mercredi 11 novembre 2015

Jeannot Bistouquette : la débandade

Ca ne va pas très fort pour Jeannot Bistouquette.
La morosité règne sur son marché de niche, et la niche est tombée sur le chien.


John B. Root, seigneur déchu du hard

Le Monde.fr | 23.10.2015 

Par Sandra Fraternel

Réalisateur star des soirées X de Canal +, Jean Guilloré voit son business concurrencé par Internet et sa débauche d’images porno. A 56 ans, il continue de tourner, mais dans son deux-pièces parisien.
Le front soudainement barré de rides soucieuses, Jean Guilloré attrape sa calculatrice. Au téléphone, un interlocuteur vient de lui commander « 50 programmes soft de dix minutes, à 280 euros le programme ». La rondeur des chiffres qui s’affichent sur l’écran mérite de toute évidence d’étudier la proposition. « Ça fait quand même ça ! »
A quoi bon le cacher, Jean Guilloré, alias John B. Root, alias le roi du X à la française, n’a plus vraiment les moyens de faire la fine bouche. Calculette en main, c’est un homme à la recherche de son avenir qui feint de demander l’avis de son imposant directeur de production, Patrick David, sans lequel ce producteur-réalisateur de films porno serait sans doute déjà perdu. « D’jean est un artiste. Tout ce qui est paperasse, il a horreur de ça ! », justifie cet ami qui, dit-il, « bosse pour lui depuis le premier jour où il a décidé de photographier des fesses et d’en faire des films ». D’jean ? « Jean, John, je finis par m’y perdre ! », s’excuse-t-il.
Il n’est pas le seul à se prendre les pieds dans cette double identité. Hésitant entre les deux – celle de sa naissance et celle qu’il s’est choisie en embrassant le cinéma porno, Jean Guilloré/John B. Root a lui aussi failli se perdre. « Il y a dix ans, je n’existais plus en dehors du porno, confie-t-il. Je n’étais plus que B. Root. Même dans ma vie sexuelle ! Les filles venaient dans mon lit pour se faire baiser par lui. Aujourd’hui, tout ça, c’est fini. John B. Root, c’est juste ma marque de fabrique. Je sais enfin qui je suis... » Jean Guilloré est un homme de 56 ans, doué et obstiné, qui s’accroche comme si sa vie en dépendait à la barre d’un rafiot qui menace de couler : le porno.
1 500 vidéos réalisées sur son canapé
« Le porno, c’est mon ring, assène-t-il. Je n’ai pas envie d’en sortir comme un boxeur vaincu. Je raccrocherai les gants quand je l’aurai décidé, debout et vainqueur. » Monarque déchu d’un royaume englouti par le Web et son déluge d’images porno, il a dû vendre sa couronne pour tenter de sauver les meubles, licencier en 2012 les quatre personnes qui travaillaient pour lui et rendre les clés de son studio de production. Depuis, la plupart des 120 000 photos et des 1 500 vidéos visibles en ligne sur son site Explicite.com sont réalisées depuis son deux-pièces parisien, à même le canapé en cuir noir du salon.
Il ne reconnaît plus l’industrie de son cinéma, mais il n’est pas décidé à encaisser un KO. Tant pis s’il doit ramer dix heures par jour, transformer son appartement en bureau, faire « la bite » faute de pouvoir payer ses acteurs et renoncer à toute forme de vie sociale : Jean alias John refuse de partir en laissant l’image d’un besogneux qui éponge ses dettes. Il est tout de même le premier réalisateur de film pornographique interactif, diffusé en direct lors de la « Nuit Cyber » organisée par Canal+ en 1996. Le créateur d’un porno de quatre-vingt-dix minutes « coitus non interruptus » diffusé en live sur la chaîne câblée Kiosque en 2002. Et, bien sûr, l’un des réalisateurs fétiches des nocturnes du premier samedi du mois sur Canal+.
La chaîne cryptée reste d’ailleurs son plus fidèle client. Elle continue à lui commander chaque année un film de quatre-vingt-dix minutes. « Il sait tout faire, écrire, tourner, réaliser, monter, diriger ses acteurs..., avance Henri Gigoux, responsable des acquisitions des programmes pour adultes de Canal+. S’il était arrivé dix ans plus tôt, John aurait pu être très riche. » Il a bien vécu de son art hard, mais ça, c’était avant. Avant la concurrence du gratuit sur Internet. Celle qu’il accuse d’avoir tué le film de cul à la papa en divisant par trois les gros budgets, qui pouvaient grimper jusqu’à 150 000 euros. Pas facile de faire de l’art avec 45 000 euros sans jouer les cochons.

Reste cette question : pourquoi Jean/John s’entête-t-il à essayer de prouver son talent dans un milieu trusté par les gonzos – ces « produits Kleenex » tournés en caméra subjective ne reposant sur aucun dialogue écrit – alors qu’il rêve de fictions soignées ? Pour son dernier tournage, John B. Root a loué un domaine viticole dans le Sud. « On sait qu’avec lui, on ne sera pas truandé », se rassure Henri Gigoux. Il n’empêche, l’homme a appris à être moins généreux. Moins dispendieux aussi. Finie l’époque où il emmenait dix personnes tourner sur une plage en Crète, comme pour Dis-moi que tu m’aimes. Aujourd’hui, quand il loue une demeure, c’est en France, pour une semaine, pas un jour de plus. A défaut de gagner de l’argent, il n’en perd plus.


« John est un artiste, affirme Anthony Sitruk, proche du pornographe et auteur du roman Pornstar (Ed. La Musardine). Ses films sont truffés de références, il évoque des thèmes signifiants, parmi lesquels la difficile conciliation entre sexe et sentiments, comme dans 24 heures d’amour. Ce n’est pas un réal à la petite semaine, c’est un cinéaste. » En 2002, le critique des Cahiers du cinéma Thierry Jousse avait même classé French Beauty parmi les « meilleurs films français qu’on ait vus récemment ».
Encore plus fan, Anthony Sitruk se persuade que « si demain Canal programmait un film de B. Root à 20 h 30 avec juste quelques nichons, ça cartonnerait ! ». Henri Gigoux n’est pas contre l’idée. « Si John parvient à convaincre un producteur et un distributeur de le suivre dans un autre registre, je le soutiendrai. » Encore faut-il que le principal intéressé en ait envie.

Finira-t-il par accepter qu’on ne peut pas forcément être Jean Guilloré et avoir été John B. Root ? La méditation l’y aidera peut-être. Cette technique zen qu’il dit pratiquer chaque matin en promenant Diogène, son westie blanc, lui a déjà permis de faire la paix avec sa mère, juste avant qu’elle ne décède en 2012. A lire son roman, Le Pornographe et le Gourou (Ed. Blanche), paru en juin, le processus de réconciliation était pourtant loin d’être gagné. A l’instar de Valentin, le héros de ce livre surprenant de la part d’un homme dont on attendait plutôt des anecdotes grivoises, Jean Guilloré aurait été étouffé par une génitrice « cannibale » qui l’a empêché de fusionner désir sexuel et attachement sentimental. « Dès que j’étais amoureux, je me refermais comme une huître. J’étais de la viande molle dans une coquille dure », explique-t-il avec son vocabulaire souvent imagé.
Une mère trop protectrice, un père trop confus
Dépucelé à l’âge de 14 ans par une prostituée du Caire, la ville où il a vécu jusqu’à ses 18 ans, le futur pornographe n’a en revanche jamais eu de « mal à bander » dès lors qu’il s’agissait de se masturber ou d’avoir des relations sexuelles avec des filles sans importance. « La machine fonctionnait très bien car il n’y avait pas d’engagement sentimental ; je ne trompais pas la seule femme que j’avais le droit d’aimer : maman. »
Des accusations qui attristent Anne, sa sœur de dix-huit mois son aînée : « Tant mieux s’il a réussi à faire la paix avec maman, mais je n’ai jamais compris pourquoi il lui en a tant voulu. Jean n’est tout de même pas le premier gosse à avoir des problèmes d’Œdipe ! La seule chose qu’il puisse éventuellement lui reprocher, c’est d’avoir été trop protectrice mais certainement pas abusive », défend-elle, avant de décrire leur mère sous les traits d’une femme accourant lors de chaque appel à l’aide de son fiston.
Jeannot en est réduit à faire tourner 
un clone triste et au rabais de Danny de Vito
dans des pantalonnades.
Sic transit gloria mundi !
Exclu du binôme mère-fils, le père est curieusement absous par le réalisateur qui évoque dans son roman un homosexuel « brillant mais tellement timide et mal à l’aise avec les femmes [qui] s’était fait dévorer pendant toute son enfance par une mère dévote, haineuse et castratrice ». Réalité ? Fiction ? La sœur, Anne, concède juste que cet homme surdoué, mais profondément malheureux n’a sans doute pas aidé « son petit garçon à la sexualité puissante » à se construire une identité masculine. Elle n’en dira pas plus, son silence permettant juste d’entrevoir une ressemblance étonnante entre les deux hommes du clan Guilloré. Deux torturés qui n’ont pas eu la vie dont ils avaient rêvé. Mort trop jeune, le premier n’aura pas eu le temps de changer le cours de son existence. Le second, en revanche, peut encore casser le schéma familial.

