samedi 7 janvier 2017

Le téléphone pleure (lorsque tu n’es pas là)


En journée, je suis rarement à la maison, ce qui me permet d’échapper à tous ces démarchages téléphoniques qui ont transformé ce merveilleux outil de liaison entre êtres humains, bien pratique quand on en a besoin, en un objet d’aversion et de hantise.
Au début, je répondais poliment, mais maintenant, dès que j’entends un silence un peu prolongé suivi de « bonjour monsieur Warsen, c’est Fatima votre partenaire EDF… », je raccroche.
Fatima elle a un métier de merde, elle appelle de Rabat ou de Tunis, elle est payée à la tâche, alors j’ai longtemps fait un effort de politesse, mais Fatima elle est Légion, elle me harcèle, elle est insatiable, elle oublie d’une fois sur l’autre que je lui ai déjà expliqué que je n’étais pas intéressé, elle revient sans cesse à la charge.
Aujourd’hui c’est Robert qui appelle.
Je suis surpris, sans doute un peu raciste : je ne raccroche pas.
On est entre français de souche, bien culturés.
Il m’a eu par surprise.
Le baratin habituel, est-ce que je suis au courant des nouvelles mesures d’économies d’énergies, avec quoi je me chauffe, la surface de ma maison, ça dure déjà depuis 5 minutes et je me demande comment éconduire le fâcheux puisque je n’ai besoin de rien, et puis à un moment donné, « vous et votre femme vous êtes bien en CDI ? » alors là, quand même, je lui dis gentiment « ça ne vous regarde pas ».
Réponse immédiate : « Connard, va ! » et il raccroche.
Je suis bien attrapé.
Ca m'apprendra à être raciste.
Putain, Robert, il est où ton Esprit de Noël ? 
Malgré la consolation de savoir que « l’enfer est pavé de démarcheurs téléphoniques congelés » (Terry Pratchett et Neil Gaiman), je m’interroge.
Soit Robert nous prépare un burn-out et il devrait se chercher un métier honnête, soit c’est un farceur, mais sa manière de prendre son pied est encore plus tordue que celle de Pervers Pépère.
Du coup, je découvre qu’il existe un service gratuit pour en finir avec l’enfer du démarchage téléphonique

Youpie, je m’inscris !

La semaine prochaine, je vous raconterai comment https://www.qwant.com, le moteur de recherche européen qui ne trace pas ses utilisateurs, a changé ma vie.

[Edit] 
Interrogé sur le sujet, mon père m’a dit qu’il connaissait l’existence de Bloctel, mais qu’il préférait insulter les cyberprolos du télémarketing au téléphone, ou laisser le combiné décroché. 
C’est pas la première fois qu’il me fout la honte.
Au rayon des stratégies débiles, j’en ai trouvé d'autres, qui s’attaquent aux effets plutôt qu’à la cause.
http://www.raton-laveur.net/articles/telemarketing.html

[Edit du 25/01/17] 
Ca ne marche pas terrible, mon inscription à Bloctel.
Je n'en attendais pas de miracles, mais quand même.
Le pouvoir intrusif du capitalisme dans l’intimité de la sphère privée ne cesse de me fasciner.
C'est l'incarnation du Mal à l'état pur.

mardi 3 janvier 2017

Esprit de Noël (5)

Ca sort demain.


Voilà pourquoi le cinéma français va mal.
Il est beaucoup trop narcissique.

lundi 2 janvier 2017

Esprit de Noël (4)

