrui. Il prend souvent aussi une forme d’auto-punition frisant la perversion. Cette structure trouverait son origine, selon Reich, dans l’expérience d’abandon dont le masochiste a été la victime de façon aigüe au cours de sa petite enfance. Lowen y voit quelqu’un qui a été profondément humilié dans son enfance. Personnellement nous pensons qu’il y a à la base la mise en place parentale d’un système non pas d’amour inconditionnel, mais de répression-châtiment d’un côté et de récompense de l’autre. L’enfant n’est pas aimé pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il fait. L’amour est distillé au compte-gouttes; la menace de son retrait est constante et l’enfant reste donc sur une quête excessive et anxieuse. Il se vit comme ne valant rien en lui-même, mais seulement si et pour autant qu’il a l’approbation de l’autre, et se sent coupable de ne pas être à la hauteur des attentes portées sur lui (…) d’autre part, alors qu’il mendie l’amour, le masochiste ne peut l’accepter, son expérience, son vécu lui disent que ce n’est pas possible, qu’il va être rejeté, ou à nouveau, abandonné. Il a peur, il se méfie. Il adopte alors des conduites d’échec : la demande est faite sous forme de provocation, ce qui est une façon d’aborder l’autre dépitante pour celui-ci. D’où échec, d’où confirmation par le masochiste de sa position initiale (j’abrège parce qu’il y en a encore des brouettes) Existentiellement le masochiste se trouve confronté à une épouvantable solitude et a un éprouvé totalement dévalorisant d’imperfection dont il estime porter la responsabilité. La Personnalité est dévalorisée, sans espoir, méfiante, déficiente. Elle souffre d’une perturbation profonde car, du fait de l’invalidation systématique de toute expérience satisfaisante, l’assimilation ne se fait jamais. Ainsi la croissance, la structuration sont paralysées. Concernant le traitement thérapeutique il convient d’avoir à l’esprit que le masochiste est invalidant pour lui-même et pour le thérapeute qui pourrait vouloir le sortir de son système. Il se dit toujours tout disposé à essayer ce qu’on lui suggère, mais : “Je ne peux pas, bien que je le voudrais…” “Ca va rater, je le sais j’ai déjà essayé… “Même si ça marche, ça ne prouve rien parce que cela ne compte pas vraiment puisque…” Dans l’expérimentation (avortée) le masochiste demeure sûr, assuré de l’échec, confiant en son incapacité. Il n’est pas opportun d’attaquer d’emblée l’introjection fondamentale sous-jacente (”Je ne suis pas capable par moi-même et ma gratification est conditionnée par l’approbation de l’autre, le plaisir se mérite sinon ce n’est pas permis, je n’y ai pas droit”) il vaut mieux s’en prendre à ses manifestations dans la déflection (de toute manière, même si je le voulais, si j’essayais de me faire plaisir, de pourvoir à mon besoin, je n’en serais pas capable, ça ne marcherait pas puisque) et la rétroflection (terme spécificique à la Gestalt dont je n’ai pu trouver de définition exacte) Il faut traiter le masochiste comme un rétroflecteur/déflecteur, ce qui veut dire qu’il ne faut jamais lui fournir de matériel de nature à alimenter ses idéations, intellectualisations, rationalisations et introjections. Il est expert en réflexion paralysante. Il est préférable de le prendre par surprise au niveau du désir, à l’improviste sans qu’il ait pu mettre en place sa logique défensive. Les moyens de choix à cette fin sont l’utilisation des rèves (mais bien vite il risque de dire qu’il ne rêve plus) la mise en actes imprévue et rondement menée, l’amplification de la résistance, l’injonction paradoxale, enfin toute méthode de nature à le déséquilibrer temporairement. A noter qu’avec le masochiste, l’humour peut porter très bien. Il n’est pas sans ironiser sur son propre état, un peu spectateur lucide de la manière dont il forge son propre malheur, et l’humour peut être utilisé pour l’aider à prendre conscience du ridicule (douloureux) de la chose.”

La seconde école s’exprime à travers ces mots du dalaï-lama : “Il est des souffrances inévitables, et d’autres que nous nous créons. Trop souvent, nous perpétuons notre douleur, nous l’alimentons mentalement en rouvrant inlassablement nos blessures, ce qui ne fait qu’accentuer notre sentiment d’injustice. Nous revenons sur nos souvenirs douloureux avec le désir inconscient que cela sera de nature à modifier la situation - en vain. Ressasser nos maux peut servir un objectif limité, en pimentant l’existence d’une note dramatique ou exaltée, en nous attirant l’attention et la sympathie d’autrui. Maigre compensation, en regard du malheur que nous continuons d’endurer.”