Certains signes montrent qu’il s’y emploie. « Depuis qu’il médite, mon frère ne se ronge plus les ongles au sang, assiste plus souvent aux réunions de famille et s’intéresse enfin à son petit neveu. Il faut croire qu’il a eu besoin d’attendre presque 60 ans pour régler ses comptes », observe sa sœur. « Ecrire ce bouquin m’a permis de remettre de l’ordre dans ma tête et de prendre du recul par rapport aux fantômes du passé. J’ai appris à les regarder comme des objets indépendants. J’ai envie de redevenir un animal affectif, signe que je suis prêt à me remettre en couple », ajoute ce célibataire endurci, avant de reconnaître que cette perspective ne sera vraisemblablement pas conciliable avec sa carrière dans le X. « Et alors ? » Un pornographe ne peut-il être sauvé par l’amour ?




lundi 9 novembre 2015

Nivellement par le bas

Au boulot, on s'est obligés à regarder "Break the internet" de Nicolas Hulot pour proposer la même chose à un client.



Après, je l'ai montré à la maison, tout fier d'être à nouveau dans le coup, sentant que je pouvais placer là un atout majeur pour être réélu au poste de mari et de père, et le clip a rencontré un vif succès.
Je comptais surtout sur ma fille de 15 ans pour m'en décoder les références.
Apparemment, les mecs qui viennent donner un coup de main au petit Nicolas sont des stars d'Internet adulées comme des demi-dieux.
Je n'en avais jamais entendu parler, mais ça fait un peu trop longtemps que je suis resté très d'jeun'z.
Ou alors, on doit pas être raccordés aux mêmes tuyaux.
Pour mener notre petite enquête dans le respect de l'exigence méthodologique, nous nous sommes rendus sur les lieux, en caméra cachée.













Bon, je pourrais continuer ainsi jusqu'au bout de la nuit, qui s'approche à grands pas avec ses orteils mauves alors qu'il me faut préparer la réunion A.A. de ce soir que j'ai promis de modérer.
Alors finalement, je me suis dit "qu'est-ce que t'as à en dire, de ces keums, y'a quand même du boulot derrière, et puis, qu'ils soient chéris par des millions d'ados, à part être jaloux, kestennanafoutt' ?
Ils se vengent du monde adulte en attendant de devenir pires que nous, ils détournent les codes de la télé qu'ils ne regardent plus en s'inspirant du lointain héritage des Nuls et des Inconnus, bon c'est un peu au ras du gazon, mais que font-ils d'autre que de nous renvoyer l'obscénité du monde à travers la figure ?
Et à ce moment là, j'ai trouvé l'article du Monde (qui n'avait rien d'obscène) et qui venait d'être publié en ligne

Les YouTubers, plus forts que les rockstars
Le Monde.fr | 08.11.2015 à 22h03 • Mis à jour le 08.11.2015 à 22h23 |

Superstars des temps connectés, les YouTubers dépassent largement, en popularité, toutes les autres personnalités du show business auprès des 13-18 ans. C’est ce qu’a récemment démontré une étude du magazine américain Variety. Les humoristes de Smosh ou Fine Bros, le « gamer » PewDiePie, devancent l’actrice Jennifer Lawrence ou la chanteuse Katy Perry. Aucune enquête de ce type n’a été menée en France, mais les résultats seraient sans doute équivalents.
D’autant que l’audience de la plate-forme d’échanges vidéo YouTube y enregistre une forte audience, en constante progression. Un « temps passé sur YouTube en hausse de 60 % en 2014, avec 31 millions de visiteurs uniques », précise le dossier de presse de Video City, le nouveau festival des créateurs du web qui s’est tenu les 7 et 8 novembre à Paris. « Ils sont devenus les référents d’une génération nouvelle, construisant des communautés qui peuvent rallier jusqu’à des millions de fans et d’abonnés. »
Les chiffres impressionnent. A eux seuls, Cyprien, Norman et Squeezie, les trois YouTubeurs les plus appréciés, cumulent près de 19 millions d’abonnés à leurs chaînes. Le phénomène, pourtant, ne remonte qu’à 2008, avec les premières vidéos humoristiques postées par Norman. « Certains YouTubeurs sont aussi puissants qu’une chaîne télé. Ils sont devenus des idoles, souligne Antoine de Tavernost, de GL Events, co-organisateur de Video City. Il y a d’ailleurs un décalage entre la perception et la réalité de leur travail qui démontre professionnalisme et créativité ».
Quand Nicolas Hulot veut convaincre les jeunes de s’impliquer pour leur planète, c’est chez les humoristes du collectif Golden moustache qu’il s’invite. A raison. Le voilà gratifié de 9 millions de vues. Lorsque la vloggeuse beauté numéro un, EnjoyPhoenix, part en tournée dans les grandes villes de France, elle doit échanger au mégaphone avec des centaines de fans agglutinés. Au point de devoir parfois battre en retrait pour se protéger, comme cela a été le cas d’autres créateurs vidéos, cet été, lors de la tournée de plages organisée par le groupe de média en ligne Melty.
Ces stars doivent avoir l’air de « jeunes normaux »
La publicité, la télévision, le cinéma, le théâtre, l’édition, les jeux vidéo : tous s’arrachent les services des YouTubeurs en vogue. Car avec eux, le jackpot commercial est quasiment garanti. Dernières preuves en date : Norman fait salle comble partout en France avec son one man show. Le livre #EnjoyMarie (Anne Carrière éditions), d’EnjoyPhoenix, est un phénomène d’édition. Et la web série Snap Trip, jouée par des talents internet coachés par Melty, a engrangé 58 millions de vues en trois jours…
Comment expliquer un tel engouement ? Ces créateurs fédèrent une communauté qui vieillit avec eux et à laquelle ils s’adressent sans intermédiaire. Ils créent et cultivent jour après jour une proximité en répondant directement aux interpellations de leurs groupies sur les réseaux sociaux. Pour Alexandre Malsch, créateur de Melty, « les nouveaux talents, ceux de la génération d’après Norman, utilisent et maîtrisent parfaitement tous les canaux de diffusion du net ». « Ce ne sont plus des Youtubers mais des SocialTubeurs, résume-t-il. Des talents sociaux. Ils postent des mini-vidéos sur Instagram ou Vine, des stories (histoires courtes à épisodes qui s’effacent) sur Snapchat, ils discutent et annoncent leurs événements sur Twitter, qui est leur courrier des lecteurs. Ils font de Facebook le siège social de leur mini-entreprise. Tous ces réseaux sociaux, ce sont autant d’accès directs à leur public. »
Ces stars ne doivent surtout pas en avoir l’air. Elles fuient les discussions sur leurs émoluments. A tout prix, rester aux yeux du public des « jeunes normaux », parfois encore lycéens ou étudiants, qui s’enregistrent dans la maison parentale et manient la dérision par rapport au « système ». Des créateurs exempts de toute stratégie marketing, libres et authentiques. C’est à ce prix qu’opère l’identification. « Les gens sont saturés de messages descendants, pense Antoine de Tavernost. Eux parlent vrai, sans langue de bois, de choses qui concernent les ados et auxquels les plus de trente ans ne comprennent rien ». Evidemment, développer un univers totalement abscons pour la génération parentale ne nuit pas à leur popularité auprès des jeunes.
Les YouTubeurs incarnent aussi un certain modèle de réussite démocratique. Alors que montent sur scène tant d’enfants d’acteurs et de chanteurs, eux ont démarré en tournant des vidéos dans leur chambre d’ado. « De quoi susciter le respect des autres jeunes, selon le patron de Meltygroup. N’importe qui peut réussir, il suffit de bosser énormément pour émerger ». Une personnalité, une caméra, du travail. Et jusqu’à un million d’euros de gagnés par an. Dès que le site internet de Video City a ouvert, les questions ont afflué : « Je voudrais être YouTuber plus tard. Comment est-ce que je dois faire ? ». Certains internautes n’avaient pas dix ans.