Les filles ont passé un marché non négociable avec papa : pour le réveillon, elles s'occupent de tout, et il n'a pas le droit de pénétrer dans la cuisine. 
Elles ont acheté du poisson et du riz spécial pour confectionner des sushis, des noix de coquilles Saint-Jacques, des fruits en quantité. 
Il a dressé la table dans le salon. Il a mis cette vieille nappe jaune que je n'ai plus vue depuis longtemps, ornée de petits personnages basques qui jouent à la chistera, il a ressorti les vieilles assiettes de faïence bretonne décorées d'un mandala en spirale qui nous donnait jadis l'impression d'être aspiré vers les royaume d’existences inférieurs en mangeant notre purée. 
Il prononce maintenant une allocution qu'il veut solennelle, il explique que si il a sorti cette nappe c'est en mémoire de celle qui n'a pas pu être parmi nous ce soir. Je pense qu'il veut parler de maman, qui est aux cieux, mais je lui demande s'il parle d'Élisabeth et je lui fais remarquer combien sa formulation est ambiguë... Il me répond qu'Élisabeth n’aurait rien à faire parmi nous, et que l'ambiguïté, elle est dans ma tête. 
Notre problème commun tient à ce défaut d'dénonciation. Il ne peut user que de périphrases pour désigner notre mère, la mort de notre mère, la chambre qu'il nous a attribuée et qu'il désigne comme la «grande» chambre alors que de tout temps ce fut «sa» chambre, enfin plutôt «leur» chambre, celle qu'il partageait avec maman, chambre qui a aussi accueilli sa dépouille mortelle, pendant les quatre jours qui ont précédé sa crémation. Il nous fait croire que c'est là qu'il dort d'habitude, mais je pense qu'il a annexé mon ancien studio, qui dispose d'une salle de bains indépendante et qu'il partage avec Élisabeth, qui elle ne dormirait pour rien au monde dans la chambre de la morte. 
C'est la première fois que je dors dans la chambre de mes parents, et tous les matins je me réveille avec un putain de mal au dos. Je mets ça sur le compte d'une literie un peu molle et des nombreux kilomètres que nous faisons chaque jour en chaussures de ville dans ce si charmant et si exotique centre historique de Montpellier.
Bon, après sa remarque assassine sur mon ambiguïté supposée, que j’ai bien cherchée sans doute, moi qui suis allergique à l'implicite, mon mal au dos s'amplifie, au point de devoir quitter la table, pour suivre d'un œil souffreteux la suite des agapes depuis le canapé du salon, jusqu'au moment des cadeaux. 
Deux écoles s’affrontent : les Traditionalistes, dont je suis, qui préfèrent déposer les cadeaux au pied du sapin jusqu'au lendemain matin – d'ailleurs de sapin y en a pas, les Traditions se perdent – et les Réformistes, qui sont pour qu'on fasse la distribution tout de suite maintenant, eu égard aux enfants surnuméraires qui vont aller dormir chez Viviane avec l'insatisfaction dans les yeux. C'est la première fois que je vois mon neveu et ma nièce être aussi discrets et réservés, ils ont compris que quelque chose clochait chez leur grand-père et ils font moins les malins que d’habitude, les bougres.
J'abandonne la partie au milieu de la répartition équitable des cadeaux qui, cette année encore, penche plus du côté du Noël consommable que du Noël durable. Je vais me coucher, j’ai trop mal. 
Dans la nuit, je suis contraint de me relever pour aller vomir. Ce n'est pas que j'aie trop mangé, et encore moins trop bu puisque je suis abstinent d'alcool depuis 25 ans, mais la douleur me rend malade au point de dégobiller mes coquilles Saint-Jacques après m'être péniblement traîné dans le couloir parce qu'apparemment la sciatique m'a mis la main dessus et son gros doigt de feu dedans. 
Ce qui m'inquiète, c'est que ça me brûle autant devant que derrière, à l'aine et à la hanche, comme si il y avait en même temps une cruralgie, cochonnerie dont ma mère a beaucoup souffert durant les dernières années de sa vie. Je me rappelle d’un type qui vivait sous cortisone avec des douleurs de dos atroces et sa vieille mère à charge, c’était une caricature du masochiste, je veux pas devenir comme lui, pitié Seigneur.
En attendant, je passe toute la journée du 25 alité, incapable de bouger ma jambe droite sans ressentir une fulgurance affreuse dans le bas du dos. La dernière fois que ça m'est arrivé, à l'été 2015, j'étais sur un petit voilier au large des Baléares, et je remontais tous les matins une ancre de 25 kg en me pliant en deux sur le gaillard d'avant. Au moins il y avait là une cause que je pouvais comprendre. Quant à trouver un ostéopathe sur l'île de Minorque un 15 août c'était une autre affaire, mais une bonne poignée d'anti-inflammatoires m'avait permis d'achever la croisière, certes courbé en deux et en boitillant comme le capitaine Achab, mais pas dans cet état d'invalidité absolue qui contraint ma femme à appeler SOS médecins un jour férié tellement j'ai l'air en forme. 
Je somnole toute la journée entre deux crises de hurlements, quand j'oublie que je suis paralysé et que j'essaye de me lever avec l’outrecuidante idée d’aller faire pipi. Le médecin diagnostique une hernie, prescrit un scanner, ordonne de la cortisone et de la Lamaline, cocktail d'opium et de paracétamol, le traitement qui a permis à ma chérie d'achever notre tour des Rocheuses en 2013 quand elle-même a subi les foudres d'une hernie discale cervicale. Je réfléchis. Notre avion repart le 26 au matin, et même si je n'ai pas vu grand chose de la magie de Noël, je n'ai nulle envie de rester à Montpellier, à partager des moments privilégiés de rabe avec mon papounet chéri. 
Bon, enfin, si il faut, il faut, mais je préférerais que non.
Alors, dans la nuit qui précède le départ, je parviens à ramper jusqu'à la salle de bains et à me bourrer d’anti-inflammatoires et d’anti-douleurs, pour être sûr de faire partie du voyage. Et ça marche ! J'arrive à me lever ! Au sana ! À monter dans la voiture de ma sœur ! À atteindre l'aéroport ! À monter dans l'avion ! A en redescendre ! A rentrer chez moi ! Cet exploit reste inexpliqué car dès le lendemain, la paralysie me reprend, le nerf sciatique est vraiment coincé et cela fait maintenant une semaine que je vis le plus clair de mon temps allongé, le seul état toléré par ma colonne vertébrale. 
Moi qui voulais faire un peu de ménage dans mon bureau pendant les fêtes, elles sont passés et je n'ai rien vu passer. 
À part cette figure du père que je voudrais aimer, dont je voudrais qu'il m'aime, mais qui apparemment n'aime que lui, et encore ça se passe pas très bien.
Dès notre retour, ma femme déclenche une gastro ainsi qu'une de ces bronchites asthmatiformes dont elle a le secret depuis qu'elle a arrêté de fumer il y a quelques années, je pense que c'est la tension nerveuse du séjour qui retombe, et que vraiment, entre l'otite du fiston, la lombalgie et la gastro, merci père Noël, c’est trop de bonheur, et c'est pas demain la veille qu'on retournera à Montpellier. 
En bon lacanien, mon fils a diagnostiqué que son papy, y pouvait plus l'entendre, et que moi j'en avais plein le dos.
Notre fille s'en est bien tirée, elle est passé à travers. Trop saine pour se laisser contaminer.
Le matin du 26, avant d'aller prendre l'avion, sans savoir si j'allais en être capable ou non, j'ai entendu un bout de conversation téléphonique entre papa et Élisabeth. Il était en train de tout lui mettre sur le dos, que tout ça c'était parce qu'elle avait fait tomber le couvercle de la soupière derrière le frigo en le fermant trop brusquement parce qu'elle était énervée, et que c'était de le déplacer qui m'avait fait mal au dos, et patali et patala. 
Cette stratégie de chercher un bouc émissaire en toutes circonstances, elle est vieille comme le monde chez lui, et elle a bercé notre enfance d'une culpabilité frénétique. Mais l'entendre faire le même coup à sa nouvelle compagne, j’en étais malade. Dans les jours qui ont suivi, j'ai appelé Élisabeth pour la mettre en garde, mais elle m'a dit « tu sais je connais ton père, il a des bons côtés, et quand j'en ai marre, je peux m'enfuir » ce qu'elle fait d'ailleurs assez souvent. Je me suis aussi rendu compte qu’elle est un peu comme lui, elle n’écoute pas ce qu’on lui dit, elle en capte un dixième et réinterprète le reste à sa sauce, c’est peut-être pour ça qu’ils sont ensemble, ils ont le même déficit attentionnel.
Plus tard encore, papa m'a appelé pour me dire tout le plaisir qu'on lui avait fait en venant le voir, et que c'est vrai que notre nombre l'avait fait un peu paniquer, mais que quand même ça lui avait vraiment fait du bien.

Ce qui permet à ce petit conte de Noël de trouver la fin heureuse qu'il méritait.

Les sushis de Noël.
Putain, je m'en rappelle même pas !
La douleur est une maitresse exigeante, 
qui accapare toute notre attention.


dicté couché sur mon iPad pour cause de lombalgie aigüe - ouille !

dimanche 1 janvier 2017

Esprit de Noël (3)

Ma sœur nous a rejoints depuis ses montagnes, avec mon beau-frère que j'aime bien, et que j'admire secrètement parce qu'il parvient à supporter ma sœur, et leurs enfants que j'aime moins, parce qu'ils sont élevés gâtés pourris comme des enfants-rois, comme nous l’avons été, et que ça ne peut que leur nuire quand ils se rendront compte que l'univers ne tourne pas qu’autour d’eux.
Elle détend un peu l'atmosphère parce qu'elle sait parler à papa comme si il avait 4 ans sans le mettre en colère plus qu'il ne l'est déjà. Elle ne se laisse jamais déstabiliser par ses remarques blessantes. Le 24, elle propose une sortie collective à l'aquarium de Montpellier. Papa refuse de nous accompagner, au prétexte que les poissons sont des cons, et que cette distraction n’est pour lui qu’une vaine perte de temps. Il propose néanmoins d’imprimer les billets réservés sur internet en prévision de l’affluence, mais il cultive une certaine frugalité informatique nonobstant ses 5000 € par mois de retraite, et il a beau être tout fier de son pc qui marche depuis 17 ans, au bout d’une heure et demie il n’a réussi à imprimer que 3 billets sur 8, et mon beau-frêre lâche l’affaire. On imprimera les billets dans une cyber-échoppe sur la route.

Nous marchons jusqu'à la place de la Comédie, puis montons dans un tramway qui roule à un train de sénateur en sinuant à travers tous ces nouveaux quartiers qui, de mon temps, n'étaient guère qu'une friche très faiblement urbanisée, un no man’s land informe menant vers la route de Lattes et de Pérols, parcours céleste effectué de nuit dans des 2 CV qui nous menaient en brinquebalant au bain de minuit entre Palavas et Carnon.
C'était le bon temps, nomdidj’ou.
L’aquarium est situé dans le quartier Odysséum, une énième zone commerciale sortie de terre du temps où l’empereur le maire mégalomane Georges Frêche voulait prolonger la ville jusqu'à la mer, distante de 30 km, j'ai vu les débuts de cela avec Antigone, imaginé par Ricardo Bofill, une sorte d'agora romaine postmoderne qui venait prolonger d’absurdité architecturale la pyramide de verre du Polygone, mais je n'ai pas assisté aux épisodes suivants de l’étalement urbain qui m’a rendu la ville méconnaissable.
Il me semble qu'elle a quadruplé de volume en s'étirant de tous les côtés possible, déformée au point d'en perdre son âme, ou alors c’est juste un symptôme de désorientation de la personne âgée cyber-dépendante.
La juxtaposition sans continuité de ces strates d'urbanisme hétérogènes confère au trajet une dimension onirique comme ces villes imaginaires que l'on parcourt pendant son sommeil et qui n'ont d'autre solution de continuité que celle que notre conscience de rêve leur confère.
Mare Nostrum, que l'on devine bâti à grands coups de subventions départementales, souffle le chaud et le froid. Il y a un mélange de pharaonisme architectural, et de pauvreté dans le nombre d'espèces et d'espaces proposé au public. Le parcours de visite est balisé de textes scientifiques niveau CE2, et la plupart des spécimens survivent dans des vivariums étriqués, hormis le grand aquarium central indo-pacifique. Le plus réussi, c’est le simulateur de pilotage de bateau dans la tempête, dans lequel nous passons un bon moment de rigolade, car en cette veille de fête l’aquarium est désert et on peut goûter les joies du naufrage pour nous tous seuls (nous les Warsens).

