lundi 5 décembre 2016

La gouvernance des ‘communs’ empêchera de privatiser l'humain

L’autre jour, j’ai envoyé 10 balles à Wikipedia. Ils ne me harcelaient pas au téléphone, ni par courrier, contrairement à d’autres ONG à qui j'ai le malheur d'envoyer des sous aussi et dont je tairai le nom et à qui j’ai bien envie de couper les vivres, surtout la sénégalaise d’Action contre la Faim qui était jolie même au téléphone, et en plus elle avait la voix de Laurence Ferroni, ce qui ne gâchait rien.
Y'avait juste eu un appel à dons sur la page d'accueil du site, rappelant qu'ils vivaient sans publicité.
Je me suis dit qu’il était temps de payer ma dette envers les "communs", ces espaces ni publics ni privés - bon Wiki c'est un peu privé, quand même, mais sans but lucratif - dont je fais un usage quotidien.
Et paf, trois jours après, un article dans Télérama, qui m'explique la portée de ce que je venais de faire.
J'étais sidéré.


Gaël Giraud, économiste : “La gouvernance des ‘communs’ empêchera de privatiser l'humain”

Comment préserver et gérer ce qui n'est ni public, ni privé, les ressources naturelles, ou culturelles ? Pour cet économiste, jésuite et repenti de Wall Street, il est temps de stopper le train fou d'un modèle économique qui détruit tout sur son passage. Une autre société est possible, articulée autour de ces “communs”.

Longtemps, l'horizon a semblé reculer au fur et à mesure que l'humanité avançait vers lui. Et puis, il y a une quarantaine d'années, il a brusquement cessé de fuir. Au loin, la ligne s'est assombrie, elle a même commencé à se briser. Les crises se sont accumulées sous nos yeux, jusqu'à boucher l'avenir. Pour Gaël Giraud, ex-consultant à Wall Street, jésuite, économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD), et l'un des esprits les plus lucides, et limpides, de notre époque, le moment est venu d'ouvrir une brèche dans ce paysage désolé. Cette voie nouvelle a un nom : la transition écologique. Elle n'est pas une option, mais une nécessité. Eh oui, il s'agit bien d'une révolution – technologique, politique, culturelle et même spirituelle. Le temps n'est plus aux tergiversations, prévient Gaël Giraud, mais aux décisions claires et tranchées. Pour bâtir une nouvelle société. Et rétablir la ligne d'horizon.

Quel diagnostic établissez-vous sur les maux de la société française ?

Depuis une quarantaine d'années, la société française n'a plus de projet politique. Or, aucune société ne peut vivre sans un grand récit qui rappelle à ceux qui la composent pourquoi ils vivent ensemble et quel monde ils souhaitent transmettre à leurs enfants. En 1945, le projet était clair : reconstruire la France en ruine. Mais, en 1970, il s'était plus ou moins réalisé. La France devient alors orpheline d'une vision, et l'utopie de mai 1968 reste inachevée. C'est dans ces années que germent les problèmes qui nous assaillent : raréfaction des ressources naturelles, augmentation des dettes privées et publiques, montée des inégalités, mise en place de marchés financiers dérégulés... Ces marchés étaient censés compenser la déréliction du modèle industriel après le pic de production pétrolière en 1970. La dérégulation de Wall Street et de la City a alors fourni un « ersatz » de prospérité à l'Occident, en recyclant les surplus commerciaux de la nouvelle usine du monde, la Chine... Mais au prix de bulles financières qui finissent toutes par éclater, avec les effets ravageurs que l'on sait sur le tissu industriel et social. Au final, c'est l'incapacité de la société française à faire face, par un projet novateur, à l'échec du programme implicite de la révolution industrielle – rendre heureux par une consommation « carbonée », c'est-à-dire liée au pétrole et au charbon – qui éreinte notre pays.

Le mal est profond ?

Oui. Il n'y a aucun motif de croire que nous pourrons retrouver de la croissance, comme par magie, avec le modèle actuel, compte tenu du renchérissement des ressources naturelles non renouvelables et de la déflation. La seule façon de renouer avec la prospérité, et de sortir de la dangereuse déprime politique que nous voyons grossir à chaque élection, c'est de changer de paradigme.

Comment ?

En avançant rapidement vers une économie post-carbone. Ce projet est créateur d'emplois et porteur de sens et de lien social, parce qu'il a une dimension politique, collective et positive. Bref, il ressuscite cette « envie de demain » fondamentale pour l'équilibre de toute société ; une envie plombée, aujourd'hui, par l'absence d'alternative.

Mais sortir du système carbone suffit-il à créer une nouvelle société ?

L'enjeu n'est pas seulement technique : on ne va pas se contenter de rénover thermiquement les bâtiments et de fabriquer des voitures à hydrogène – même si la technologie aura un rôle essentiel. Il est aussi politique : il appelle en effet à revisiter notre rapport à la propriété privée, une relation homme-choses dans laquelle nous sommes enfermés depuis... l'Empire romain ! Dans le droit romain revisité par les théologiens postérieurs à la réforme grégorienne du XIe siècle, ce rapport prenait trois formes : l'usus, ou droit d'usage, c'est-à-dire la possibilité d'utiliser quelque chose sans en être propriétaire ; le fructus, ou droit de vendre l'objet et d'en tirer un profit ; enfin l'abusus, le droit de détruire cet objet. La révolution en cours nous enseigne que ce qui compte est l'usus, l'abusus généralisé n'est pas soutenable. Une initiative comme le ­Vélib', adoptée partout, éclaire bien cette évolution : vous achetez le droit d'utiliser un vélo, pas le vélo. Pareil avec Airbnb, Blablacar et des milliers d'autres initiatives : le droit d'usage l'emporte sur la propriété. Ce qui crée de la valeur, c'est l'impact de votre contribution sur l'expérience vécue par l'ensemble de la communauté. Celle de l'encyclopédie en ligne Wikipédia, par exemple, repose sur cette idée maîtresse : tout le monde peut contribuer (en suivant un certain nombre de règles, nous ne sommes pas dans un schéma de spontanéité débridée), et plus nous sommes nombreux à collaborer, plus l'ensemble prend de la valeur pour tous. Dans cette nouvelle société, la prospérité n'est plus le résultat d'une (sur)exploitation des ressources naturelles, mais de la gestion cohérente des apports créatifs de chacun vis-à-vis d'autrui, à travers les réseaux communautaires.

N'y a-t-il pas là le danger de transformer chacun d'entre nous en usager-consommateur submergé par l'envie de tirer un profit de toute son existence ?

C'est là qu'un autre mouvement de bascule radical doit se produire : la gouvernance des « communs », qui empêchera de privatiser l'être humain, d'en faire une marchandise intégrale. Cette gouvernance est au cœur de la mission de l'Agence française de développement (AFD), et devrait l'être de tous les programmes des démocrates progressistes. Qu'est-ce qu'un « commun » ? Une ressource naturelle – par exemple un système d'irrigation, un étang, le climat... Mais il peut aussi s'agir d'un commun culturel, comme les langues : personne ne peut les privatiser, et pourtant elles ne sont pas un bien public... Aucun bien, d'ailleurs, n'est par essence privé, public ou « commun » : son statut relève toujours d'une décision éminemment politique – que la communauté doit prendre collectivement, après avoir réfléchi à ce qui relève de l'usus, du fructus, ou d'un usage raisonné. Disons-le crûment, notre avenir dépendra de notre capacité à former ces futures communautés, capables de décider ce qu'il faut faire des ressources renouvelables : l'intelligence, l'énergie solaire...