Hystérie adolescente à Video City, premier festival des YouTubeurs français
LE MONDE | 08.11.2015 à 19h59 • Mis à jour le 08.11.2015 à 22h03 |



A cette heure matinale, le week-end, il en faut beaucoup pour convaincre un adolescent de s’extraire de son lit. A peine 10 heures, et ils sont déjà des milliers, ce samedi 7 novembre, devant le Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, bien éveillés et fébriles, brandissant le billet électronique qui leur donne accès au Woodstock de leur génération digitale. Video City, le premier festival des YouTubeurs français, ces créateurs vidéo du web adulés par des dizaines de millions de fans.
Parmi ces derniers entreront les 25 000 plus prompts à réserver et à débourser 20 euros la journée, 35 euros le week-end, pour rencontrer en chair et en os ceux qu’ils « suivent » jour après jour sur la plateforme de partage vidéo YouTube ou sur les réseaux sociaux. Inspiré du Vidcon américain et du Summer in the city anglais, qui brassent d’énormes publics depuis cinq ou six ans, le festival parisien est organisé par une société d’événementiel, GL Events, ainsi que trois grosses écuries de talents de l’internet (Canal+, M6, Mixicom).
Un cri strident, suivi d’autres, puis la foule qui court comme affolée… Sous la halle d’exposition, Squeezie et Cyprien, dont les chaînes YouTube cumulent plus de 12 millions d’abonnés, viennent de s’installer à leur table de dédicace. Seuls accèdent à ces idoles numériques ceux qui se sont préalablement inscrits, ont été tirés au sort, et patientent au moins une heure dans une dizaine de files d’attente. Les autres se contentent de queues tout aussi longues pour des « talents du web », comme on les nomme ici, un peu moins connus – certains n’ont « que » 400 000 abonnés.
« On va faire des selfies, vous êtes prêts ? »
Dans la zone « Beauté », entre stands de maquillage et distributions de vernis à ongles, la blonde Sandrea26France reçoit sur son canapé des jeunes filles tétanisées par l’émotion, qui lui ressemblent comme des clones. « T’es trop belle ! » : confidences glissées à l’oreille, gros câlin, puis selfie commun, tête contre tête, bouche en cul-de-poule. L’autographe de cette génération qui communique par l’image. Chloé Guillotin, 22 ans, se relève en essuyant les larmes qui menacent de liquéfier son Rimmel. « Sandrea partage beaucoup de choses avec nous. Elle transmet sa joie de vivre. »
Sur fond de musique de boîte de nuit, deux préadolescentes en costumes de licorne se prennent en photo devant la chambre reconstituée des humoristes Norman et Cyprien. Leurs copains de collège, eux, sont fascinés par les démonstrations d’exercices de musculation, sur la scène centrale. Dans son box à dédicaces et selfies, Doc Seven, qui raconte sur le net des histoires d’évasions extraordinaires, semble avoir envie de passer à la pratique. Une heure et demie que le jeune homme aux airs d’étudiant discute avec chacune de ses groupies, assis sur sa table. Il finit par grimper dessus. « Désolé, je ne pourrai pas tous vous voir. Je vais passer, on va faire des selfies, vous êtes prêts ? »
« Un peu effrayant »
Dans la file, Soukina Guentour, employée d’hôpital, doit consoler ses trois enfants de 8 à 12 ans. Elle leur a offert la place pour pénétrer dans « leur monde, celui de l’internet ». « Faut les suivre, faut se mettre à jour, sinon on vit en parallèle, on ne partage plus rien, et ça détruit la famille ». Ils sont nombreux, ces parents en sueur, chargés de sacs et manteaux, qui tentent de « rester dans le coup », mais ouvrent des yeux éberlués : leur progéniture entre en transe devant des inconnus aux noms improbables. « Oh, c’est Seb la frite ! », « Poisson fécond ! », « Un panda moqueur ! », des personnalités « de ouf », « trop cool », « trop pas la grosse tête ». Coup de vieux et de fatigue, pour les quadragénaires.
En milieu d’après-midi, les vigiles apparaissent tendus. Des adolescents frustrés de ne pas toucher leur rêve de plus près se sont massés par centaines devant les toilettes que les YouTubers doivent bien se résoudre à fréquenter in real life, dans la vraie vie. Autour de la salle de presse, aussi. Derrière ses cloisons dangereusement oscillantes, Mad Gyver, jeune comédienne capable de fournir une version pixellisée de ses déboires quotidiens, convient que tant d’amour est « un peu effrayant ». « Mais on se rend compte de l’impact de ce qu’on fait. C’est génial pour l’ego. »
« On est l’anti-star system »
Que penser du fait qu’une partie des fans en délire fréquente encore le cours moyen ? « Cela existe depuis la nuit des temps ! Depuis les Beatles ! Et le monde évolue dans le bon sens. Nous diffusons beaucoup de messages positifs. En montrant ma brave petite vie, je leur dis que je suis comme eux. Je les pousse, surtout les filles, à se lancer, à ne pas avoir peur. » L’ex-policière municipale en Essonne, Natoo, s’assoit, comme sonnée par ce « bain d’euphorie un peu irréel ». Elle qui fait rire 1,7 million d’abonnés, qui a écoulé depuis le printemps 160 000 exemplaires de son livre parodiant les magazines féminins (Icônne, aux éditions Privé), semble un peu dépassée par le phénomène qui la porte. « On s’adresse aux gens face caméra, on est assez naturels, ils ont l’impression d’être proches de nous », tente-t-elle.
Kevin, alias Le rire jaune, rigole d’avoir été escorté pour la première fois par des gardes du corps. Encore étudiant en école d’ingénieur, il poste six vidéos par mois pour une communauté de plus de 2 millions d’abonnés. « Pour eux, on n’est pas des stars. On est comme des amis parce qu’on répond à leurs questions sur les réseaux sociaux, parce qu’on les fait rire avec des moyens dont eux-mêmes disposent. Donc ils savent qu’ils peuvent essayer. On est l’anti-star system. » Les adolescents en pleurs de l’autre côté de la cloison n’en sont peut-être plus tout à fait convaincus.