Comble de l’horreur, les manchots du Cap croupissent dans un espace clos qui n’évoque que de très loin leur habitat naturel, ils titubent dans leurs déjections, et de tragiques farceurs ont orné leur caverne d’obscénités anthropomorphes les représentant possédés de l’esprit de Noël tel qu’il est autorisé à se manifester dans une galerie commerciale.
Des manchots avec des cadeaux.
Putain, Blasphémator® est battu à plate couture.
Le déshonneur comme cerise sur le gâteau de l’indignité.

Je repense à Henri Michaux :
"Un bébé crocodile, au sortir de l'oeuf, mord.
Un bébé tigre, lui, assoiffé de lait, avide d'un corps chaud et ami, veut avant tout aimer, être aimé. Mamelles à têter, première innocence des mammifères.
Plus tard, reconversion brutale.
Maintenant, tout à la douceur.
Gare au tigrillon s'il sentait l'agneau.
Heureusement, il sent le tigre.
Avec confiance donc, il peut se frotter sous les pattes terribles, mordiller, déranger, tirailler.
Il ne risque rien.
Assez joué, tout de même.
Mère-tigre le repousse. Maintenant, elle va boire.
Rien qu'à la voir s'approcher de l'eau, on lui donne raison, en tout, et tort à la vache, à la biche, au daim, aux herbivores.
Solennellement, religieusement, prête à tout, elle s'approche du baquet.
Le feu de sa soif rend l'eau sacrée.
Une vache, même mourante de soif, ne peut prendre l'eau avec grandeur, avec considération.
Un certain registre lui a été refusé.
Elle n'ira jamais à l'eau que comme une vache.
La tigresse, elle, ce qu'elle fait, et quoi qu'elle fasse, est important.
Plus que Reine, Roi, un Roi qui a pris une affaire en main, un Roi qui serait en même temps un "dur".
Dans la cage, cependant, tout est dénuement, et l'eau dans le baquet vient d'un affreux robinet rouillé. Mais le tigre est au-dessus du manque.
Le manque, c'est pour toi, le manque et l'agressivité, ce piteux semblant d'audace."
Vu comment il se traine en claudiquant, le manchot n’est pas au-dessus du manque, et si j’ai vu des Américains s’efforçant de mettre en scène des requins « gentils » au SeaWorld de San Diego, on voit ici que dans la hiérarchie militaire des espèces, le manchot est et sera toujours otage.
Condamné à cette existence recluse de zoo par sa vulnérabilité à l’Homme.
On ressort de là un peu sonnés.


L'esprit de Noël par Mare Nostrum


L'esprit du 1er janvier par Xavier Gorce


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samedi 31 décembre 2016

Esprit de Noël (2)

Au troisième matin de notre séjour de rêve, papa prend la tête à sa copine : elle a placé un Tupperware vide dans le frigidaire pour se rappeler d'emporter la moitié du foie gras qu'elle a confectionné pour le réveillon qu'elle va aller passer chez des amies en Suisse en laissant les Warsen en famille avec l'autre moitié du foie gras. 
Dans sa tête, elle ne sera toujours qu'une pièce rapportée sur le tard et sait s’éclipser sur la pointe des pieds quand elle le sent nécessaire. Des fois, ça ne l'est pas. Mais elle se sentira toujours un peu de trop dans la maison du veuf et de la morte, surtout envahie par la descendance. Qu'on la regarde d'un bon œil, et leur histoire semble aussi chouette que celle de « l'amour au temps du choléra » de Gabriel Garcia Marquez. 

Ce matin, c'est la composante « choléra » qui domine. Papa ne supporte pas qu'elle ait mis une boîte vide au frigo, c'est pour lui le comble de l'hérésie anti- rationnelle lui qui se prend pour un être de Raison et qui aimerait bien voir tout le membres de la famille le suivre en rangs serrés sur cette voie royale. 
Ça commence à chauffer pour Elisabeth qui en entend des vertes et des pas mûres sur un ton qui frise l’hypomanie. Ecoeuré, et voulant laisser un peu d'intimité a leur  différend, je quitte la table du petit déjeuner. Quand je reviens, ça a un peu dégénéré. Elisabeth à dû refermer un peu violemment la porte du frigo suite à un agacement légitime, et le couvercle de la soupière qui le surplombait est tombé derrière le frigidaire. Papa est en train de s'acharner avec un escabeau démesuré et un fil de fer à essayer de récupérer l'ustensile de cuisine. 
Aah, ils ont 78 ans, mais ça ne les empêche pas de se chamailler comme de jeunes tourtereaux. 
Puis il abandonne le chantier car il est l'heure de conduire Elisabeth à la gare. Pendant son absence, je fais délicatement glisser le frigo sur le carrelage pour le sortir de son logement, je récupère le couvercle, et je range l'escabeau une fois mon forfait accompli. 
À son retour, il est furax. Il m'agonit d'insultes, comme quoi ici c'est chez lui, et qu'il ne faut rien faire sans lui demander, qu'on ne déplace pas un frigo plein, alors je lui réponds sur le même ton un peu hystérique que le frigo glisse très bien sur lui-même, que ça m'a paru la bonne chose à faire, et que de toute façon c'est fait c'est fait. 
J'en reviens pas de voir en direct live comment il a du mal à accepter que son illusion de toute-puissance se lézarde avec l'âge, et pourtant il veut rien lâcher. Puisque c'est comme ça, on ira déjeuner en ville, où l'air est plus Respirable. Mon fils est de plus en plus pâle, il s'achète un bonnet, il a mal à l'oreille et ne dit plus grand chose. Le soir même, nous sommes invités à l'apéro chez Viviane, une vieille copine de maman que papa n'apprécie guère mais à qui il rend de menus services en souvenir du bon vieux temps. 
Quand elle était venue me sortir d'un précipice espagnol dans lequel j'étais tombé pendant que lui faisait du bateau, par exemple. 
Je la crois inoxydable, vu tout ce qu'elle a traversé, mais elle est presque impotente maintenant, elle a 84 ans. 
Elle a vécu avec :
- Un mari maniaco-dépressif qui refusa toute sa vie de prendre son lithium au prétexte qu'il n'était pas malade, qui a commencé les travaux de trois piscines autour de leur maison sans en finir aucune, qui un soir de crise maniaque a attaché sa femme sur une chaise avec du fil électrique puis s’est barré sans finaliser cette partie de bondage tardive (ils avaient déjà plus de 70 ans tous les deux) et n'a plus jamais donné de nouvelles depuis.
- Une fille nymphomane et schizophrène qui m'a dépucelé quand j'avais 17 ans, et c'était bien agréable. D'ailleurs elle a été invitée à l'apéro, ça fait bien 35 ans que je n'ai pas vue, ça promet d'être intéressant. Sauf si elle n'a pas pris ses médocs et qu'elle part en live, comme le craint papa.
- Son autre fille, c'est juste une Salope Cosmique, qui fait les pires crasses à sa mère, c'est beaucoup plus banal.
Je raconte tout ça à mon fils dans la salle d'attente du médecin qui nous prend en urgence pour son bouchon de cérumen et qui habite providentiellement juste au-dessus de chez Viviane. Il me répond que c'est le genre de choses qu’un père n'a pas à dire à son fils et que c'est pour ça qu'il consultait un psychologue quand il avait des sous, que j’étais en dépression et que j’étais plus étanche. 
Le médecin est content de finir sa journée avec nous, on plaisante finement, puis il diagnostique une otite, prescrit des antibiotiques et ne nous fait pas payer la consultation, puisqu'on est des amis de sa voisine du dessous. On croit rêver.