Une telle révolution a-t-elle déjà eu lieu dans l'Histoire ?

Je ne crois pas, même si de grandes bascules ont déjà eu lieu. La distinction entre bien public et commun remonte à l'invention de l'agriculture, il y a un peu plus de dix mille ans. Avant cela, l'humanité était constituée de chasseurs-cueilleurs, tout le monde possédait au fond un « droit d'usage », personne n'était propriétaire de rien. Peu à peu apparaissent des biens agricoles communs (forêts, pâturages, fleuves...), des biens publics, avec la construction des premières grandes cités-Etats, en Mésopotamie, vers trois mille ans avant notre ère, et des biens privés, liés notamment à l'émergence de la monnaie et de la dette. Cela fait donc cinq mille ans que l'on fonctionne dans ce triangle commun-privé-public. Avec des hauts et des bas ! L'Empire romain a tenté d'absorber la totalité de la sphère sociale dans une sphère publique centralisée. Mais Rome échoue, notamment parce que les élites romaines ont négligé les ressources naturelles, ce qui devrait nous faire réfléchir ! Au Moyen Age, en revanche, apparaît un monde totalement décentralisé, marqué par d'innombrables petites communautés – les monastères en particulier –, où le commun prend une place prépondérante. Elles vont porter l'agriculture européenne jusqu'à l'éclosion des villes au XIIe siècle, puis du crédit bancaire en Italie. L'expérience des communs ne se fait pas sans quelques règles assez strictes !

Pouvez-vous donner un exemple de commun en péril aujourd'hui ?

Les poissons comestibles d'eau de mer : ils pourraient complètement disparaître des océans en 2040 ou 2050, si la pêche en eau profonde se poursuit sur le modèle actuel. Qui prend soin d'eux ? L'Etat-nation n'est pas un cadre de discussion suffisant pour assurer leur avenir, puisque chaque Etat a des intérêts divergents en la matière. Mais aucune institution internationale, comme l'ONU, ne parvient à s'entendre sur ce sujet crucial. Dans d'autres secteurs, comme la santé, on a mieux réussi. Lors de l'apparition des virus Ebola et H1N1, la communauté internationale a compris que la santé ne concernait pas seulement le paysan de Sierra Leone ou de Chine, mais qu'elle était un bien commun, et fragile. Du coup, la Banque mondiale a mis un milliard de dollars sur la table pour endiguer Ebola en Guinée. Avec son budget annuel de 6 milliards, ce pays n'aurait jamais pu s'y coller seul ! La France a contribué aussi, et la visite que j'ai faite des centres de traitement Ebola dans la forêt guinéenne m'a convaincu que la gouvernance des communs n'est pas une lubie de « bobos parisiens » : son horizon est immense, souvent mondial.

Comment changer de modèle sans mettre au pas la finance dérégulée ?

La finance dérégulée est à terme moribonde. Le FMI reconnaît que 40 % des banques de la zone euro ne sont plus solvables. Une chose, pourtant, retarde sa mise au pas : son pouvoir d'influence sur les politiques. Pourtant, cette influence est condamnée à décroître très vite, au même rythme, en fait, que l'aptitude de la sphère financière à entretenir l'illusion de prospérité. On voyait en elle un substitut à la croissance industrielle, on a eu à la place une déflation terrifiante – au Japon depuis vingt ans, en Europe depuis quelques années, et en germe aux Etats-Unis. Osons reconnaître que le rêve ­caressé par certains économistes – voir advenir une société post-industrielle tirée par la finance – s'effondre sous nos yeux ! Il va falloir trouver autre chose, et vite.

Pourquoi le schéma conceptuel « ancien » perdure-t-il malgré son inefficacité ?

C'est terrible, mais on devra peut-être en passer par davantage de souffrance chez les électeurs. Le vote pour Donald Trump signale qu'on approche du ras-le-bol : pour l'opinion publique américaine, c'est Hillary Clinton qui était l'alliée de Wall Street. Illusion totale, car Trump ne fera rien contre la finance de marché, pas plus que Marine Le Pen. Mais les classes populaires et moyennes ont voulu dire, brutalement, qu'elles ne voulaient plus de la reconduction tacite des politiques néolibérales, qui maintiennent 50 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté dans la première puissance économique du monde. Continuer sur le même modèle entraîne le désespoir des classes moyennes et populaires. Nous sommes sur la même trajectoire que celle des années 1930 : une déprime globale provoquée par la déflation, qui pousse les électeurs à élire des clowns pour les sortir du marasme. Qu'a fait le chancelier Brüning, juste après la crise de 1929, pour lutter contre la déflation qui sévissait en Allemagne ? Une politique d'austérité budgétaire... qui n'a fait qu'enfoncer la république de Weimar. Trois ans plus tard, Hitler accédait au pouvoir. La grande question est donc la suivante : allons-nous choisir la sortie de route antidémocratique, et céder aux démons qui nous engageront vers le pire ? Ou bien sortirons-nous de la crise par le haut – avec la transition écologique comme projet politique, articulée autour de la gouvernance des communs ?

A quelle échéance pourrions-nous le faire ?

Je serais bien incapable de vous le dire. Pour honorer sa promesse, le changement structurel de fond, qui a déjà démarré avec la révolution digitale, le logiciel libre, etc., doit s'accompagner d'une traduction politique ambitieuse et claire. Or, cette dernière tarde à naître. Les grands mouvements de l'Histoire fonctionnent comme la tectonique des plaques, avec des « continents » rigides – certaines institutions difficiles à faire bouger. Mais un jour le volcan explose. Une fenêtre de tir s'ouvre alors, souvent très brève, pendant laquelle beaucoup est possible : c'est la Révolution française, les journées de 1848, 1945, 1958, Mai 68... En quelques mois, on change de société. On découvre plus tard, bien sûr, que n'a été possible que ce qui a été préparé souterrainement pendant des années. En 1945, la mise en place de la Sécu et de l'Etat-providence à la française n'aurait pas pu se faire sans le travail réalisé par le Conseil national de la Résistance sous l'Occupation. C'est « en sous-marin », pendant la guerre, alors que l'avenir semblait totalement bouché, que des hommes et des femmes ont donc travaillé, dans l'ombre, à faire advenir la société de demain. Mutatis mutandis, toutes les initiatives qui émergent aujourd'hui dans la nouvelle économie collaborative, la permaculture à Loos-en-Gohelle, par exemple, sont la préfiguration de la nouvelle société qui, je l'espère, verra le jour. Quand ? Jean Moulin lui-même ne savait pas quand le monde qu'il appelait de ses vœux deviendrait réalité et, comme Moïse mort au bord de la Terre promise, il ne l'a jamais vu...

Ces initiatives dispersées suffiront-elles à transformer la donne, ou l'Etat doit-il jouer un rôle de « tisserand » ?

La société démocratique collaborative et participative est lancée. Mais la transformation des infrastructures, lors de la transition écologique, ne pourra pas se faire sur le modèle « bottom up » [du bas vers le haut, ndlr]. Elle exige un investissement fort des Etats, que le « New climate economy report » a chiffré à 90 000 milliards de dollars sur quinze ans, si l'on veut honorer l'engagement des deux degrés maximum d'augmentation des températures visés par la COP21. Cela équivaut à 6 à 8 % de PIB mondial chaque année. Ce n'est pas rien ! La partie sinistrée du secteur bancaire ne pourra certainement pas le financer ; la partie surendettée du secteur industriel privé non plus ; l'Etat doit donc intervenir.