Alors, que penser de tout ça ?
Qu'Internet rend con, enfants comme parents ? Y'a un peu de ça. Mais chez moi, ils ont une certaine distance par rapport au phénomène, peut-être parce que je leur ai montré les émissions des Monty Python quand ils étaient petits. Quand t'as vu ça, le reste, c'est du nivellement par le bas.
L'occasion pour moi de visiter le salon de l'auto-satisfaction, c'est pas si souvent.
Bonne journée, cher nourjal.

dimanche 8 novembre 2015

Sexe : une vidéo pour comprendre l’impératif du consentement



« Les gens inconscients ne veulent pas de thé. » La police de Thames Valley, à l’ouest de Londres, a publié une vidéo pédagogique pour expliquer avec humour le principe de consentement. Rebondissant sur le billet de la blogueuse Rockstar Dinosaur Pirate Princess, comme l’explique le site Mashable, les Studios Blue Seat ont ainsi créé cette animation en remplaçant le mot sexe par le mot thé, afin de démontrer qu’il est tout aussi ridicule de forcer quelqu’un à boire du thé alors qu’il n’en veut pas que de forcer quelqu’un à avoir une relation sexuelle sans son consentement. Une manière habile de rappeler qu’un rapport sexuel sans accord mutuel est un viol. Le Monde.fr

vendredi 6 novembre 2015

Petits démonneaux de nos contrées (12)

Retrouvé dans ma poubelle :

Paris, le 10 octobre 1994

Monsieur,

je viens de lire dans le numéro 59 des Inrockuptibles en date d’octobre 94 un article signé de votre main, plus exactement une chronique discographique ayant trait au disque de Monsieur Buckley Jefferson, chronique dans laquelle vous distillez des âneries si grotesques qu’il m’y faut mettre un terme, ou tout au moins(1) m’inscrire en faux. 
“L’alchimie du vivant multiplie les fautes pour faire advenir l’admirable”, déclarez-vous en substance. Cette petite phrase a réjoui mon sens esthétique avant d’attaquer mon éthique jusqu’à l’os, ne me laissant pour seul recours qu’un passage mérité de la gerbillère sur votre prose nauséabonde et votre pseudo-intelligence des choses du vivant.
Je vous concéderai une chose, et une seule : la Nature a droit à l’erreur.
“ Je fais partie de la Nature, donc j’ai droit à une autre tournée ” est le plaisant syllogisme qui semble découler ipso phaco de cette constatation . Mais aller invoquer la Faute, malheureux, vous n’y songez pas ! Nonobstant le fait que votre patronyme à consonances judaïques pourrait expliquer la lourde hérédité culturelle susceptible de vous faire proférer d’inconscientes imbécillités, vous conviendrez que celle-là est rien moins qu’hénaurme.
Pourquoi la nature a-t-elle inventé l’Evolution ? Si l’on suppose que, comparable à l’homme, elle a voulu faire ce qu’elle a fait - obtenir l’Homme à partir de la cellule sans avoir à le fabriquer elle-même - la réponse devient facile : parce qu’elle n’avait pas d’autre choix. 
Certes, la cellule aurait pu évoluer indéfiniment sans jamais devenir l’Homme, mais elle n’aurait pu devenir l’Homme sans évoluer. L’évolution biologique était donc la condition nécessaire des fins poursuivies par la nature. Disposant des mêmes moyens et visant les mêmes objectifs, l’Evolution est la première des décisions que chacun de nous aurait prises.
Vous me direz, “ et l’entropie, alors ? ” Il est vrai qu’elle est fort à la mode, parce qu’elle est désespérante sur une échelle grandiose. Lorsqu’on se laisse aller à interpréter les faits un peu mollement, l’entropie devient, convenez que c’est grisant pour les pessimistes, qui n’avaient jamais été à pareille fête, une promesse universelle de désordre définitif !! 
Je ne tiens pas en place, tant j’en suis excité : songez que notre minable petit soleil déverse à lui tout seul chaque seconde que Dieu donne plus d’un demi-milliard de tonnes d’hydrogène dans l’apothéose du désordre qu’est l’univers physique. Si l’on anthropomorphise la nature responsable de cette dépravation, on doit l’identifier au marin ivre qui dilapide sa paye dans un bouge en saccageant le mobilier. Telles sont les moeurs affreuses de la nature vraiment brute : celle qui produit, çàd qui libère l’énergie.
Mais il y a une autre nature, celle qui consomme cette énergie, et le contraste est saisissant : la première utilise le désordre pour créer des forces que la seconde utilise pour créer de l’ordre. Le cas de la matière inanimée n’est pas franc : ses interactions nucléaires (physiques) et électroniques (chimiques) la placent tantôt dans un camp et tantôt dans l’autre : certaines libèrent de l’énergie, d’autres en consomment. Mais la matière vivante est toujours consommatrice et transformatrice d’énergie, jamais productrice. Il s’ensuit, en vertu de la plus élémentaire symétrie, que la Vie doit, ou tout du moins devrait, si la nature est aussi entêtée de symétrie qu’on l’en soupçonne aujourd’hui, créer toujours de l’ordre et jamais de désordre. on conviendra que c’est à juste titre que le concept de la liberté tourmente les philosophes et les psychologues : ce qui est déterminé, soumis à des lois inflexibles, ne saurait être libre. Donc, nécessairement soumise à ses propres lois, la nature elle même ne saurait être libre.
Alors que les humains, eux, ne sont soumis à d’autres déterminismes que ceux de leur propre pensée, les bougres.
Ca vous en bouche pas un coin, ça, mossieur le roc-critik ?
Vous croyez toujours être le produit d’une multiplication des fautes par un vivant qui aurait oublié sa règle de trois ?

Sincerely yours,

JOHN WARSEN,
GARDIEN DE VACHES AU PHARE OUEST DES CERTITUDES INTELLECTUELLES.
(c’est à dire en gros, cow-boy au grand coeur et aux idées étroites, mais bon, on ne se refait pas, ou alors pas tout seul et pas d’un coup, ou alors c’est vraiment le coup de bol.)


_____________


Paris, le 8 novembre 1994

G*,

je suis désolé de t’avoir fait subir une mauvaise plaisanterie en pensant que c’en était une bonne.
Étant l’offensé, tu n’es pas obligé de me croire, ni d’accepter mes excuses.
Si nous étions au 19ème siècle, tu m’aurais envoyé deux témoins, et nous nous serions retrouvés dès le lendemain matin à jouer à “5 pas, une balle” dans un pré brouillardeux ...
C’est déjà un progrès que d’être passés en moins d’un siècle de la violence réelle à la violence symbolique, non ?
Un malentendu commence souvent par un maldit.
Je pense que je voulais avant tout te montrer que “moi aussi, j’écris”, et j’ai cru amusant de t’adresser ce que je prenais pour un signe de reconnaissance, qui ne s’adressait en fait qu’à moi. J’aurais mieux fait de me l’envoyer, cette lettre, et de voir si je trouvais ça drôle, ou de la tester sur quelqu’un que je connaissais mieux. Bref.
Ce n’était pas bien malin non plus de ma part que de critiquer un critique, ça ne pouvait que te pousser dans tes derniers retranchements.
Au vu du résultat, c’est comme si j’avais voulu ouvrir une boite de petits pois avec un marteau-piqueur.
Je croyais l’énoncé suffisamment farfelu pour que tu n’imagines pas que ça pouvait être sérieux. Hélas ! Mon gros tarin d’armoricain subtrégorrois m’aura induit en erreur.
Tentative d’acte gratuit dans l’acception la plus ludique du terme... tu parles !
J’ai toujours confondu acte gratuit et acte suicidaire.
Mes motivations n’étaient “diaboliques” que dans le sens où l’Enfer est pavé de bonnes intentions : nous nous voyons une fois l’an, aux anniversaires d’O*, et je n’ai aucune raison, logique ou déraisonnable, de nourrir quelque grief à ton endroit, pas plus qu’à ton envers. Au contraire, j’avais envie de mieux te connaitre. Ne ris pas, j’ai souvent bien des soucis avec cette délicatesse qui me caractérise quand il s’agit de briser la glace. Par ailleurs, j’ose espérer que si j’avais voulu me payer ta fiole, malgré cette absence manifeste de motif, je l’aurais fait en mon nom propre.
Tu as raison : le coup ne venant que de moi, vulgum je suis, au pecus je retourne. Pour disparaitre aux poubelles de l’histoire, il me faudrait déjà y être entré, ce qui n’est pas le cas. Je m’en consolerai désormais en me consumant d’émulation muette - j’ai retenu la leçon - chaque mois dans les Inrocks.