De retour à l'étage du dessous, l'apéro s’éteint tout doucement, finalement Sylvie ne s’est pas montrée, ça sera pour une hypothétique prochaine fois, mais au train où vont les choses, ça sera peut-être à un enterrement plutôt que devant un bol de cahouettes.

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vendredi 30 décembre 2016

Esprit de Noël (1)

J'ai voulu descendre à Montpellier pour fêter Noël en famille avec mon père que nous ne voyons plus beaucoup depuis quelques années. Ma femme n'était pas ravie à cette idée car mon père a un caractère de cochon. Il met beaucoup d'ardeur à nous éviter tout en prétendant que c'est nous qui refusons d'aller le voir. 
Nous on bosse toute l'année alors que lui est en retraite et encore très mobile, cherchez l'erreur. 
Je ne nie pas qu'il ait mauvais caractère, je ne nie pas son côté pervers pépère narcissique, mais quand même, c'est mon père, il ne lui reste sans doute pas beaucoup d'années à vivre, et si je ne vais pas vers lui tout illuminé de l'esprit de Noël, c'est pas lui qui va faire le premier pas. 
En plus je suis né un 25 décembre donc s'il y'a quelqu'un qui doit être investi de l'esprit de Noël c'est bien moi, même si le Christ est apparemment né en moins 7 avant lui-même comme je l'apprends dans le journal de ce matin, information mise sur le même plan que la spectaculaire disparition de la banquise Antarctique qui déjoue les prévisions les plus pessimistes du GIEC...
…je sais très bien pourquoi papa nous invite pas. C'est parce que nous savons d'où vient sa copine actuelle, qui le connaissait bien avant maman, morte il y a quelques années, et dont il nous a fait promettre de ne pas révéler l'origine à mon frère et à ma sœur. Nous sommes donc détenteurs d'un secret de famille, et à ce titre potentiellement dangereux. Bien sûr tout cela se joue dans son inconscient, il n'a aucune idée de cette stratégie d'évitement. 
Nous voilà donc partis pour quatre jours et demi vers Montpellier, avec des billets d'avion hors de prix, 1200 € à 4, mais quand on aime et qu’on veut faire le bien autour de soi, on ne compte pas. 
Même notre aîné que nous ne voyons plus beaucoup, a cru bon de se joindre à la fête. Pour célébrer ce foutu esprit de Noël sans doute, qui semble aussi crédible que la trêve en Syrie quand elle est suggérée par une résolution de l'ONU.. D'ailleurs alors que cette année tout le monde dans notre entourage familial prétendait fêter Noël chez eux et entre-soi, dès que j'ai émis le désir d'aller chez papa, mon frère puis ma sœur se sont exclamés « Wow trop génial nous aussi»
Mais le domicile familial qui nous a tous vu grandir ne peut accueillir l'ensemble de la fratrie comprenant les conjoints et les enfants. Surtout depuis que mon frère, qui n'était pas le perdreau de l'année, s’est marié l'année dernière avec une richissime héritière d'un empire de la maroquinerie de luxe bruxellois déjà munie d'un enfant, c'est donc lui que mon père va dissuader de faire le déplacement. Heureusement qu’il a de quoi se consoler sur place avec sa nouvelle famille et nous ne sommes pas trop inquiets sur son supposé désarroi de s'être fait rembarrer pour la première fois de sa vie à une fête familiale. 
Du temps de l’Empire Warsen nous n'étions pas une famille très fusionnelle mais c'est vrai que depuis la mort de maman les occasions de se réunir sont rares et on ne crache pas dessus, une fois l’an. 
De façon tout à fait spontanée ces échanges ont souvent lieu l’été à Perros-Guirec, où nous habitions avant d'aller à Montpellier en 1979, et où nous en profitons pour croiser la multitude de cousins qui apprécie tout autant que nous la côte de granit rose. Papa ne participe pas à ces grands déplacements saisonniers sous prétexte que Perros-Guirec il n'a rien à y foutre (il y a quand même passé les meilleures années de sa vie, c’est peut-être pour ça) d'autant plus qu'il est fâché avec la moitié de ses frères et considère leurs enfants (nos cousins) comme des imbéciles heureux. 
Bref. 
Nous quittons Nantes et son brouillard glacial pour nous retrouver par la grâce des transports aériens sous le soleil glacial de Montpellier une heure plus tard. Malheureusement, la compagnie aérienne a égaré nos bagages et c'est fâcheux puisque la grosse valise contient tous les cadeaux et la plupart de nos sous-vêtements. Je minimise l'incident, je m'en remets aux divinités du Low Cost pour récupérer nos affaires d'ici le lendemain. On va pas se laisser bousiller le moral par des petits problèmes d'intendance.
Malheureusement, dans l'immense et désormais un peu vide appartement paternel depuis que maman ne l’emplit plus de son constant babil, l'ambiance n'est pas non plus à la fête. Papa fait des maniaqueries et des raisonnements sans fin. Sur la bouilloire qu'il faut remplir avec la carafe qui enlève le calcaire de l'eau du robinet, et qu'il ne faut surtout pas laisser bouillir parce que ça gaspille de l'électricité alors que l'eau est chaude bien avant que la bouilloire s’arrête, sur le régime hypoglucidique qui me permettrait de perdre ces quelques kilos disgracieux, sur ceci est sur cela, et pas de Dali et pas de Gala. 
J'ai connu sa nouvelle compagne plus combative, moins soumise, j'ai bien peur qu'elle prenne le même chemin que maman et qu'elle le laisse dire par lassitude car il revient toujours à la charge et quand il interrompt son monologue au cours du repas pour vaquer à une tache domestique, quand il revient à table il reprend exactement là où il s'était arrêté, aussi précis qu'un magnétoscope mis en pause. 
Pendant son absence, j’ai d’ailleurs prédit le mot-clé à partir duquel il va reprendre, ce qu’il ne manque pas de faire, et qui déclenche le fou-rire de ma fille. 
C’est toujours ça de pris. 
À ce stade, la communication n'est qu'un leurre. Il est l'émetteur, nous sommes les récepteurs. 
Bon, nous savions ce que nous allions trouver, on va essayer de s'en accommoder. 


Nous faisons de grandes balades dans Montpellier, il y a encore quelques cadeaux à acheter, le centre-ville a été réhabilité et les ruelles resplendissent d'ocre médiéval ravivé. 
La ville s’est embellie et boboïsée depuis 30 ans que je n’y vis plus, et les façades de ses lourdes bâtisses occitanes ont toutes été briquées jusqu'au sang. Les voitures et les déjections canines ont été progressivement bannies du centre-ville historique, et c'est un bienfait pour les piétons. Mes frustrations et mes désarrois d'étudiant dépressif – je peux encore les géolocaliser de mémoire en parcourant les boyaux du centre historique – ont perdu le pouvoir de me nuire, ou alors le temps les a enduits d'une patine de miséricorde anti-inflammatoire, le long de ces ruelles aujourd'hui détartrées dans lesquelles on ne pouvait se promener sans tomber sur un marocain qui essayer de vous vendre une barrette de chiite merdique, et d'ailleurs c’est pour ça qu'on y allait. 