La transition écologique créera-t-elle des emplois ?

Elle nécessite énormément de main-d'œuvre, pas forcément ultra qualifiée, mais possédant de solides compétences techniques. Prenez la rénovation thermique des bâtiments. On sait la faire et on sait combien elle coûtera – j'ai participé à l'étude complète du cadastre des bâtiments publics en France. Le goulet d'étranglement, ce n'est pas le financement, c'est la main-d'œuvre ! On manque d'ouvriers spécialisés. Il faut donc les former. Et l'on peut multiplier les exemples : la polyagriculture verte autour des centres urbains, avec des circuits courts à la clef, doit être promue rapidement. Elle emploiera beaucoup de monde. En Beauce, cinq agriculteurs suréquipés peuvent cultiver seuls des milliers d'hectares, mais une fois qu'on a compris que cette agriculture n'est plus durable, car trop dépendante des énergies fossiles, on sera peut-être prêt à basculer dans un modèle qui consomme moins de pétrole et plus de bras. Changement d'esprit radical : devenir employé de bureau n'est plus l'accomplissement ultime ! Il faut réarticuler les mondes rural et urbain, promouvoir une classe moyenne rurale heureuse de vivre dans son verger et capable d'y travailler tout en étant connectée au reste du monde. Rien d'utopique à cela. Nos imaginaires sont colonisés par l'ivresse du surmenage, mais cela peut changer.

Quelle importance donnez-vous à la question du sens – du sens à donner à sa vie – dans le changement de société ?

Cette transformation ne pourra se faire sans une redécouverte de son intériorité par le plus grand nombre, quelle que soit la tradition dans laquelle cette intériorité est ancrée. Comprendre que la création de valeur réside dans la mise en commun de nos ressources renouvelables (l'intelligence, l'eau, l'oxygène...) demande que l'on apprenne à se mettre à la place d'autrui, à comprendre ce dont il a besoin – sans pour autant changer sa propre place. Expérience spirituelle que la tradition chrétienne honore, mais dont elle n'a pas le monopole. Je suis frappé par le retour d'une exigence d'intériorité dans la jeune génération. Bien sûr, il y a toujours le risque d'un bricolage « spiritualo-gazeux ». Mais la capacité des jeunes à construire dans un même geste leur vie individuelle et collective est le principe même de l'économie participative. De bon augure – tout comme l'extraordinaire réception de l'encyclique Laudato Si de François, à droite comme à gauche, chez les athées comme les croyants. Elle souligne assez bien que le pape lui-même est impliqué et écouté sur ces questions d'environnement. Avec François, l'Eglise abandonne sa position de donneuse de leçons et partage sa propre expérience spirituelle dans le concert des nations et des autres traditions éthiques. Encore une preuve que, pour construire un monde en commun, nous avons tous notre rôle à jouer.
1970 Naissance à Paris.
1989 Intègre l'Ecole normale supérieure (Ulm) et l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique (ENSAE).
1995 Au Tchad, avec la Délégation catholique pour la coopération (DCC).
1997 Docteur en mathématiques appliquées.
2013 Ordonné prêtre. 
2015 Nommé économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD).

A voir :
« Communs et développement », conférence avec Gaël Giraud, les 1er et 2 décembre, La Chesnaie du Roy, Paris 12e,
A lire :
Illusion financière, de Gaël Giraud, éd. de l'Atelier, 256 p., 10 €.
Les Tisserands, d'Abdennour Bidar, éd. Les Liens qui libèrent, 192 p., 16 €.

La Contre société, de Roger Sue, éd. Les Liens qui libèrent, 192 p., 17 €.



Les liens qui libèrent m'évoquent irrésistiblement "comme dans les prières / qui emprisonnent et nous libèrent" de Bashung dans Madame rêve, lol.
Bon, il a une bonne tête de jésuite, et des propos qui ne le sont pas moins, ou alors c'est mon allergie papale.
Mais depuis Aristote, on sait que la gestion des ressources communes, et tout particulièrement des ressources naturelles, est une « tragédie », parce que si l’homme prend grand soin de ses biens propres, il a tendance à négliger, ou à gaspiller, les biens qui appartiennent à tous, pour parler poliment. Mais Aristote ignorait qu'on irait dans le mur à cette vitesse post-moderne. Sinon il aurait encore râlé.

dimanche 4 décembre 2016

Noam Chomsky prédit un avenir sombre à l’humanité

Pour Noël, on a le choix.
L’intégrale des fonds de tiroir de Pink Floyd de 1965 à 1972, en 11 CD et 4 DVD, ou un petit bouquet de prévisions catastrophistes de Chomsky.
Les petits Syriens, qui n’ont pas été très sages, n’auront rien, sinon des bombes dans leur cheminée, pour ceux qui ont encore la chance d'en avoir une.

Trump, guerre nucléaire et anthropocène : Noam Chomsky prédit un avenir sombre à l’humanité

De passage en France mercredi 30 novembre, le célèbre linguiste et intellectuel Noam Chomsky a livré son analyse sur l’état du monde, au lendemain de l’élection de Donald Trump.

“Nous avons toutes les raisons de penser que le 8 novembre 2016 marque la fin du monde tel que nous le connaissons. Mais pas pour les raisons auxquelles on pourrait croire… “. Moins d’un mois après l’élection de Donald Trump, le linguiste américain Noam Chomsky, connu pour ses positions très à gauche, a dressé un tableau noir de l’époque contemporaine. L’événement devait avoir lieu initialement à l’Assemblée nationale ce mercredi 30 novembre. Il a été décommandé à la dernière minute et s’est finalement tenu au Centre Wallonie-Bruxelles. Devant un parterre de fans conquis, Chomsky a reçu la médaille d’or de la Société internationale de philologie. Pendant près de deux heures, il a détaillé les menaces qui pèsent, selon lui, sur la survie de l’humanité. 
“La fin du monde tel qu’on le connaît”
Le linguiste, connu pour sa critique des médias, est longuement revenu sur la journée du 8 novembre 2016. Alors que le monde entier avait les yeux rivés sur les États-Unis et l’élection de Donald Trump se déroulait à Marrakech un événement “bien plus significatif” à ses yeux : la COP22, chargée de mettre en place l’accord de Paris sur le climat. Ce même jour, rappelle-t-il, l’ONU a publié une étude indiquant que les cinq dernières années étaient les plus chaudes jamais enregistrées. Mais “à cause de l’élection américaine, la question dominante a été de savoir si Donald Trump allait retirer les Etats-Unis de l’accord de Paris et si cet accord pouvait survivre à un tel revers.” Quelques jours plus tard, le “Spiegel” publiait une Une sur Donald Trump avec la légende “la fin du monde tel qu’on le connaît”. Paraphrasant le magazine allemand, Noam Chomsky s’est attardé sur ce qui constitue, à ses yeux, le réel danger qui pèse sur l’espèce humaine.

"J'ai l'air dubitatif, mais en vérité je crois bien 
qu'on va l'avoir dans le baigneur."