Bien à toi
C* P*



(1)Vous n’êtes pas sans savoir que qui peut le plus peut le moins, et que par conséquent, qui peut le moins peut encore moins.  


Dans la même collection :



Merci à flopinette pour le titre 
et à Dartan pour les hypothèses finalistes.

jeudi 5 novembre 2015

Trotski nautique

Qu'il est bon d'entendre Dany Cohn Bendit ce matin sur France Inter.
Il survole la médiocrité intellectuelle de l'époque comme s'il faisait du trotski nautique sur un océan de merde.
D'habitude, l'onctueux Patrick Cohen invite des Bayrou, des Gaino, des Le Pen...
C'est le petit bonheur du jour.
Je me souviens au passage de la raclée infligée par Dan, mon Icone Bandit, à cette pauvre chose de Bayrou lors d'un passage télé qui restera dans les anales.





Rendons le titre à César...

mercredi 4 novembre 2015

BLASPHEMATOR® essaye de piquer toutes les couvertures (4)


On croit parfois innover, on n'est trop souvent que suiveur.

Normal : n'oublions pas que, comme le disait Jacques Dartan, notre intelligence ne saurait être nôtre : elle appartient à notre espèce. 
L'illusion du contraire nous est engendrée par sa spécificité, la nature nous ayant dotés d'une intelligence autonome. 
L'esprit souffle donc sur qui il veut, à condition toutefois d'avoir mis un bon ciré.

Ainsi, quel est le vrai Warsen ? Lequel a plus de consistance que l'autre ?
Celui qui voulait mettre fin à ses jours en septembre dernier, ou celui qui recommence à se la péter sur ses blogs, au mépris des sémaphores ?

Aucun des deux, puisque, comme le rapporte une amie, dans les deux cas de figure, « si tu mets la tasse au-dessus de la cafetière, c’est forcé que ça te tombe sur les pieds ».

On s'était bien marrés avec un ami aujourd'hui disparu à imaginer la genèse de Blasphémator après les évènements de Charlie (qui n'est plus ce qu'il était, faut bien reconnaitre que quand les 9/10èmes de la rédaction sont massacrés, ça fait un trou persistant dans la ligne éditoriale, nonobstant les bonnes volontés).


Et v'la-t-y-pas que je découvre Vindicator, autrement plus rigolo et moins prétentieux ?



Voici assurément de quoi me ramener à la maison et sur mon banc de méditation de pleine conscience.
On ne rit pas, dans le fond.



mardi 20 octobre 2015

Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas

...c'est le titre d'un recueil d'articles du regretté David Foster Wallace.
Je crois qu'il s'agit de fonds de tiroirs assez hétéroclites.
De lui, j'ai bien aimé "La Fonction du Balai", lu cet été.
Un mélange de Boris Vian, Kurt Vonnegut, R.A. Lafferty, et une dinguerie qui n'appartient qu'aux américains post-modernes.
J'ai hâte de m'enfoncer plus avant dans son Infinie Comédie.
A propos d'infinie comédie...
A propos de "trucs soi-disant super auxquels on ne me reprendra pas", enfin j'espère, des fois je me mets en position de rêver qu'il m'arrive des trucs qui n'arrivent que dans les vieilles bédés de Daniel Goossens, comme dans celle-ci, extraite des " blagues du premier Avril"


Ca vaut toujours mieux que de se retrouver dans un roman d'Aurélien Bellanger.


mardi 9 juin 2015

Difficile innovation

A l'heure de mettre sans doute la clé sous la porte après dix ans de radotage numérique, je dois faire mon autocritique.
Je n'en reviens pas d'avoir cru aussi longtemps que je pouvais jouer au professeur d'explications et  m'emmurer vivant sur mes blogs avec apparemment autant de ferveur intermittente, à y professer d'absconses théories rarement mises en pratique, retranché dans mon mental, sans en subir les conséquences, tragiques ou cocasses selon l'humeur de l'observateur.
J'ai beaucoup emprunté, en imitant le style de glorieux ainés, pour parvenir au constat que l’auto-addiction bloguitique m’a quand même un peu coupé du monde et des gens.

Parfois j'ai cru innover, j'ai fait le malin avec les trouvailles de ma femme, et puis récemment je suis tombé sur un tableau de Dali :

Jeune Vierge autosodomisée par les cornes de sa propre chasteté (1954)

Comme quoi l'innovation reste un métier hasardeux.
A défaut d'innover sur le net, voyons voir si je peux mettre un peu de nouveauté dans ma vie.
J'en ai grand besoin.

mardi 5 mai 2015

Eric Dupond-Moretti : "Le FN n'est pas un parti républicain, il faut l'interdire"

Dans la foulée du post d'hier, et pour montrer au capitaine que je ne me fous pas des maquereaux.
Comment préserver la démocratie sans interdire ceux qui se battent contre elle ?

http://www.franceinter.fr/emission-invite-de-7h50-eric-dupond-moretti-le-fn-nest-pas-un-parti-republicain-il-faut-linterdire


Il a une super-voix, et une tête à faire de la radio.
Et il ne mâche pas ses mots.

Ah tiens, en fin de journée je trouve un article gratuit sur la nouvelle loi massivement votée à l'Assemblée.
Divertissant en diable, en attendant pire.


La loi sur le renseignement expliquée en patates par lemondefr

lundi 4 mai 2015

Emmanuel Todd : "Ce qui m'inquiète le plus, c'est la montée de l'antisémitisme"

Résumé des épisodes précédents :
Engendré par des e-Cybernéticiens débarqués du futur un poil trop tard pour empêcher le massacre de Charlie Hebdo dans le passé, Blasphémator® est investi d’une Mission Sacrée : bouter les Croyances hors de l’Homme, afin qu’Il cesse d’y être assujetti, trop souvent au détriment de son intelligence.

Son arme : le Blasphème.
Efficacité supposée : pas terrible.

Episode du jour : 
Blasphémator® ne parvient pas à se ressourcer pour écrire un nouvel épisode de sa saga.
Heureusement, Emmanuel Todd vient lui prêter main forte.
Il blasphème haut et fort.





et le billet de Sophia Aram, pour manger avec :

http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-sophia-aram-chkoune-charlie

Heureusement, comme le rappelle Noam Chomsky, recoupant les analyses de Todd, nous courons vers un précipice (de cheval) et Tout est foutu.
Me voici rassuré.

samedi 2 mai 2015

Le coin du petit cinéphile : "Interstellar" de Christopher Nolan (2014)

Qu’on l’admire ou qu’on le déteste, ou qu’on s’en tamponne le coquillard avec nonchalance, Christopher Nolan fait aujourd’hui ce qu’il lui plait plait plait.
Il a gagné sa liberté d’auteur dans l’univers impitoyable d’Hollywood soumis chaque jour davantage aux diktats de producteurs sans vergogne dont les rêves de rentablilité à trois chiffres nivellent par le bas l’inconscient collectif.
Ainsi de Interstellar, film gigogne aux mille sentiers de lecture, dans lequel se dissimule entre autres un pamphlet néo-marxiste, outrageusement fardé en blockbuster de SF humaniste.

Dans un futur proche, le capitalisme a eu la peau de notre bonne vieille Terre.
La productivité de l'industrie moderne, pratiquement sans limites, a saturé le marché de télés, de grille-pains et de lecteurs Blu-Ray.

Les prix ont baissé au point où les producteurs perdaient de l'argent au lieu d'en gagner : le profit symbolique (l’argent) a perdu toute valeur, après une énième crise des subprimes. Après quoi, faute d'argent, les moyens de produire ont été détruits et les profits matériels ont disparu eux aussi. Bernard Maris a eu beau s’en retourner dans sa tombe, c’est la mémerde.