Commentaires

  1. Ben oui, les 2 ans de psychoanalyse m’avaient deblayé le terrain, ma rationalisation, mes défenses n’avaient pas encore dit leurs derniers mots mais je continuais à me secouer le poireau les soirs : l’impasse.
    J’était bien un “abandonatif”, je ne croyais qu’au mérite.
    c’est écrit ici sur ce blog “Masochisme”, j’appellais ça peur de réussir, peur d’être aimer, et puis un jour j’ai compris que j’étais rester un gosse en mal d’amour.
    Et pour combler se manque je jouais le rôle du héros de mon propre drame: ma vie est un roman, donc je commence les voyages. Tout d’un coup j’ai réalisé le ridicule de mon coté romanesque bidon, en peu mytho bien sûr, d’un adolescent à 30 ans: le choc terrible. C’est arrivé sans avertissement par des rencontres avec des morts : Dostoevski de m’avoir montrer un chemin et Tchekov qui par une nouvelle “le Duel” m’a montrer une sortie.
    Merci à Salinger de m’avoir fait vivre en livre une révolte ado
    que je n’avait pu faire en vrai et son mot “BIDON” , “Lousy”, qui tout d’un coup me qualifiait parfaitement . J’avais pas mal lu, pas de pote et solitude oblige, mais je n’avais vécu dans le monde réel qu’un roman triste et plein d’échecs, il fallait fermer ce livre et le défi permanent est devenu pour moi d’éviter l’auto-imposture: LA POSTURE.
    Echecs “sentimentaux” d’un casanova foireux, chômage déguisé en longues études : le constat est sévère.

    Je me dégoute quand je réalise qu’ici et là j’ai fait un petit mensonge pour embellir la vérité et pour mendier de l’amour et de la reconnaissance.
    C’est une dépendance aussi.
    Mythos de tous les pays unissez-vous !

    Au hazard d’un “clic” sur un “blog” dans un “post”, je comprends là, aujourd’hui le lien entre ces faciles petits arrangements avec le réel du pauvre gosse que je suis et mes séances d’angoisse spermatiques auquel je me suis adonné pendant de longues années.
    2 ans de psychothérapie à faire le guignol devant un muet aboutissent enfin.

    Un gars sur le net,
    à 34 ans et quelques cheveux blancs.

  2. Ca fait plaisir,
    De relire sur ce blog.

    Punaise, sur le masochisme, ça fait mal ! La pensée de Sacha Nacht m’a sauté à la figure. Est ce donc la la vérité ? Une partie peut-être !
    Un manque d’amour dans l’enfance, alors qu’il me semble que je n’en manquais pas.
    Ca fait mal.
    Cette posture de la victime, de la mendicité de l’amour….
    C’est si facile de jouer la victime, de se dire que de toute façon, ça ne marchera pas.
    Manque de confiance.
    Et si “par malheur”, cela marche, vite fuyons, rejetons ce dont nous ne nous croyons pas digne !

    C’est pas bientôt fini, John, de taper la ou ça fait mal.

    Bonne journée, à plus tard

    Un gars sur le net
    A 37 ans et quelques cheveux blancs

  3. putain, c’est terriblement moi, je suis un gros maso!
    alors quoi en faire de ce texte, si je comprend bien le masochiste est quasiment incurable. un expert en echec. gloups!
    je viens de passer des mois sans me prendre les pieds dans le tapis de ce manque de confiance. letmotif des dépendants affectif.
    voilà que toutes mes faiblesses, me reviennent à la gueule, je rame depuis des semaines pour me sortir de ce marais vaseux. un marais dont je suis l’unique proprietaire.
    je crois qu’avec tous ça, je n’ai pas d’autres chose à faire que de reprendre une tartine de thérapie. et encore, est ce que la thérapie dans certains cas ne veut pas dire chez le masochiste , sentiment d’échec.
    j’ai les boules, mais c’est rafraichissant de savoir qu’on se crée son propre enfer. l’enfer n’est donc pas l’autre. me voilà ragaillardi pour reprendre le chemin de la rencontre de l’autre. il me veut peut être pas tant de mal que ça.

    merci john

    un gars pas toujours net, sur le net aussi
    a 38 ans et un petit ventre

  4. ça fait du bien de recommencer à te lire, John… L’intelligence n’est pas une denrée si courante… Oui, je crois que la clope, c’est le plus dur à décrocher, en fait, c’est comme décrocher de l’héro avec quelqu’un qui te fous un rail sous le pif dix fois par jour en te disant “Vas-y prends en une, ça mange pas de pain”… ça dépends pour qui, dans mon cas ça mange mon foie qui a déjà fort à faire avec cette petite pute d’hépatite c que j’encule profond, salope… Oui, ça mange mon pain et puis vous puez, tous les fumeurs, avec ou sans clope au bec, vous puez…
    Bef, en pleine lecture de ton post sur le masochisme, devine qui m’appelle ??? ma mère!!! TROP FORTE !!! Pour… me péter les couilles, évidement et essayer de me coller une culpabilité quelconque sur le dos… SALOPE !!!

    Allez, bisous à tous et bon courage pour vos décros…

  5. Personne ne relève le côté spéculatif et conjoncturel de la première école : vous semblez prendre pour argent comptant les enluminures que la nosographie gestaltiste tresse sur nos têtes. Il est vrai que moi-même j’ai compté mes poils blancs dans le post précédent, comme si quand ce que la vie nous propose ne nous plait pas il ne restait plus qu’à lui faire un procès d’intention ou se lancer dans un pissing contest du malheur. Personne ne fait remarquer que la finesse éventuelle de l’analyse se double d’une quasi-absence de remède : tout juste peut-on lire quelques vagues suggestions en fin de paragraphe. On dirait qu’en rajouter une caisse fait du diagnostic quelque chose d’auto-suffisant, presque comme un objet littéraire ou un savoir scientifique. Alors qu’en huit lignes, le dalaï-lama pointe l’intention sous-jacente en dépouillant le symptome (je devrais peut-être me mettre au bouddhisme, moi)

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