Rue Jules Latreilhe, où j’ai vécu les années les plus alcaloïdes de ma vie, la librairie de bandes dessinées d'occasion Moustache et Trottinette, somptueuse cave voûtée qui sentait le vieux papier et où l'on pouvait farfouiller des heures durant dans des caisses où s’était sédimenté tout ce qui s'est publié dans les années 70 ainsi que l'essentiel du polar et de la SF de l’époque a disparu, laissant la place à un graveur. Ce qui aurait jadis été ressenti comme une perte irréparable est aujourd'hui accepté sur l'air de « Toute chose doit partir un jour » (Wild Palms)






dicté couché sur mon iPad pour cause de lombalgie aigüe - ouille !

mercredi 28 décembre 2016

Nova Verba, Mundus Novus


Concours improvisé de cartes de voeux dépressives avec un copain.

C’est absurde, parce que pour moi, 2016 a été plutôt moins pourri que 2015, 14, 13 et 12.

Tant pis.
Tout est déjà chez l’imprimeur.
Je vais aller les vendre à Berlin.




[Edit] 
J'ai retrouvé celle de l'an dernier, toujours d'actualité.
Allez en paix.
Houellebecq Akbar.


jeudi 15 décembre 2016

La retraite inquiète



Je viens de recevoir la dernière lettre d'info pour 2016 de ma caisse de protection sociale…
A l’énoncé des sujets sur lesquels on peut solliciter la caisse pour avoir des entretiens personnalisés, ça donne juste envie de continuer de se droguer de travail (j’ai pas dit AU travail).


mardi 13 décembre 2016

Noël responsable, Noël durable, Noël coupable

Pour Noël je vais me faire offrir un vélo d'appartement ELECTRIQUE.
Moins fatiguant que le vélo d'appartement normal, qui en plus ne produit aucune électricité, sauf dans le déjà vieux film de SF Soleil Vert.
Là, sur mon vélo d'appartement ELECTRIQUE, je consommerai 750 W/h, parce qu'il y aura Internet et la télé dessus, ainsi que le wifi et une glacière réfrigérée pour pouvoir prendre l'apéro en roulant, mais j'en produirai 25, qui seront réintroduits dans le réseau électrique de ma maison, qui deviendra ainsi un domicile vertueux à énergie positive, au moins sur le papier.


Mon vélo électrique me permet aussi de recharger ma lampe de poche anti-agression, pour faire des blagues à mon vieux chat cardiaque la nuit quand il dort sur le canapé et que je me relève pour écrire des conneries sur Internet.

Enfin, j'hésite entre ça et une sélection des meilleurs articles du blog de Jean-Pierre Filiu relié en peau de Syrien lustrée au savon d'Alep.
Je préfère ignorer avec quoi ils font le savon d'Alep maintenant.
En tout cas c'est très tendance.

Jean-Pierre Filiu : "Alep, ce tombeau de l'ONU"
https://www.franceinter.fr/emissions/le-7-9/le-7-9-12-decembre-2016

Dr Raphaël Pitti et Jean-Pierre Filiu répondent aux questions de Patrick Cohen
https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-12-decembre-2016



The Dwarf in the Naze Castle from john warsen on Vimeo.

"Je vais te lui passer un de ces savons d'Alep !
C'est finalement Vladimir PourFaireLaVaisselle
qui le lui a gentiment tendu, 
suivi d'une serviette à la sortie du bain de sang.


lundi 12 décembre 2016

Porn for Women



Ce qui prouve, (bien que je fasse souvent le ménage et la vaisselle sans que ça fasse particulièrement mouiller ma femme), que la pornographie est d'essence réactionnaire.

samedi 10 décembre 2016

Un samedi de décembre rudement épatant




Dehors



Dedans


Un petit coup de traduction pour une communauté de Geeks
qui a eu l'infortune de m'accepter comme membre



Un oeil sur Le monde interactif
et la mort des centre-villes de province


Soudain, il est l'heure de relire Lovecraft. 
Ou le fascicule #11 du Providence d'Alan Moore qui vient de sortir.


Ou pas.





lundi 5 décembre 2016

La gouvernance des ‘communs’ empêchera de privatiser l'humain

L’autre jour, j’ai envoyé 10 balles à Wikipedia. Ils ne me harcelaient pas au téléphone, ni par courrier, contrairement à d’autres ONG à qui j'ai le malheur d'envoyer des sous aussi et dont je tairai le nom et à qui j’ai bien envie de couper les vivres, surtout la sénégalaise d’Action contre la Faim qui était jolie même au téléphone, et en plus elle avait la voix de Laurence Ferroni, ce qui ne gâchait rien.
Y'avait juste eu un appel à dons sur la page d'accueil du site, rappelant qu'ils vivaient sans publicité.
Je me suis dit qu’il était temps de payer ma dette envers les "communs", ces espaces ni publics ni privés - bon Wiki c'est un peu privé, quand même, mais sans but lucratif - dont je fais un usage quotidien.
Et paf, trois jours après, un article dans Télérama, qui m'explique la portée de ce que je venais de faire.
J'étais sidéré.


Gaël Giraud, économiste : “La gouvernance des ‘communs’ empêchera de privatiser l'humain”

Comment préserver et gérer ce qui n'est ni public, ni privé, les ressources naturelles, ou culturelles ? Pour cet économiste, jésuite et repenti de Wall Street, il est temps de stopper le train fou d'un modèle économique qui détruit tout sur son passage. Une autre société est possible, articulée autour de ces “communs”.

Longtemps, l'horizon a semblé reculer au fur et à mesure que l'humanité avançait vers lui. Et puis, il y a une quarantaine d'années, il a brusquement cessé de fuir. Au loin, la ligne s'est assombrie, elle a même commencé à se briser. Les crises se sont accumulées sous nos yeux, jusqu'à boucher l'avenir. Pour Gaël Giraud, ex-consultant à Wall Street, jésuite, économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD), et l'un des esprits les plus lucides, et limpides, de notre époque, le moment est venu d'ouvrir une brèche dans ce paysage désolé. Cette voie nouvelle a un nom : la transition écologique. Elle n'est pas une option, mais une nécessité. Eh oui, il s'agit bien d'une révolution – technologique, politique, culturelle et même spirituelle. Le temps n'est plus aux tergiversations, prévient Gaël Giraud, mais aux décisions claires et tranchées. Pour bâtir une nouvelle société. Et rétablir la ligne d'horizon.

Quel diagnostic établissez-vous sur les maux de la société française ?

Depuis une quarantaine d'années, la société française n'a plus de projet politique. Or, aucune société ne peut vivre sans un grand récit qui rappelle à ceux qui la composent pourquoi ils vivent ensemble et quel monde ils souhaitent transmettre à leurs enfants. En 1945, le projet était clair : reconstruire la France en ruine. Mais, en 1970, il s'était plus ou moins réalisé. La France devient alors orpheline d'une vision, et l'utopie de mai 1968 reste inachevée. C'est dans ces années que germent les problèmes qui nous assaillent : raréfaction des ressources naturelles, augmentation des dettes privées et publiques, montée des inégalités, mise en place de marchés financiers dérégulés... Ces marchés étaient censés compenser la déréliction du modèle industriel après le pic de production pétrolière en 1970. La dérégulation de Wall Street et de la City a alors fourni un « ersatz » de prospérité à l'Occident, en recyclant les surplus commerciaux de la nouvelle usine du monde, la Chine... Mais au prix de bulles financières qui finissent toutes par éclater, avec les effets ravageurs que l'on sait sur le tissu industriel et social. Au final, c'est l'incapacité de la société française à faire face, par un projet novateur, à l'échec du programme implicite de la révolution industrielle – rendre heureux par une consommation « carbonée », c'est-à-dire liée au pétrole et au charbon – qui éreinte notre pays.