Mattiou Mac Cochonnou, rude fermier du Midwest, en est réduit à pirater des drones indiens pour pérenniser sa parcelle de manioc rongée par le Mildiou et les mensualités du Crédit Agricole.
Tel un disciple de Francis Cabrel, la grand-mère à moustaches, il se dit que le futur, c’était mieux avant, quand il était ingénieur. Que le déclin de l’Amérique est dû en partie à ces conseillers d’orientation bornés et conspirationnistes qui croient que les missions Apollo n’ont jamais eu lieu, ou ne furent que des fakes de propagande visant à inciter les Russes à dépenser jusqu’au dernier kopeck dans des programmes spatiaux et des technologies inutiles vouées à l’échec; conseillers d’orientation qui lui suggèrent vivement que son fils reprenne son exploitation agricole en difficulté au lieu d’embrasser une carrière scientifique qui lui permettrait, une fois frais émoulu de l’académie de Westpoint, de partir explorer l’Ouest Sauvage de l’Espace Profond et coloniser de nouveaux territoires, quitte à génocider quelques Apaches galactiques au passage.
Les lobbyistes de la NASA nous ont pris pour des quiches, insinue Nolan : au lieu de se branler sur la conquête de Mars, hors budget, ils auraient été mieux inspirés d’apprendre à nos enfants à vivre en bonne entente avec cette planète, la seule que nous ayons sous la main, en quelque short.
Le bilan est amer, même si c’est pas après que la poule a pondu qu’il faut serrer les fesses, comme on dit dans le Midwest.

Il y a plein d’autres films dans Interstellar.
Autant que vous pourrez en voir dans votre misérable existence de spectateur tant que vous n’aurez pas décidé d’en devenir acteur :

- une histoire de poltergeist au-delà de l’abîme du temps.

- une fable sur la responsabilité parentale, une fois que vous êtes passé dans un trou de ver pour sauver l’humanité, et que vous retrouvez vos enfants âgés de 120 ans de plus que vous, qui vous reprochent de ne pas avoir été très présents aux stades cruciaux de leur développement psychomoteur. « Devenir parent, c’est accepter d’être le fantôme du futur de tes enfants », déclame Mac Cochonnou tout en infra-graves (un caisson de basses lui avait été greffé à cet effet spécial pour toute la durée du tournage) à sa fifille adorée avant de filer à l’anglaise avec une astronaute dont on pourrait dire qu’elle était tellement belle qu’on la croyait stupide.

- un réquisitoire contre Hans Zimmer quand il se prend pour Philip Glass.

- une réflexion métaphysique sur les limites à ne pas outrepasser en matière de développement de l’intelligence artificielle, quand vous pouvez programmer le coefficient d’ironie d’un robot au point où il fait passer vos meilleures jokes hyper-secrètes pour des blagouzes pourries de CM2.

- un pensum intimiste où la surenchère affective (aaah, l’amuuuure !!! ) le dispute à  l’incohérence scientifique, qui comblera tous les porteurs d’un joint d’étanchéité émotionnel défectueux, sans porter préjudice à une capacité d'émerveillement restée intacte devant le pouvoir cathartique du cinéma.
- un songe éveillé sur la Bibliothèque Infinie, contaminé de réminiscences de 2001, qui renvoie aussi bien à Escher qu’à Borges, ou qu’à feu Bookys. (Et comment diable Nolan a-t-il été mis au courant pour Chtipowa ?)

- une armada hirsute et débraillée de réflexions post-pubertaires sur La Mort Imminente, La Résurrection, la conquête spatiale, l'évolution, l'amour (dans ses dimensions symbolique / métaphysique / biologique), la recherche de vérité dans la Science, la condition humaine, le temps, la responsabilité de l'humanité dans ce qui arrive à la planète, etc...

- un sombre mélo centré autour de la relation père/fille

- un dépliant touristique rédhibitoire pour la planète Tsunami

- un hommage caché (révélé ci-dessous, on se fout pas de votre gueule) à "La vie d'Einstein", célèbre précurseur relativiste (non crédité au scénario du film), de Daniel Goossens



Bref, pour un blockbuster, c’est aussi un film en kit où on capte surtout ce que l'on y a apporté.
Et c’est déjà beaucoup.

J'ai bien fait de pas lire l'article de l'odieux connard avant d'écrire le mien, j'aurais fait moins sobre.

Ecrit sur un forum hyper-secret en pensant à autre chose.

lundi 27 avril 2015

Miroir quantique


Une autre, une autre !


Devinez à qui va aller le Warsen d'Or cette année encore ?


mercredi 15 avril 2015

Sec et mouillé

Plutôt sec :
La Californie se lyophilise, lentement mais sûrement, comme dans un vieux roman de SF de J.G. Ballard qui retrouverait ainsi une actualité brûlante qu'il n'avait finalement jamais perdu.

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2015/04/01/la-californie-prend-des-mesures-d-urgence-pour-faire-face-a-une-secheresse-historique_4607763_3244.html

Je vous recommande le visuel interactif inclus dans l'article.

Pétard plutôt mouillé :



Quand Blasphemator® fredonne du Julien Clerc, ca lui fait monter les larmes aux yeux.
Il y aurait vite de quoi combler le déficit hydrique structurel du Sud Ouest des Etats Zunis d'Amérique, ce qui joindrait l'utile à l'agréable, selon le principe des vases communicants.
Heureusement, ça ne lui arrive pas souvent.
Et honnêtement, fredonner du Julien Clerc, pour Blasphemator®, quelle Disgrâce !
Quelle Humiliation !
Il y aurait quelque chose de pourri au royaume du rock'n'roll.



mardi 7 avril 2015

Le goût du risque

Après des années de dérive socialo-communiste, sanctionnées par une dérive sanglante, et une reprise en main par des survivants bien conscients du devoir de mémoire, il semble que Charlie Hebdo redevienne lisible, ce qui n'est pas le cas de cette phrase.
Prenons-en de la graine.




jeudi 2 avril 2015

samedi 28 mars 2015

des ivrognes, du trône de chair et du berceau du chat

Les sanitaires du rez-de chaussée où je lis Saint Augustin dès potron-minet, au coeur de ce royaume nocturne que personne n'a la folie de me disputer, n'ont pas toujours présenté cet aspect satiné.
Pour le bonheur, faire la chair rose. Le reste devrait suivre, avais-je lu quelque part.
Oncques mes waters ne furent si ouatés.
En 2010, nous entreprîmes de les faire ériger pour permettre à mes parents vieillissants d'éviter de monter à l'étage lors de leurs rares visites.
Nous nous en ouvrîmes auprès de L.G, qui venait de nous raccorder au tout-à-l'égoût et s'était révélé un habile artisan dans sa partie, malgré des manières un peu frustes, une présence physique intimidante évoquant le personnage campé par Gérard Depardieu dans Uranus, avec qui il partageait la nécessité d'être fréquemment ravitaillé en muscadet, et le décès prématuré de plusieurs pieds d'hortensias ratatinés au tractopelle lors des travaux susnommés.
Peut-être connaissait-il quelqu'un de confiance à qui confier leur réalisation ?
Il prétexta des aptitudes dans ce domaine avec une bonne foi assez désarmante pour remporter le marché.
Nous allâmes ensemble au Bricomat du coin choisir les matières premières nécessaires à bâtir un cabinet de toilette comportant douche, wc, lavabo, cloisons en placoplâtre propres à garantir l'intimité de l'édifice et des rituels intimes qui s'y pratiquent, porte en 180 x 83, etc... que nous entreposâmes au garage.
D'importantes modifications du système de circulation des fluides furent décidées, impliquant la machine à laver, la chaudière, les entrées et sorties d'eau des futures toilettes et lavabo.
L.G. démarra les travaux, fit venir un plombier de ses amis pour les raccordements...
puis disparut.
Habitués aux humeurs fantasques du bonhomme, nous lui avions confié un jeu de clés.
Le printemps vint, et s'en fut.
Malgré de multiples relances,
L.G. brillait par son absence.
Au garage, les cartons éventrés sanglotaient muettement sur leur déréliction.
Je parvins à convaincre L.G. de finaliser les travaux pendant nos vacances d'été.
Las, à notre retour de congés, nous éprouvîmes devant le spectacle ci-dessous un fort sentiment de déconvenue, et l'affaire semblait  pour tout dire mal engagée, voire compromise.