Nucléaire et réchauffement climatique

6 août 1945. Trois mois après la capitulation de l’Allemagne, l’armée américaine lâche la première bombe atomique de l’histoire sur la ville japonaise d’Hiroshima. Pour Noam Chomsky, l’événement marque “l’entrée de l’humanité dans une nouvelle ère : l’âge nucléaire”. L’énergie atomique est désormais l’une des plus importantes menaces à la survie de l’espèce humaine. Or, cette menace “escalade de plus en plus, diagnostique Noam Chomsky, citant notamment la montée des tensions avec la Russie. Actuellement, nous vivons dans l’une des périodes les plus dangereuses de l’ère nucléaire.” D’autant que l’incertitude règne sur la politique étrangère du président américain nouvellement élu. L’accord sur le nucléaire iranien, conclu par Obama, pourrait voler en éclats.
Mais ce n’est pas tout. Pour Noam Chomsky, la fin de la Seconde guerre mondiale marque aussi l’entrée dans l’ère de l’anthropocène, deuxième menace pour la survie de l’espère humaine. Phénomène désormais largement analysé par les scientifiques, l’anthropocène désigne l’impact irréversible des activités humaines sur l’écosystème terrestre. Soulignant le “déni total” du parti Républicain américain sur ces questions environnementales, Noam Chomsky a qualifié de “désastre probable” la future politique américaine.

La convergence des deux plus grosses menaces pour l’humanité


Ces deux sources de dangers pour l’humanité, anciennes, arrivent maintenant à leur point de rencontre, selon l’intellectuel : “Par exemple, l’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, vont probablement bientôt faire face à d’importantes pénuries d’eau. Sachant que les deux pays sont déjà proches du conflit, le manque d’eau pourrait être l’élément déclencheur. Et tout cela pourrait rapidement se transformer en guerre nucléaire, avec des conséquences désastreuses pour la région ou pire, si l’arme nucléaire est utilisée à grande échelle”. Noam Chosmky, fustigeant le silence médiatique et politique sur ces enjeux, se montre peu optimiste.“Ce sont des soucis urgents, auxquels nous devons nous attaquer frontalement et traiter rapidement, si nous voulons espérer un futur décent”, a-t-il conclu, sous les applaudissements de la salle.

"La fin du monde (tel que nous le connaissons)"
(flyer de Madame Soleil de la semaine dernière)



Source : Les Inrocks

mardi 29 novembre 2016

Police partout, Justice nulle part

Quand j’avais 17 ans, je suis allé acheter le vinyle du deuxième album de Police (Regatta de Blanc) au Mammouth de Palavas en vélo, tellement j’en pouvais plus d’attendre sa sortie impatiemment. 22 km aller-retour.
Je me rappelle qu’à la première écoute, le disque me sembla chouette, bien que beaucoup plus élaboré que le premier (Outlandos d’Amour), mais je me rappelle surtout du plaisir de rentrer du Mammouth en vélo avec la précieuse promesse de bonheur musical sous le blouson, en essayant de ne pas l’abimer.
Un vinyle de 30 cm de côté, c’est pas facile, sous un blouson.
Voilà pourquoi la fermeture de What.cd ne m’attriste pas particulièrement, bien que je fus ébaubi d’y être introduit.
Pas plus que je ne pleure celle de Zone Téléchargement.
Le fleuve boueux du mainstream s'y déversait, d'affreux pop-ups y surgissaient, mais de temps en temps on pouvait y attraper un feuilleton ou un film pas trop naze, largement avant tout le monde.
Je vais pouvoir retourner au Mammouth de Palavas en vélo, histoire de retrouver un peu d’émerveillement.
Parce que finalement, si le meilleur moment dans l'amour c'est quand on monte l'escalier, le meilleur moment dans le téléchargement, c’est quand on downloade.

"Quand tu aimes la musique sans la payer, c'est comme si tu allais aux putes, tu t'amuses bien, et au moment de payer tu t'enfuis en sautillant, le pantalons sur les chevilles, parce que les macs c'est vraiment des connards." 

J'avais lu ça sur le forum du cafard cosmique, et ça m'avait bien plu.
Ce genre de remarque promise à l'oubli, car les forums, ça vit et ça meurt, j'aime à les colporter, pour les aider à acquérir la part d'immortalité qu'elles méritent.

[Edit]

samedi 19 novembre 2016

Les Americons (2)

Encore un article emprunté à Télérama de la semaine. Désolé, je n'ai pas le temps de lire autre chose en ce moment, à part l'Exégèse de Philippe Kaduck. Ce que je voulais dire avec mon titre à la con sur les Américons, c'est qu'ils ne sont pas si cons que ça : ils ne font qu'apporter une réponse pounque au mépris des élites qui les gouvernent.

Chris Hedges : “Tant que l'idéologie néolibérale dominera, le populisme va progresser”

Oubli du peuple, casse du système social, politique sécuritaire... Le journaliste et militant explique comment les mandats de Bill Clinton et Barack Obama ont largement favorisé l'élection de Donald Trump.


On pourra toujours gloser sur le triomphe de Donald Trump et se demander comment Hillary Clinton a pu laisser échapper une victoire que tout le monde disait acquise... Ou bien on pourra lire les travaux de ceux qui depuis cinq, voire dix ans, annoncent le désastre. Sans boule de cristal : en écoutant cette Amérique profonde que les élites progressistes ont « oubliée » depuis trente ans. En laissant le vaisseau dériver tranquillement vers une idéologie — le néolibéralisme — destructrice d'emplois et de relations sociales. Chris Hedges est de ces observateurs lucides. Correspondant de guerre pour le New York Timespendant quinze ans, honoré par un prix Pulitzer, il s'est tourné depuis 2008 vers l'analyse de la situation politique et sociale américaine et le militantisme, notamment auprès du candidat écologiste Ralph Nader. Après La Mort de l'élite progressiste,en 2012, il publie aujourd'hui La guerre est une force qui nous octroie du sens et... L'Age des démagogues.

Comment un pays qui a voté deux fois pour le premier Président noir de l'histoire des Etats-Unis a-t-il pu élire le candidat le plus raciste, sexiste et violent des élections américaines modernes ?

En 2008, juste après le crash financier, Barack Obama était perçu comme un outsider dans la vie politique américaine. Il avait passé seulement trois ans au Sénat, et les électeurs lui ont donné un mandat pour réaliser les promesses qu'il avait formulées pendant sa campagne, en particulier renégocier, ou en tout cas atténuer les accords commerciaux de libre-échange signés par les Etats-Unis en 2004. Après son élection, cette promesse s'est malheureusement volatilisée. Et l'on peut dire aujourd'hui que, sur le plan économique, Obama a passé la plus grande partie de sa présidence à défendre les intérêts des pouvoirs financiers qui ont brutalisé la société américaine depuis Bill Clinton. Huit années dilapidées par les élites démocrates ! Les victimes du système ne leur ont pas pardonné la malhonnêteté d'un parti qui, dans le même temps, courtisait les classes populaires. Elles ont rejoint Trump par colère et frustration.

Une colère légitime, donc ?

Si vous n'avez pas traversé les Etats-Unis ces dernières années, vous ne pouvez pas vous faire une idée précise de l'état de délabrement de notre pays. Les villes des anciens bassins industriels sont littéralement en ruine ; les gens doivent se battre pour survivre, 50 millions d'Américains vivent sous le seuil de pauvreté (officiellement 24 500 dollars par an pour une famille de quatre personnes, mais tous les économistes vous diront que ce montant est insuffisant) ; les salaires stagnent ou déclinent, les services sociaux sont supprimés, l'Obamacare (la réforme de l'assurance santé) a surtout profité à l'industrie pharmaceutique... Cette grande trahison des élites progressistes devait un jour ou l'autre se traduire sur le terrain politique. Quand on y songe, ces élites ont finalement fait le jeu des démagogues de droite, et porté Trump au pouvoir.