Le mal est profond ?

Oui. Il n'y a aucun motif de croire que nous pourrons retrouver de la croissance, comme par magie, avec le modèle actuel, compte tenu du renchérissement des ressources naturelles non renouvelables et de la déflation. La seule façon de renouer avec la prospérité, et de sortir de la dangereuse déprime politique que nous voyons grossir à chaque élection, c'est de changer de paradigme.

Comment ?

En avançant rapidement vers une économie post-carbone. Ce projet est créateur d'emplois et porteur de sens et de lien social, parce qu'il a une dimension politique, collective et positive. Bref, il ressuscite cette « envie de demain » fondamentale pour l'équilibre de toute société ; une envie plombée, aujourd'hui, par l'absence d'alternative.

Mais sortir du système carbone suffit-il à créer une nouvelle société ?

L'enjeu n'est pas seulement technique : on ne va pas se contenter de rénover thermiquement les bâtiments et de fabriquer des voitures à hydrogène – même si la technologie aura un rôle essentiel. Il est aussi politique : il appelle en effet à revisiter notre rapport à la propriété privée, une relation homme-choses dans laquelle nous sommes enfermés depuis... l'Empire romain ! Dans le droit romain revisité par les théologiens postérieurs à la réforme grégorienne du XIe siècle, ce rapport prenait trois formes : l'usus, ou droit d'usage, c'est-à-dire la possibilité d'utiliser quelque chose sans en être propriétaire ; le fructus, ou droit de vendre l'objet et d'en tirer un profit ; enfin l'abusus, le droit de détruire cet objet. La révolution en cours nous enseigne que ce qui compte est l'usus, l'abusus généralisé n'est pas soutenable. Une initiative comme le ­Vélib', adoptée partout, éclaire bien cette évolution : vous achetez le droit d'utiliser un vélo, pas le vélo. Pareil avec Airbnb, Blablacar et des milliers d'autres initiatives : le droit d'usage l'emporte sur la propriété. Ce qui crée de la valeur, c'est l'impact de votre contribution sur l'expérience vécue par l'ensemble de la communauté. Celle de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, par exemple, repose sur cette idée maîtresse : tout le monde peut contribuer (en suivant un certain nombre de règles, nous ne sommes pas dans un schéma de spontanéité débridée), et plus nous sommes nombreux à collaborer, plus l'ensemble prend de la valeur pour tous. Dans cette nouvelle société, la prospérité n'est plus le résultat d'une (sur)exploitation des ressources naturelles, mais de la gestion cohérente des apports créatifs de chacun vis-à-vis d'autrui, à travers les réseaux communautaires.

N'y a-t-il pas là le danger de transformer chacun d'entre nous en usager-consommateur submergé par l'envie de tirer un profit de toute son existence ?

C'est là qu'un autre mouvement de bascule radical doit se produire : la gouvernance des « communs », qui empêchera de privatiser l'être humain, d'en faire une marchandise intégrale. Cette gouvernance est au cœur de la mission de l'Agence française de développement (AFD), et devrait l'être de tous les programmes des démocrates progressistes. Qu'est-ce qu'un « commun » ? Une ressource naturelle – par exemple un système d'irrigation, un étang, le climat... Mais il peut aussi s'agir d'un commun culturel, comme les langues : personne ne peut les privatiser, et pourtant elles ne sont pas un bien public... Aucun bien, d'ailleurs, n'est par essence privé, public ou « commun » : son statut relève toujours d'une décision éminemment politique – que la communauté doit prendre collectivement, après avoir réfléchi à ce qui relève de l'usus, du fructus, ou d'un usage raisonné. Disons-le crûment, notre avenir dépendra de notre capacité à former ces futures communautés, capables de décider ce qu'il faut faire des ressources renouvelables : l'intelligence, l'énergie solaire...

Une telle révolution a-t-elle déjà eu lieu dans l'Histoire ?

Je ne crois pas, même si de grandes bascules ont déjà eu lieu. La distinction entre bien public et commun remonte à l'invention de l'agriculture, il y a un peu plus de dix mille ans. Avant cela, l'humanité était constituée de chasseurs-cueilleurs, tout le monde possédait au fond un « droit d'usage », personne n'était propriétaire de rien. Peu à peu apparaissent des biens agricoles communs (forêts, pâturages, fleuves...), des biens publics, avec la construction des premières grandes cités-Etats, en Mésopotamie, vers trois mille ans avant notre ère, et des biens privés, liés notamment à l'émergence de la monnaie et de la dette. Cela fait donc cinq mille ans que l'on fonctionne dans ce triangle commun-privé-public. Avec des hauts et des bas ! L'Empire romain a tenté d'absorber la totalité de la sphère sociale dans une sphère publique centralisée. Mais Rome échoue, notamment parce que les élites romaines ont négligé les ressources naturelles, ce qui devrait nous faire réfléchir ! Au Moyen Age, en revanche, apparaît un monde totalement décentralisé, marqué par d'innombrables petites communautés – les monastères en particulier –, où le commun prend une place prépondérante. Elles vont porter l'agriculture européenne jusqu'à l'éclosion des villes au XIIe siècle, puis du crédit bancaire en Italie. L'expérience des communs ne se fait pas sans quelques règles assez strictes !

Pouvez-vous donner un exemple de commun en péril aujourd'hui ?

Les poissons comestibles d'eau de mer : ils pourraient complètement disparaître des océans en 2040 ou 2050, si la pêche en eau profonde se poursuit sur le modèle actuel. Qui prend soin d'eux ? L'Etat-nation n'est pas un cadre de discussion suffisant pour assurer leur avenir, puisque chaque Etat a des intérêts divergents en la matière. Mais aucune institution internationale, comme l'ONU, ne parvient à s'entendre sur ce sujet crucial. Dans d'autres secteurs, comme la santé, on a mieux réussi. Lors de l'apparition des virus Ebola et H1N1, la communauté internationale a compris que la santé ne concernait pas seulement le paysan de Sierra Leone ou de Chine, mais qu'elle était un bien commun, et fragile. Du coup, la Banque mondiale a mis un milliard de dollars sur la table pour endiguer Ebola en Guinée. Avec son budget annuel de 6 milliards, ce pays n'aurait jamais pu s'y coller seul ! La France a contribué aussi, et la visite que j'ai faite des centres de traitement Ebola dans la forêt guinéenne m'a convaincu que la gouvernance des communs n'est pas une lubie de « bobos parisiens » : son horizon est immense, souvent mondial.

Comment changer de modèle sans mettre au pas la finance dérégulée ?

La finance dérégulée est à terme moribonde. Le FMI reconnaît que 40 % des banques de la zone euro ne sont plus solvables. Une chose, pourtant, retarde sa mise au pas : son pouvoir d'influence sur les politiques. Pourtant, cette influence est condamnée à décroître très vite, au même rythme, en fait, que l'aptitude de la sphère financière à entretenir l'illusion de prospérité. On voyait en elle un substitut à la croissance industrielle, on a eu à la place une déflation terrifiante – au Japon depuis vingt ans, en Europe depuis quelques années, et en germe aux Etats-Unis. Osons reconnaître que le rêve ­caressé par certains économistes – voir advenir une société post-industrielle tirée par la finance – s'effondre sous nos yeux ! Il va falloir trouver autre chose, et vite.