Rien n'était achevé, mais de plus l'utilisation des cabinets était soumise à une condition draconienne : l'ablation de la jambe gauche, critère qui a fait reculer plus d'un derrière pressé enhardi par l'urgence.
Rapidement, je donnai son congé au maitre d'oeuvres, sans indemnités.
Comment avait-il pu se lancer dans une telle galère, qui excédait si visiblement ses compétences ?
J'en avais mal pour lui.
Il réclamait de moi un effort vigoureux et soutenu pour déporter au loin les bornes de ma bienveillance, et j'ignorais si j'allais pouvoir triompher de cette épreuve assurément prescrite par quelque Dieu farceur.
De plus, je ne me voyais pas amputer mes parents pendant leur sommeil d'un membre certes inférieur mais si pratique pour se déplacer d'un endroit à l'autre.
De la chambre aux toilettes, par exemple.
Peut-être valait-il mieux renoncer à toute l'affaire ?
Pour parler vulgaire, nous n'étions pas dans la merde, et n'étions pas près d'y être.
Après quelques temps de convalescence spirituelle, je connus alors l'anamnèse, au sens étymologique que Philip K. Dick confère à ce mot : oubli de l'amnésie.
Et me rappelai un petit pépère, technicien chauffagiste en retraite de son état, qui m'avait déjà arrangé bien des coups foireux dans la baraque, et qui se retrouva bientôt par la grâce de Dieu à la tête d'un puzzle sanitaire de 5000 pièces, indéchiffrable pour un simple mortel à l'intelligence pratique limitée comme moi, mais qui semblait faire sens pour lui, en bon demi-Dieu anonyme du tubulaire qu'il était, habilement travesti en retraité sifflotant à toute heure du jour d'absurdes ritournelles entendues sur RTL avec une gaieté inoxydable.
Et modeste avec ça !
Tandis qu'il s'activait à nettoyer mes écuries d'Eauchasse, je dûs m'absenter précipitamment pour Montpellier, où ma mère menaçait de quitter ce plan terrestre.
Elle mourut dans nos bras, mon frère et moi.
Quand je revins atomisé at home, les travaux étaient presque achevés, et Beloute sifflotait de contentement en finissant l'enduit du placo.
De ces chiottes où ma mère ne s'assiérait jamais.
Je les ai barbouillés d'un vilain rose, à la hâte dans mon brouillard de larmes filiales, pour marquer le coup.
Vous en déduirez ce que vous voulez, à chacun son job.


Un léger indice visuel pour les quêteurs/quêteuses d'absolu à travers les symboles.
Non, je ne l'ai pas affiché dans les cabinets.

Les erreurs commises par L.G. furent réparées, la porte achetée par lui et qui ne convenait pas fut vendue sur le Bon coin après un prudent délai d'un an pendant lequel j'attendis qu'il la récupère s'il en voulait, mais il ne reparut pas.
L'autre nuit, je tombai sur ceci dans mon Saint Augustin :
"Je n'ai jamais été ivrogne, mais je connais des ivrognes que vous avez rendus sobres. Ainsi c'est grâce à vous que les uns ne sont pas ce qu'ils ne furent jamais; c'est grâce à vous aussi que d'autres ne sont plus ce qu'ils furent; c'est grâce à vous enfin qu'ils savent les uns et les autres qu'ils vous le doivent."
Comme s'il attestait en cela l'existence de réunions Alcooliques Anonymes au 4ème siècle.
Moi qui ai connu mon quart d'heure de grâce aux AA, je vais prier pour L.G. pour qu'il voie la lumière, et ne la confonde plus avec celle du bistrot.
Tout cela se télescope un peu avec l'actualité récente, cf la note d'hier, et des évènements plus intimes,  à base de religion et de reliances, heureusement indicibles (l'article est déjà long), pleins de karass et de wrang-wrang.
Donc non seulement indicibles mais inintelligibles.
L.G faisait manifestement partie de mon karass.
(Nous autres, bokononistes, croyons que l’humanité est organisée en équipes qui accomplissent la volonté de Dieu sans jamais découvrir ce qu’elles font. Bokonon appelle ces équipes des karass)
Comme en atteste la mésaventure advenue au héros du Berceau du Chat, savoureux roman de Kurt Vonnegut déjà cité hier, j'hérodote un peu mais tout-est-lié, mésaventure analogue à la mienne en nature bien que plus forte en intensité, et rapportée ci-dessous.


Miaou 

Durant mon voyage à Ilium et au delà, expédition qui me prit deux semaines au moment des fêtes de fin d’année, j’avais prêté gracieusement mon appartement new-yorkais à un poète pauvre du nom de Sherman Krebbs. Ma deuxième femme m’avait quitté, me trouvant trop pessimiste pour ne pas rendre la vie impossible à une optimiste. 
Barbu, Krebbs était une sorte de Jésus-Christ blond avec des yeux d’épagneul. Ce n’était pas un ami intime. J’avais fait sa connaissance à un cocktail où il s’était présenté à moi comme président national de l’Association des poètes et des peintres en faveur de la guerre nucléaire immédiate. Il cherchait désespérément un toit, pas nécessairement à l’épreuve des bombes, et il se trouvait que j’en avais un. 
Quand je revins à New York, encore tout vibrant des stupéfiantes implications spirituelles suscitées par l’ange de pierre abandonné d’Ilium, je trouvai mon appartement dévasté par le vandalisme nihiliste. Krebbs était parti, mais il avait auparavant laissé pour trois cents dollars de communications téléphoniques interurbaines, mis le feu à mon divan en cinq endroits, tué mon chat ainsi que mon avocatier et arraché la porte de mon armoire à pharmacie. 
Il avait aussi écrit ce poème par terre, sur le linoléum jaune de la cuisine, à l’aide de ce qui se révéla être de l’excrément : 

J’ai une cuisine
Mais elle a une piètre allure 


Elle ne sera rupine
Que si je lui assure
Les services d’un vide-ordures. 
Il y avait un autre message, d’une écriture féminine, marqué au rouge à lèvres sur le papier mural au-dessus de mon lit : « Non, non, non », dit la pauvrette. 
Enfin, le cadavre de mon chat portait autour du cou une petite pancarte : « Miaou. » 
Je n’ai pas revu Krebbs. Pourtant, j’ai le sentiment qu’il faisait partie de mon karass. Si tel est le cas, il y a joué le rôle d’un wrang-wrang. Selon Bokonon, un wrang-wrang est une personne qui fait dévier le cours des spéculations d’une autre personne en réduisant ce cours, par l’exemple de sa propre vie, à une absurdité. 
J’aurais pu être vaguement enclin à bannir de mes pensées, comme dénué de signification, l’ange de pierre d’Ilium ; et à passer de là à la considération que rien n’a de sens. Mais après avoir vu ce qu’avait fait Krebbs, surtout à mon pauvre petit chat, je décidai que le nihilisme ne me convenait pas. 

Quelque chose, quelqu’un ne voulait pas que je sois nihiliste. C’avait été la mission de Krebbs, qu’il en ait été ou non conscient, de me désenchanter de cette philosophie. Bien joué, M. Krebbs, bien joué.

Le très saint livre en pdf.

vendredi 27 mars 2015

Flash spécial à propos du crash de l'A320

http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/03/27/andreas-lubitz-un-pilote-souffrant-de-depression_4602441_3214.html

... puis il a dit "maintenant je vais détruire le monde entier !"
-Qu'entendait-il par là ?
-C'est ce que disent toujours les bokononistes avant de se suicider.