Le Prix Nobel d'économie Paul Krugman, dans sa chronique du New York Times, le lendemain des élections, avouait qu'il ne connaissait sans doute pas le pays profond. Ce mea culpa arrive trop tard ?


Bien trop tard ! Où étaient-ils, ces penseurs de gauche, quand Bill Clinton a décidé de vendre la classe ouvrière américaine au grand business, avec la signature du traité Aléna (l'accord de libre-échange nord-américain conclu entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique) en 1994 ? Ou quand il a détruit le système de sécurité sociale de notre pays, alors que 70 % de ses bénéficiaires étaient des enfants ? Et quand il a fait exploser le nombre de prisonniers dans les maisons d'arrêt ? On ne les a pas beaucoup entendus, à l'époque. Peut-être parce qu'ils vivent dans leur bulle à Manhattan et ne voient plus rien du pays réel — comme d'autres, en d'autres temps, restaient enfermés à Versailles... Ni ces élites ni les médias ne prennent suffisamment le temps d'aller voir cette majorité « silencieuse » qui, face à l'aveuglement et à la surdité, voyant ses appels désespérés demeurer vains, est devenue l'électorat de Trump. C'est d'autant plus grave que lorsqu'elles se décident enfin à ouvrir les yeux, ces élites progressistes adoptent souvent un ton moralisateur et condescendant, comme l'a fait Hillary Clinton quand elle a qualifié les électeurs de Trump de « pitoyables ». Cette campagne présidentielle a été suivie à travers un filtre « déréalisant » : les sondages étaient à côté de la plaque depuis le début, ils ne remontaient que ce que, dans les establishments démocrate comme républicain d'ailleurs, on voulait entendre : « Trump n'a aucune chance d'être élu. »

Plusieurs livres, depuis dix ans, ont sonné l'alerte. On pense à Pourquoi les pauvres votent à droite, de Thomas Frank, et à ce que vous écriviez dans La Mort de l'élite progressiste...


Ne soyons pas naïfs : nous vivons, aux Etats-Unis, dans un pays où plus personne ne lit — en particulier dans les classes les moins aisées. Celui de mes livres qui s'est le mieux vendu — Americain Fascists — a terminé sixième sur la liste des meilleures ventes du New York Times. Autrement dit : une centaine de milliers de lecteurs l'ont acheté (je ne sais pas combien l'ont lu). Un pourcentage infime de la population. Donc oui, l'information est disponible pour ceux qui veulent comprendre la période que nous traversons, mais cette information n'a strictement aucune chance d'entrer dans les discussions « mainstream » de l'Amérique profonde. L'information dans les mass media, ici, c'est Cartoon Network [une chaîne de dessins animés, ndlr] !

Mais la carte des élections a-t-elle confirmé vos analyses ?

Absolument. Prenez un Etat comme le Wisconsin, où Hillary Clinton n'a même pas pris la peine de faire campagne. C'est un bassin industriel, avec ses populations ouvrières et ses quartiers noirs, bref une base électorale à dominante démocrate, un triomphe « garanti » pour Hillary. Sauf qu'elle a pris une claque. Comment le parti démocrate a-t-il pu sous-estimer à ce point les effets, sur les classes populaires, de la perte d'emploi ? Il lui suffisait d'aller dans le bastion de l'industrie automobile, le Michigan, pour saisir les conséquences, sur son électorat, des transferts d'emplois vers le Mexique. A ma connaissance, aucun homme politique de gauche n'a demandé aux dirigeants de ces usines de maintenir ces jobs sur le sol américain. Ce silence a une traduction dans la tête des ouvriers qui, après avoir perdu leur travail et leur maison (qu'ils n'arrivent plus à payer), voient ces dirigeants empocher des bonus de plusieurs millions de dollars. Trump, au moins, a fait semblant de s'intéresser au problème. Il a présenté à ces Américains victimes de la mondialisation un bouc émissaire — les travailleurs mexicains, les immigrés illégaux, les musulmans, peu importe — et leur a offert sur un plateau l'occasion de dire un grand « FUCK YOU ! » à l'establishment.

Comment comprenez-vous que tant de gens - beaucoup de femmes, et un nombre important de Latinos - aient voté pour Trump contre leurs intérêts ?


Tout simplement parce que le parti démocrate ne représente plus leurs intérêts ! Ces femmes et ces Latinos sont désespérés, ils l'ont d'abord fait savoir aux candidats conservateurs des primaires républicaines, puis à Hillary Clinton. En rejetant cette dernière, ils ne se trompent pas : elle n'aurait pas fait grand-chose pour eux. Mais ils se trompent durement en choisissant Trump, car ce dernier appartient à une classe qui a fait fortune sur leur dos, et il va défendre avant tout les intérêts de sa caste, entouré d'une bande de gangsters du même acabit.

Diriez-vous que l'Amérique devient fasciste ?

Non, je dirais plutôt, à la suite du philosophe politique Sheldon Wolin, qu'elle entre dans une période de ­« totalitarisme inversé ». Contrairement au totalitarisme classique, ce nouveau « régime » ne s'incarne pas dans un parti réactionnaire ou révolutionnaire clairement fasciste, mais dans l'anonymat de l'Etat-entreprise. De très puissantes organisations privées investissent leur argent dans la vie publique avec un seul objectif en ligne de mire : que l'Etat leur permette de réduire toujours plus le coût de la main-d'oeuvre — quelles qu'en soient les conséquences sur le plan social. Côté face, les candidats portés par ces entreprises montrent une loyauté absolue envers les institutions et les traditions politiques de leur pays, et deviennent des professionnels du discours patriotique ; côté pile, rien ne les « ancre » à leur pays, puisque l'horizon est à la fois unique — maximiser les profits — et mondial. Donald Trump est issu de ce monde et servira les intérêts de ces centres de décision économique. Mais je crains que lui et ses acolytes Rudy Giuliani, Chris Christie et Newt Gingrich ne versent dans l'exercice d'une véritable violence d'Etat contre ceux qui se mettront sur leur chemin.

La stabilité légendaire des institutions américaines - les contre-pouvoirs du Congrès, de la Cour suprême, etc. - ne protège-t-elle pas le citoyen américain contre les excès de l'exécutif ?

La Cour suprême est cassée. Elle est déjà au service de l'Etat-entreprise que je viens de décrire. Trois Afro-Américains sont tués chaque jour par la police dans notre pays, et la Cour suprême ne lève pas le petit doigt. Peu importent les manifestations à New York ou Baltimore exigeant que justice soit rendue aux victimes. Dans les villes désindustrialisées où se produisent la plupart de ces drames, les jobs et les aides sociales ont été remplacés par un usage massif de la répression et des incarcérations. 25 % des prisonniers dans le monde sont détenus aux Etats-Unis, alors que notre pays ne représente que 4 % de la population mondiale ! On a pu constater aussi, avec le sort réservé aux lanceurs d'alerte Snowden, Assange ou Manning, combien nos institutions sont défaillantes quand il s'agit de protéger les citoyens. En détournant l'Espionage Act de 1917 (une loi de 1917 visant à empêcher des citoyens de gêner les opérations militaires américaines), et en refusant de s'attaquer aux pratiques dénoncées par Snowden, Obama a terriblement fragilisé les droits fondamentaux. Le jour, en effet, où la population ignorera tout des actions de son gouvernement (parce que diffuser ces informations est devenu un crime), l'Etat aura carte blanche pour agir à sa guise. Et quand l'Etat a à sa tête un Donald Trump, vous pouvez être inquiet.