Pourquoi le schéma conceptuel « ancien » perdure-t-il malgré son inefficacité ?

C'est terrible, mais on devra peut-être en passer par davantage de souffrance chez les électeurs. Le vote pour Donald Trump signale qu'on approche du ras-le-bol : pour l'opinion publique américaine, c'est Hillary Clinton qui était l'alliée de Wall Street. Illusion totale, car Trump ne fera rien contre la finance de marché, pas plus que Marine Le Pen. Mais les classes populaires et moyennes ont voulu dire, brutalement, qu'elles ne voulaient plus de la reconduction tacite des politiques néolibérales, qui maintiennent 50 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté dans la première puissance économique du monde. Continuer sur le même modèle entraîne le désespoir des classes moyennes et populaires. Nous sommes sur la même trajectoire que celle des années 1930 : une déprime globale provoquée par la déflation, qui pousse les électeurs à élire des clowns pour les sortir du marasme. Qu'a fait le chancelier Brüning, juste après la crise de 1929, pour lutter contre la déflation qui sévissait en Allemagne ? Une politique d'austérité budgétaire... qui n'a fait qu'enfoncer la république de Weimar. Trois ans plus tard, Hitler accédait au pouvoir. La grande question est donc la suivante : allons-nous choisir la sortie de route antidémocratique, et céder aux démons qui nous engageront vers le pire ? Ou bien sortirons-nous de la crise par le haut – avec la transition écologique comme projet politique, articulée autour de la gouvernance des communs ?

A quelle échéance pourrions-nous le faire ?

Je serais bien incapable de vous le dire. Pour honorer sa promesse, le changement structurel de fond, qui a déjà démarré avec la révolution digitale, le logiciel libre, etc., doit s'accompagner d'une traduction politique ambitieuse et claire. Or, cette dernière tarde à naître. Les grands mouvements de l'Histoire fonctionnent comme la tectonique des plaques, avec des « continents » rigides – certaines institutions difficiles à faire bouger. Mais un jour le volcan explose. Une fenêtre de tir s'ouvre alors, souvent très brève, pendant laquelle beaucoup est possible : c'est la Révolution française, les journées de 1848, 1945, 1958, Mai 68... En quelques mois, on change de société. On découvre plus tard, bien sûr, que n'a été possible que ce qui a été préparé souterrainement pendant des années. En 1945, la mise en place de la Sécu et de l'Etat-providence à la française n'aurait pas pu se faire sans le travail réalisé par le Conseil national de la Résistance sous l'Occupation. C'est « en sous-marin », pendant la guerre, alors que l'avenir semblait totalement bouché, que des hommes et des femmes ont donc travaillé, dans l'ombre, à faire advenir la société de demain. Mutatis mutandis, toutes les initiatives qui émergent aujourd'hui dans la nouvelle économie collaborative, la permaculture à Loos-en-Gohelle, par exemple, sont la préfiguration de la nouvelle société qui, je l'espère, verra le jour. Quand ? Jean Moulin lui-même ne savait pas quand le monde qu'il appelait de ses vœux deviendrait réalité et, comme Moïse mort au bord de la Terre promise, il ne l'a jamais vu...

Ces initiatives dispersées suffiront-elles à transformer la donne, ou l'Etat doit-il jouer un rôle de « tisserand » ?

La société démocratique collaborative et participative est lancée. Mais la transformation des infrastructures, lors de la transition écologique, ne pourra pas se faire sur le modèle « bottom up » [du bas vers le haut, ndlr]. Elle exige un investissement fort des Etats, que le « New climate economy report » a chiffré à 90 000 milliards de dollars sur quinze ans, si l'on veut honorer l'engagement des deux degrés maximum d'augmentation des températures visés par la COP21. Cela équivaut à 6 à 8 % de PIB mondial chaque année. Ce n'est pas rien ! La partie sinistrée du secteur bancaire ne pourra certainement pas le financer ; la partie surendettée du secteur industriel privé non plus ; l'Etat doit donc intervenir.

La transition écologique créera-t-elle des emplois ?

Elle nécessite énormément de main-d'œuvre, pas forcément ultra qualifiée, mais possédant de solides compétences techniques. Prenez la rénovation thermique des bâtiments. On sait la faire et on sait combien elle coûtera – j'ai participé à l'étude complète du cadastre des bâtiments publics en France. Le goulet d'étranglement, ce n'est pas le financement, c'est la main-d'œuvre ! On manque d'ouvriers spécialisés. Il faut donc les former. Et l'on peut multiplier les exemples : la polyagriculture verte autour des centres urbains, avec des circuits courts à la clef, doit être promue rapidement. Elle emploiera beaucoup de monde. En Beauce, cinq agriculteurs suréquipés peuvent cultiver seuls des milliers d'hectares, mais une fois qu'on a compris que cette agriculture n'est plus durable, car trop dépendante des énergies fossiles, on sera peut-être prêt à basculer dans un modèle qui consomme moins de pétrole et plus de bras. Changement d'esprit radical : devenir employé de bureau n'est plus l'accomplissement ultime ! Il faut réarticuler les mondes rural et urbain, promouvoir une classe moyenne rurale heureuse de vivre dans son verger et capable d'y travailler tout en étant connectée au reste du monde. Rien d'utopique à cela. Nos imaginaires sont colonisés par l'ivresse du surmenage, mais cela peut changer.

Quelle importance donnez-vous à la question du sens – du sens à donner à sa vie – dans le changement de société ?

Cette transformation ne pourra se faire sans une redécouverte de son intériorité par le plus grand nombre, quelle que soit la tradition dans laquelle cette intériorité est ancrée. Comprendre que la création de valeur réside dans la mise en commun de nos ressources renouvelables (l'intelligence, l'eau, l'oxygène...) demande que l'on apprenne à se mettre à la place d'autrui, à comprendre ce dont il a besoin – sans pour autant changer sa propre place. Expérience spirituelle que la tradition chrétienne honore, mais dont elle n'a pas le monopole. Je suis frappé par le retour d'une exigence d'intériorité dans la jeune génération. Bien sûr, il y a toujours le risque d'un bricolage « spiritualo-gazeux ». Mais la capacité des jeunes à construire dans un même geste leur vie individuelle et collective est le principe même de l'économie participative. De bon augure – tout comme l'extraordinaire réception de l'encyclique Laudato Si de François, à droite comme à gauche, chez les athées comme les croyants. Elle souligne assez bien que le pape lui-même est impliqué et écouté sur ces questions d'environnement. Avec François, l'Eglise abandonne sa position de donneuse de leçons et partage sa propre expérience spirituelle dans le concert des nations et des autres traditions éthiques. Encore une preuve que, pour construire un monde en commun, nous avons tous notre rôle à jouer.
1970 Naissance à Paris.
1989 Intègre l'Ecole normale supérieure (Ulm) et l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE).
1995 Au Tchad, avec la Délégation catholique pour la coopération (DCC).
1997 Docteur en mathématiques appliquées.
2013 Ordonné prêtre. 
2015 Nommé économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD).

A voir :
« Communs et développement », conférence avec Gaël Giraud, les 1er et 2 décembre, La Chesnaie du Roy, Paris 12e,
A lire :
Illusion financière, de Gaël Giraud, éd. de l'Atelier, 256 p., 10 €.
Les Tisserands, d'Abdennour Bidar, éd. Les Liens qui libèrent, 192 p., 16 €.

La Contre société, de Roger Sue, éd. Les Liens qui libèrent, 192 p., 17 €.