Kurt Vonnegut, "Le berceau du chat"

En savoir plus sur le bokononisme

et son influence sur la pensée warsenienne :

[Edit du 28/3/15]

Le copilote soupçonné d'avoir provoqué délibérément le crash de l'Airbus A320 de Germanwings dans les Alpes françaises avait dit qu'il ferait un jour « quelque chose qui allait changer tout le système » et que « tout le monde connaîtrait [son] nom », a déclaré son ex-petite amie au quotidien allemand Bild, en kiosque samedi 28 mars. 
(…) Si Andreas Lubitz « a fait ça », « c'est parce qu'il a compris qu'à cause de ses problèmes de santé, son grand rêve d'un emploi à la Lufthansa, comme capitaine et comme pilote de long courrier, était pratiquement impossible », affirme-t-elle.


Je ne peux plus faire grand chose pour les 149 innocents que cet imbécile a entrainés dans la mort.

Reconnaitre mon besoin de reconnaissance me permet de moins me branler sur ma tombe, et c’est déjà pas mal.
Surtout qu'en apprenant à mieux me connaitre, je me délivre au moins partiellement de ce besoin d'être reconnu pour des qualités dont je ne fais pas preuve.
D'abord le pantalon, ensuite les chaussures.

mardi 24 mars 2015

Amour, Laideur, Gloire et Beauté

Depuis que j'ai fait mon coming out en tant que femme sur ma tombe, je me sens beaucoup plus libre pour parler de sujets qui me tiennent à coeur.
Voici un article du Monde qui m'a ému, malgré son titre racoleur.

Comment « la femme la plus laide du monde » est devenue une gourou du Web

Le Monde.fr | 21.03.2015 Par Olivier Clairouin (Austin (envoyé spécial))

Les sanglots qui la secouent finissent par lui nouer complètement la gorge. Debout au milieu du public du festival South by Southwest, dimanche 15 mars, une femme aux cheveux blancs ne peut retenir ses larmes face à celle qui « l’a tant inspirée ». Sur scène, Lizzie Velasquez lui sourit.
La séquence est presque habituelle pour la jeune femme de 27 ans, enfoncée dans un fauteuil en cuir bien trop large pour elle. Depuis huit ans, Lizzie écume les festivals et conférences des Etats-Unis pour partager son histoire et ses conseils pour avoir confiance en soi.

Lizzie Velasquez sait de quoi elle parle. Atteinte du syndrome de Marfan, une maladie génétique extrêmement rare, elle possède un physique peu conventionnel : 1,60 m pour moins de 30 kilos, « un énorme front » comme elle l’admet elle-même, un œil droit déficient, de maigres membres qui se fatiguent vite… la jeunesse de Lizzie Velasquez s’est partagée entre les dizaines d’opérations chirurgicales destinées à lui permettre de vivre le plus normalement possible et le regard insistant des autres enfants.
Les brimades qu’elle essuie régulièrement dans les cours d’école, Lizzie a pourtant très tôt appris à les ignorer. Elle devient cheerleader au collège, parvient à se constituer un groupe d’amis fidèles et s’appuie sur une famille soudée. Mais tout bascule en 2007. Alors âgée de 17 ans, Lizzie tombe par hasard sur une vidéo intitulée La femme la plus laide du monde. Le visage que l’on voit apparaître quelques secondes à l’image, c’est le sien.

« Si les gens voient ta tête en public ils vont devenir aveugles » ; « mets-toi juste un pistolet sur la tempe et tue-toi » ; « brûlez-la ! » Sous la vidéo, des centaines de commentaires dégoulinant de haine font chavirer la vie de la jeune fille : désormais, elle fera tout pour lutter contre ce fiel déversé sur Internet, et tout pour inspirer et redonner confiance aux personnes qui, comme elle, ont pu souffrir de ce genre de comportement.
« J’ai commencé ma chaîne Youtube comme une réponse directe au harcèlement en ligne », explique-t-elle au micro. De vidéo en vidéo, elle parle des petites choses du quotidien, toujours avec humour et une certaine autodérision. « Si je porte des talons en public, je ressemble à un faon qui apprend à marcher », s’amuse-t-elle par exemple dans une vidéo postée en février 2014.
Progressivement, elle fédère autour d’elle une petite communauté. Mais c’est véritablement en décembre 2013 que la machine s’emballe. Conviée à une conférence TEDx consacrée aux femmes, à Austin sa ville natale, elle fait passer la salle du rire aux larmes en racontant ses premières expériences à l’école, délivrant un message simple : « Vous seules décidez de ce qui vous définit. »


Plus de sept millions de vues (dix, en comptant la version espagnole) et un an et demi plus tard, le discours n’a pas changé, passant même des ordinateurs aux écrans de cinéma. Tombée sous le charme lors de la conférence, la réalisatrice Sara Hirsch Bordo a en effet décidé de consacrer son premier film à la vie de Lizzie. Présenté pour la première fois cette année au South by Southwest, A Brave Heart : The Lizzie Velasquez Story a été chaudement accueilli par le public du cinéma Paramount d’Austin.

Mais Lizzie Velasquez n’entend pas s’en arrêter là. « J’ai raconté mon histoire pendant des années », nous confie-t-elle au téléphone deux jours plus tard. « Après avoir fait ça pendant huit ans, je suis prête pour la prochaine étape : je veux pouvoir pouvoir parler au nom de toutes les victimes de harcèlement, en ligne et en général. »
Se considérant désormais comme une militante, la jeune femme tente à présent de faire voter une nouvelle loi contre le harcèlement au Parlement américain. Un combat qui ne fait que commencer, comme en témoigne une séquence du documentaire montrant Lizzie arpenter les couloirs du Capitole, faisant en vain du porte-à-porte d’un bureau de député à un autre.

« On va continuer à faire autant de lobbying que possible », assure-t-elle avec cette conviction désarmante dont elle semble ne jamais se départir. Déjà auteure de trois livres, Lizzie Velasquez songe à présent se lancer dans une série d’ouvrages pour enfants ayant pour personnages principaux des jeunes atteints de handicap.

pour en savoir plus sur Lizzie Velasquez :

lundi 23 mars 2015

En remontant le fleuve

La pensée juive n'est pas le sionisme.

Le lendemain matin, rabbi Akiba arriva chez le philosophe, mais c'est son épouse qui l'accueillit. Il lui demanda où était son mari et elle lui répondit qu'aujourd'hui, c'était avec elle qu'il allait devoir débattre. Cette femme, fort belle, avait misé tous ses atouts. Elle espérait ainsi faire tomber rabbi Akiba dans le piège d'un désir mal géré, mais rabbi Akiba ne s'enfuit pas et ne tomba pas dans le piège. Il s'assit face à elle et se mit à pleurer. C'était bien entendu la première fois qu'elle voyait une telle réaction dans une situation pareille. Interloquée, elle lui demanda: "Mais pourquoi pleurez-vous?" Rabbi Akiba répondit: "Je pleure devant une beauté si mal utilisée."

histoire colportée aux oreilles de Warsenator par Blasphematora.

commentaires :
L’histoire ne dit pas pourquoi la beauté de la femme du philosophe est mal utilisée.
Enfin, si, puisque le rabbin échappe au piège de la séduction qu’elle lui tend. Mais il m'est permis d'espérer que peut-être que par ailleurs, le philosophe, tapi dans la pièce voisine avec sa caméra casher, aime sa femme d’un amour sincère et réciproque ?
voilà pour mon droit au rêve d’un happy end.
Question subsidiaire : « à quoi sert la Beauté ? »

Torah ! Torah ! Torah !
ou T'auras pas, c'est pas la question.

rue de la Juiverie, Nantes, 
Google Street View.


En remontant le fleuve est une chanson d'Hubert-Félix, qui a un gros kiki.