La victoire de Trump fait-elle peser une menace réelle sur les minorités ?

Pour certaines catégories de population, l'Amérique n'est plus un endroit très agréable à vivre. Comme en Europe, les démagogues au pouvoir vont se faire un plaisir de désigner les plus vulnérables à la vindicte populaire. Trump à la Maison-Blanche, c'est une très mauvaise nouvelle pour les travailleurs illégaux, les musulmans et les Latinos en général.

Il ne sera pas le Président de tous les Américains, comme il l'a promis ?


Bien sûr que non. Rien dans son histoire personnelle, professionnelle ou politique, ne laissait d'ailleurs présager qu'il puisse l'être. Nous parlons d'un homme qui a été poursuivi en justice pour avoir refusé de laisser des Afro-Américains vivre dans un de ses immeubles...

Dès le 9 novembre, des Américains sont descendus dans la rue, ou ont manifesté pour dire leur colère contre le nouveau Président. Doit-on s'attendre à une contestation plus large ?

J'ai été longtemps militant dans des mouvements de désobéissance civile, aussi bien sous des présidents républicains que démocrates d'ailleurs, et je continuerai sûrement à l'être sous la présidence de Trump. Mais je ne pense pas que nous ayons le choix d'accepter — ou pas — le verdict des urnes. Je m'attends simplement à ce que la réaction des nouveaux dirigeants du pays devienne plus rugueuse. Surtout quand de larges portions de la population qui ont voté pour Trump vont réaliser qu'en bon démagogue prêt à tout pour se faire élire il leur a menti.

Que vont devenir les deux partis, démocrate et républicain, après une pareille claque ?

Je ne crois pas à la capacité du parti démocrate à se réformer — même si la dynastie Clinton, elle, est morte politiquement. Bernie Sanders aurait sans doute été un candidat plus efficace — et il avait la capacité de battre Trump —, mais son propre parti lui a mis des bâtons dans les roues. En envoyant, par exemple, des électeurs indépendants voter Clinton dans les Etats où il arrivait en force...

Et côté républicain ?


L'ironie, c'est que Trump a réussi à faire gagner aux républicains le Sénat et la Chambre des représentants, qu'ils croyaient perdre — donc à faire réélire ces mêmes députés et sénateurs qui avaient fini par prendre leurs distances avec lui, de peur qu'il ne sabote leur campagne ! La vieille élite républicaine, incarnée par la famille Bush, n'a même pas caché qu'elle se ralliait à Clinton pour cette élection. On peut s'attendre à une sacrée bataille entre elle et Donald Trump dans les mois à venir...

Les idées populistes l'emportent partout ou presque, une élection après l'autre, dans les démocraties occidentales et ailleurs. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

D'abord, je suis persuadé qu'elles vont continuer à progresser. Il ne peut en être autrement tant que dominera cette idéologie néolibérale insensée, qui considère que les diktats du marché doivent déterminer comment on gouverne un pays. Or je ne prévois aucun affaiblissement de cette idéologie dans un avenir proche. Aux Etats-Unis, Donald Trump va plutôt s'empresser de réduire les impôts des plus riches, supprimer l'Obamacare, et ainsi de suite. Cela m'inspire à la fois de la tristesse et l'envie de poursuivre mes combats, pacifiquement. Depuis dix ans, je n'ai cessé de m'engager pour faire prendre conscience au plus grand nombre que nous allions droit dans le mur. J'espérais que nous apprendrions des leçons de l'Histoire et que nous parviendrions à l'éviter — mais voilà, nous venons de nous prendre ce mur en pleine figure.

1956 Naissance à Saint-Johnsbury (Vermont).
1983 Commence sa carrière de reporter de guerre au Salvador.
1995 Couvre la guerre en Bosnie puis au Kosovo.
2002 Prix Pulitzer avec d'autres journalistes du New York Times.

A lire de Chris Hedges

L'Age des démagogues, éd. Lux, 128 p., 12 €.
La guerre est une force qui nous octroie du sens, éd. Actes Sud, 224 p., 21,80 €.
La Mort de l'élite progressiste, éd. Lux, 304 p., 20 €.

A part ça, aujourd'hui ça fait 6 ans que ma mère est morte.
Maman, reviens, et rends-toi utile, fais comme papa, va voter demain aux primaires de la droite pour éviter Sarkozy au deuxième tour !

mercredi 9 novembre 2016

Les Américons

Les Américains ne vont pas bien.
Ils ont fait un vote de protestation.
La semaine dernière dans Télérama je lisais l'interview de Romain Huret, un historien :
Pourquoi des millions d'Américains ont-ils choisi, parmi une dizaine de candidats aux primaires républicaines, le plus grossier, le plus absurde, le plus fantasque ? Parce que cette population est en colère. Elle a beaucoup souffert, et elle a le sentiment que les institutions ne s'intéressent plus à elle. Alors que Trump, si. Trente-cinq pour cent des emplois industriels ont disparu aux Etats-Unis depuis la fin des années 1980 — un tiers du total ! Quarante-trois millions d'Américains vivent avec des coupons alimentaires distribués par l'Etat ! Douze millions ont dû vendre leur logement, ou en tout cas le quitter, après la crise de 2008, etc. Et comment explique-t-on, dans la majorité des cas, cette dégringolade sociale ? Par l'absence de qualification et les structures sociales, certes, mais également... le manque de chance.
Aux Etats-Unis, un accident, un divorce qui tourne mal, la perte d'un emploi, un problème judiciaire, une maladie qui dure — bref, un aléa de la vie — peut suffire, faute de filet de sécurité, à vous mettre hors jeu. Autre symptôme de cette « maladie » : de plus en plus d'Américains âgés de 40 à 50 ans choisissent de devenir locataires, alors que l'accès à la propriété était, depuis la guerre, le socle absolu du rêve américain.
(...)
Que retiendrez-vous de cette campagne ?
Sa violence verbale et des débats souvent désolants. Et le fait que, aussi fou soit-il, Donald Trump a soulevé une question intéressante. Dans la plupart des films de Clint Eastwood (un soutien inconditionnel de Trump), je ne sais pas si vous l'avez remarqué, le réalisateur choisit des personnages plutôt diplômés pour incarner le méchant. Eastwood a la nostalgie de l'Amérique des années 1950, un pays où le diplôme n'était pas encore déterminant pour grimper socialement. Aujourd'hui, Bill Gates et Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, deux supporters de Hillary Clinton, ressassent qu'il faudrait créer une Amérique dans laquelle il n'y aurait que des « master 2 ». Chez Eastwood, moins les personnages possèdent de diplômes, plus ils sont intéressants — parce qu'ils sont « dans la vraie vie, eux ! », semble dire le réalisateur. Mais peut-on encore réussir dans l'Amérique d'aujourd'hui, celle du numérique et de la matière grise, sans faire de brillantes études ?

Il y avait aussi l'interview de Michael Moore : Pourquoi Trump va gagner.
Bref, les pauvres blancs prennent leur revanche sur les élites.
Puisque 52% d’états-uniens se sont exprimés, et qu'une majorité d’entre eux viennent de couronner un trou du cul, pourquoi se faire chier à regarder House of Cards ?
Faut dire que l’alternative n’était guère plus présentable à un public averti.
Hillary, c'était l'establishment et les lobbies.
Le site web américain pour préparer son immigration au Canada est en vrac depuis ce matin.
Trop de sollicitations.
Si cette gueule de bois électorale préfigure celle qui nous attend en 2017, je vais me renseigner sur l’éventuelle existence d’un Canada français.
On n’est jamais trop prudent.
D'un autre côté, qu'est-ce que ça va changer à ma vie ? Vu le cours du dollar et mes moyens financiers déclinants, pas question de revoir la Californie de sitôt.