Les liens qui libèrent m'évoquent irrésistiblement "comme dans les prières / qui emprisonnent et nous libèrent" de Bashung dans Madame rêve, lol.
Bon, il a une bonne tête de jésuite, et des propos qui ne le sont pas moins, ou alors c'est mon allergie papale.
Mais depuis Aristote, on sait que la gestion des ressources communes, et tout particulièrement des ressources naturelles, est une « tragédie », parce que si l’homme prend grand soin de ses biens propres, il a tendance à négliger, ou à gaspiller, les biens qui appartiennent à tous, pour parler poliment. Mais Aristote ignorait qu'on irait dans le mur à cette vitesse post-moderne. Sinon il aurait encore râlé.

dimanche 4 décembre 2016

Noam Chomsky prédit un avenir sombre à l’humanité

Pour Noël, on a le choix.
L’intégrale des fonds de tiroir de Pink Floyd de 1965 à 1972, en 11 CD et 4 DVD, ou un petit bouquet de prévisions catastrophistes de Chomsky.
Les petits Syriens, qui n’ont pas été très sages, n’auront rien, sinon des bombes dans leur cheminée, pour ceux qui ont encore la chance d'en avoir une.

Trump, guerre nucléaire et anthropocène : Noam Chomsky prédit un avenir sombre à l’humanité

De passage en France mercredi 30 novembre, le célèbre linguiste et intellectuel Noam Chomsky a livré son analyse sur l’état du monde, au lendemain de l’élection de Donald Trump.

“Nous avons toutes les raisons de penser que le 8 novembre 2016 marque la fin du monde tel que nous le connaissons. Mais pas pour les raisons auxquelles on pourrait croire… “. Moins d’un mois après l’élection de Donald Trump, le linguiste américain Noam Chomsky, connu pour ses positions très à gauche, a dressé un tableau noir de l’époque contemporaine. L’événement devait avoir lieu initialement à l’Assemblée nationale ce mercredi 30 novembre. Il a été décommandé à la dernière minute et s’est finalement tenu au Centre Wallonie-Bruxelles. Devant un parterre de fans conquis, Chomsky a reçu la médaille d’or de la Société internationale de philologie. Pendant près de deux heures, il a détaillé les menaces qui pèsent, selon lui, sur la survie de l’humanité. 
“La fin du monde tel qu’on le connaît”
Le linguiste, connu pour sa critique des médias, est longuement revenu sur la journée du 8 novembre 2016. Alors que le monde entier avait les yeux rivés sur les États-Unis et l’élection de Donald Trump se déroulait à Marrakech un événement “bien plus significatif” à ses yeux : la COP22, chargée de mettre en place l’accord de Paris sur le climat. Ce même jour, rappelle-t-il, l’ONU a publié une étude indiquant que les cinq dernières années étaient les plus chaudes jamais enregistrées. Mais “à cause de l’élection américaine, la question dominante a été de savoir si Donald Trump allait retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris et si cet accord pouvait survivre à un tel revers.” Quelques jours plus tard, le “Spiegel” publiait une Une sur Donald Trump avec la légende “la fin du monde tel qu’on le connaît”. Paraphrasant le magazine allemand, Noam Chomsky s’est attardé sur ce qui constitue, à ses yeux, le réel danger qui pèse sur l’espèce humaine.

"J'ai l'air dubitatif, mais en vérité je crois bien 
qu'on va l'avoir dans le baigneur."

Nucléaire et réchauffement climatique

6 août 1945. Trois mois après la capitulation de l’Allemagne, l’armée américaine lâche la première bombe atomique de l’histoire sur la ville japonaise d’Hiroshima. Pour Noam Chomsky, l’événement marque “l’entrée de l’humanité dans une nouvelle ère : l’âge nucléaire”. L’énergie atomique est désormais l’une des plus importantes menaces à la survie de l’espèce humaine. Or, cette menace “escalade de plus en plus, diagnostique Noam Chomsky, citant notamment la montée des tensions avec la Russie. Actuellement, nous vivons dans l’une des périodes les plus dangereuses de l’ère nucléaire.” D’autant que l’incertitude règne sur la politique étrangère du président américain nouvellement élu. L’accord sur le nucléaire iranien, conclu par Obama, pourrait voler en éclats.
Mais ce n’est pas tout. Pour Noam Chomsky, la fin de la Seconde guerre mondiale marque aussi l’entrée dans l’ère de l’anthropocène, deuxième menace pour la survie de l’espère humaine. Phénomène désormais largement analysé par les scientifiques, l’anthropocène désigne l’impact irréversible des activités humaines sur l’écosystème terrestre. Soulignant le “déni total” du parti Républicain américain sur ces questions environnementales, Noam Chomsky a qualifié de “désastre probable” la future politique américaine.

La convergence des deux plus grosses menaces pour l’humanité


Ces deux sources de dangers pour l’humanité, anciennes, arrivent maintenant à leur point de rencontre, selon l’intellectuel : “Par exemple, l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, vont probablement bientôt faire face à d’importantes pénuries d’eau. Sachant que les deux pays sont déjà proches du conflit, le manque d’eau pourrait être l’élément déclencheur. Et tout cela pourrait rapidement se transformer en guerre nucléaire, avec des conséquences désastreuses pour la région ou pire, si l’arme nucléaire est utilisée à grande échelle”. Noam Chosmky, fustigeant le silence médiatique et politique sur ces enjeux, se montre peu optimiste.“Ce sont des soucis urgents, auxquels nous devons nous attaquer frontalement et traiter rapidement, si nous voulons espérer un futur décent”, a-t-il conclu, sous les applaudissements de la salle.

"La fin du monde (tel que nous le connaissons)"
(flyer de Madame Soleil de la semaine dernière)



Source : Les Inrocks

mardi 29 novembre 2016

Police partout, Justice nulle part

Quand j’avais 17 ans, je suis allé acheter le vinyle du deuxième album de Police (Regatta de Blanc) au Mammouth de Palavas en vélo, tellement j’en pouvais plus d’attendre sa sortie impatiemment. 22 km aller-retour.
Je me rappelle qu’à la première écoute, le disque me sembla chouette, bien que beaucoup plus élaboré que le premier (Outlandos d’Amour), mais je me rappelle surtout du plaisir de rentrer du Mammouth en vélo avec la précieuse promesse de bonheur musical sous le blouson, en essayant de ne pas l’abimer.
Un vinyle de 30 cm de côté, c’est pas facile, sous un blouson.
Voilà pourquoi la fermeture de What.cd ne m’attriste pas particulièrement, bien que je fus ébaubi d’y être introduit.
Pas plus que je ne pleure celle de Zone Téléchargement.
Le fleuve boueux du mainstream s'y déversait, d'affreux pop-ups y surgissaient, mais de temps en temps on pouvait y attraper un feuilleton ou un film pas trop naze, largement avant tout le monde.
Je vais pouvoir retourner au Mammouth de Palavas en vélo, histoire de retrouver un peu d’émerveillement.
Parce que finalement, si le meilleur moment dans l'amour c'est quand on monte l'escalier, le meilleur moment dans le téléchargement, c’est quand on downloade.

"Quand tu aimes la musique sans la payer, c'est comme si tu allais aux putes, tu t'amuses bien, et au moment de payer tu t'enfuis en sautillant, le pantalons sur les chevilles, parce que les macs c'est vraiment des connards." 

J'avais lu ça sur le forum du cafard cosmique, et ça m'avait bien plu.
Ce genre de remarque promise à l'oubli, car les forums, ça vit et ça meurt, j'aime à les colporter, pour les aider à acquérir la part d'immortalité qu'elles méritent.

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