Dommage, cette année y'a eu un déluge dans la Death Valley et une explosion florale extraordinaire.
Et puis c'est pas la première fois que les Américains élisent Super-Tocard.
Nixon. Reagan. Bush père et fils.
Les média voudraient qu'on s'excite sur cette apocalypse politique imprévue.
On ferait mieux de balayer devant notre porte.
En 2002, c'est décidé, j'irai voter Chirac pour faire échec au Front National.

samedi 5 novembre 2016

Utopiales 2016 : Conférence sur Philip K. Dick, L’Éxégèse


Publication tardive, 30 ans après sa mort, de morceaux choisis des 8000 pages que Dick a fébrilement griffonnées la nuit pendant ses 7 dernières années pour tenter de donner du sens à l'expérience mystique qu'il avait vécue en 1974.
Ce n'est pas un livre, c'est un journal intime.
On va enfin savoir s'il était fou ou s'il était fou.
J'ai raté la conférence aux Utopiales la semaine dernière, des geeks l'ont mise en ligne.
Allelouia.

http://www.actusf.com/spip/Utopiales-2016-Conference-Philip-K.html

J'ai commencé la lecture du Très Saint Livre.  Je ne lis plus beaucoup de SF. Ni d'autre chose. La principale qualité de la SF de ma jeunesse a disparu, c’était ma jeunesse. Lire l’Exégèse, c’est comme lire les lettres d’amour de Mitterand quand t’as été socialiste y’a longtemps. Tu regrettes leur publication, puis ton achat. Ensuite tu cherches un nouveau Dieu, ou tu les renies tous.

mardi 16 août 2016

Les rochers de Ploumanac'h

La côte de granit rose est une curiosité géologique qui s'étend de Perros-Guirec à Trégastel.
C'est un chaos rocheux rosâtre créé par des dieux aux pieds légers, qui se sont livrés là à une partie d'osselets endiablée, puis sont partis en laissant tout en plan.
Leur mère ne leur demandait pas de ranger leur chambre.
300 millions d'années de vents et de marées plus tard, leur ancien terrain de jeu est poli, érodé, creusé de vasques à taille humaine, mélange de gigantesque et d'infime.
C'est là que j'ai appris à gambader, dans ces rochers aux formes arrondies, incurvées (pour ne pas dire maternelles), quitte à y revenir plus tard en tournant le dos à la beauté ou à être foudroyé par elle, comme un adulte stupide qui ne capte plus ce qu'il a sous les yeux.
Petit, je trouvais l'endroit génial pour son côté parc d'attractions naturel, et je ne voyais pas son aspect sacré, et puis quand on habite trop près de la splendeur, on s'y habitue. Ca devient un acquis. J'avais un prof d'histoire-géo qui s'y promenait avec son chien deux heures par jour, quel que soit le temps. Lui, il avait compris le truc.
C'est pas parce que c'était chez moi il y a longtemps que j'y reviens. Bien sûr, quelques souvenirs affleurent lors des randonnées. Mais je ne viens pas pour ça. Je viens pour la contemplation. Les attachements qui se défont, les idées sur soi qui se dissolvent quand on s'asseoit quelques heures sur une de ces dalles de plusieurs tonnes, granuleuses mais pas inhospitaliers aux séants spectateurs.
Dans le temps, il y avait des vieilles qui savaient sur quel rocher s'asseoir pour se ressourcer énergétiquement, sur quel autre s'allonger pour traiter telle ou telle affection. Ce savoir s'est perdu avec elles. Tant pis. Plus le temps passe, plus le site devient un haut-lieu de mon petit druidisme privé. Cet été j'y ai juste fait un jogging, et passé une après-midi dans les cailloux de la plage de Tourony avec ma soeur et ses enfants, dont l'étroitesse d'esprit se fissurait face à la beauté du lieu.
Ici, peu de chances d'apercevoir des musulmanes se baignant en burkini : la mer elle est trop froide, et y'a vachement de courant. Ca n'arrête pas de monter ou de descendre, à 4 noeuds de moyenne. Quand il fait beau c'est splendide, et quand il fait moche c'est splendide aussi.
Je ne mets pas de photos, je m'arrangerais pour y glisser des selfies et ce n'est pas le propos.
Si je refais des infections dépressives majeures comme l'an dernier, il faut que je me rappelle que Ploumanac'h guérit tout et que je peux toujours m'y traîner, quel que soit mon âge et mon état (ils ont créé un chemin déambulateur-friendly sur le sentier des Douaniers), et retrouver cet état d'harmonie et d'unité avec le monde que je ne trouve pas dans beaucoup d'endroits sur Terre.

vendredi 29 juillet 2016

Prédis le prochain attentat toi-même : mon Imam chez les nudistes

Dans les magazines d'été qu'on achète par faiblesse pour dormir sur la plage, il y a toujours des jeux ineptes et des quizz stupides.
A partir de la lecture de l'article "Portrait des djihadistes ayant frappé en France" et du modèle fourni par Fluide Glacial ci-dessous, tu peux créer un nouveau tableau qui te permettra de deviner où et quand se produira le prochain attentat.
Ca sera ton grand jeu de l'été à toi tout seul.
Les meilleures prophéties seront publiées après-coup.


Remarques : 

1/ plus ça va, plus la réalité ressemble à We are four lions
Quand je pense que le critique de Télérama avait écrit à son sujet : "(...) faire passer le terrorisme pour une activité de fanatiques demeurés, qui avalent la carte SIM de leur téléphone et se font exploser au milieu de moutons, c'est carrément stupide.", j'ai bien envie d'envoyer un message fort à la rédaction et de résilier mon abonnement.

2/  Je suis un peu déçu que le nouveau Détective n'ait pas fait sa couverture sur l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.


Ils ont sans doute été pris de court, comme Charlie Hebdo quand il arrive un truc méga-grave le mercredi et que c'est trop tard pour changer la une du lendemain.



[Remix Edit du 13 Aout] 




C'est bon, ne cherchez plus. J'ai trouvé où aura lieu le prochain attentat. 
J'avais eu la même idée il y a quelques semaines. 
D'où le constat de l'impossible réforme de l'Islam, parce que là, elle est fantasmée comme une laïcisation outrancière.

Même si quelques couillons arrogants et dans l’impasse civilisationnelle ont réussi à convaincre d'autres couillons moins instruits que faire le Mal c'était Bien et ce pour la plus grande gloire d'Allah, je ne crois pas qu'il y ait de bête plus féroce que celle qui est tapie au coeur de chaque être humain, et avec qui on fait des arrangements plus ou moins heureux.
Ne reste donc plus qu’à ironiser sur l’arrêt récent du Maire de Nice visant à interdire l’accès aux plages « à toute personne vêtue d’ « une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse (...) n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime. »

Dans le temps, le gendarme pourchassait les nudistes à Saint-Tropez, on le fait maintenant courir derrière les gens trop habillés. 
Louis de Funès doit bien se marrer.


mercredi 27 juillet 2016

La nuit des longs couteaux

Un homme de 26 ans s’est introduit, vers 2 h 30 dans la nuit de lundi à mardi, dans un centre de suivi de personnes handicapées, le Tsukui Yamayuri-En de la ville de Sagamihara – du département de Kanagawa, au sud-ouest de Tokyo. Armé d’un couteau, il a tué dix-neuf personnes et blessé vingt-cinq autres, selon un bilan donné par les pompiers. Les victimes sont neuf hommes et dix femmes, âgés de 18 à 70 ans. Six hôpitaux ont accueilli les blessés, parmi lesquels vingt sont touchés grièvement avec, pour certains, de « profondes blessures » au cou, d’après un médecin. Pour la presse japonaise, l’auteur du massacre serait un ancien employé du centre, Satoshi Uematsu, qui aurait quitté l’établissement en février. Il s’est rendu à la police mardi, après 3 heures du matin. Le quotidien Asahi Shimbun affirme par ailleurs que le suspect a dit à la police : « Je veux me débarrasser des handicapés de ce monde. » Selon Shinya Sakuma, un responsable de la préfecture de Kanagawa, l’auteur de la tuerie « portait des couteaux de cuisine et d’autres types de lames tachées de sang ».
Le Japon a déjà connu plusieurs attaques au couteau, mais celle-ci est considérée comme la plus grave en nombre de victimes depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En 1938, un homme muni d’une hache, d’un sabre et d’un fusil avait tué 30 personnes, avant de se donner la mort. Le 8 juin 2008, dans le populaire quartier d’Akihabara de Tokyo, Tomohiro Kato, un employé de 25 ans qui avait des problèmes avec son entreprise et avait déjà tenté de se suicider, avait foncé en camion sur la foule dans une rue piétonne, avant de descendre du véhicule et de poignarder au hasard plusieurs personnes. Sept personnes étaient mortes et dix autres avaient été blessées. Tomohiro Kato a été condamné à mort en 2011. En 2001, Mamoru Takuma, un ancien concierge de 37 ans, s’était introduit dans une école primaire d’Osaka, où il avait tué huit enfants et blessé une dizaine d’autres. Souffrant de troubles psychologiques, il avait été condamné à la peine capitale et exécuté en 2004.
Comme quoi faut pas tout mettre sur le dos des Arabes, quand même. Tout le monde est capable de devenir fou.

mardi 26 juillet 2016

L’orientation sexuelle à l’épreuve du djihad


Sur le territoire qu’elle contrôle entre la Syrie et l’Irak, l’organisation Etat islamique (EI) a pour coutume de précipiter les homosexuels du haut des immeubles. Si le Coran ne condamne pas explicitement l’homosexualité, la mouvance djihadiste, se fondant sur certains hadiths (des paroles rapportées du Prophète), tient la sodomie pour une « abomination » et accuse les démocraties occidentales, entre mille maux, d’avoir « légalisé » l’homosexualité.
L’EI vient pourtant coup sur coup de revendiquer deux attaques perpétrées par des « soldats » du « califat », qui se sont avérés avoir une sexualité peu en phase avec le rigorisme en vigueur à Rakka. Dans la nuit du 11 au 12 juin, Omar Mateen tue 49 personnes dans une boîte de nuit gay d’Orlando, en Floride, et prête allégeance à l’Etat islamique.
Dès le lendemain, l’organisation s’empresse de revendiquer cet attentat contre les « sodomites ». Peut-être un peu vite. Quelques jours plus tard, le témoignage d’un amant laisse entendre que le tueur était « 100 % gay ». Son homosexualité, « honteuse » au sens psychanalytique – c’est-à-dire vécue mais non assumée – semble l’avoir conduit à développer une haine contre ses propres penchants : « Il y avait définitivement des moments où il exprimait son intolérance envers les homosexuels », a témoigné son ex-femme dans les médias américains.

Un mois plus tard, le 16 juillet, l’EI revendique de nouveau une attaque perpétrée par un époux décrit comme « violent » qui fréquentait, lui aussi, des hommes : le soir du 14 juillet, Mohamed Lahouaiej Bouhlel a tué 84 personnes au volant d’un camion, à Nice. Si aucune trace d’allégeance n’a été retrouvée, le jeune homme s’intéressait de longue date à la propagande de l’Etat islamique. Là encore, les révélations sur sa vie sexuelle « dissolue », selon les termes du procureur de Paris, ne seront relayées par la presse qu’après le communiqué de revendication de l’organisation terroriste.

« Haine de soi »

Le profil de ces deux tueurs a jeté un doute sur la dimension djihadiste de leur acte. Ils constituent sans doute, chacun à sa façon, des cas limites, aux confins de la psychiatrie et de l’idéologie. « Les cas extrêmes peuvent paraître caricaturaux, mais ils permettent de penser les autres cas : ils opèrent un grossissement, comme au microscope, de ce qui n’apparaît pas à première vue chez d’autres », souligne Fethi Benslama, professeur de psychopathologie et auteur d’Un furieux désir de sacrifice. Le surmusulman (Seuil, 160 p., 15 euros).

« Dans le cas d’Orlando, ce n’est évidemment pas l’homosexualité qui est à l’origine du passage à l’acte, mais une haine de soi prise dans l’homosexualité. Il faut toujours inscrire la sexualité dans un cadre personnel, et sans doute ici pathologique. L’homosexualité d’Omar Mateen a pu lui apparaître comme une abomination qu’il a fallu traiter, par l’effacement de soi-même et de ceux qui l’incarnent. »
Au-delà des cas particuliers des tueurs de Nice et d’Orlando, la question de l’identité sexuelle est loin d’être marginale dans la sphère djihadiste. Selon les informations du Monde, plusieurs islamistes, dont l’adhésion à la doctrine est établie, ont eu des penchants homosexuels plus ou moins assumés.
L’exposition de leur cas n’a pas pour but de minorer la dimension politique du terrorisme, pas plus que le désir de transcendance d’une jeunesse engluée dans le matérialisme. Il ne s’agit pas davantage de proposer une lecture simpliste des ressorts psychologiques de l’embrigadement, qui sont aussi divers que les parcours.
La récurrence de ces profils particuliers tend néanmoins à révéler ce que la « grande cause » idéologique peut cacher de « petites causes » intimes. Les acteurs amenés à travailler sur les ressorts de l’embrigadement le constatent : ce qui demande réparation dans la radicalité relève souvent d’une construction défaillante de l’identité. Une identité bancale qui peut être culturelle, sociale mais aussi sexuelle.

Les « penchants homosexuels » de Chérif Kouachi

Le terroriste le plus célèbre à avoir eu une sexualité en contradiction avec la cause qu’il servait est Chérif Kouachi, un des tueurs de Charlie Hebdo. Alors qu’il est sur écoute et fait l’objet d’une surveillance physique, une note déclassifiée de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) relate sobrement : « Ses penchants homosexuels étaient également découverts à ce moment. » Les enquêteurs ont constaté qu’il avait un amant.
Chérif Kouachi commettra quelques années plus tard un massacre dans les locaux de Charlie Hebdo. Confronté à deux interdits – la sodomie et la représentation du Prophète –, le tueur semble avoir choisi de condamner à mort les transgresseurs du deuxième tabou, purifiant ses propres « fautes » par la grâce du martyr. « Les djihadistes sont souvent des transgresseurs qui cherchent à effacer leurs péchés », souligne M. Benslama.
« Les personnalités astructurées ont deux mécanismes de défense : le clivage – comme les djihadistes, ils sont binaires et départagent le pur de l’impur – et la projection, qui consiste à rejeter sur l’autre ce qu’on ne peut héberger en soi », explique la psychothérapeute de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) chargée de poser un diagnostic sur les signalements de radicalisation, qui a souhaité rester anonyme. « Ce mécanisme projectif, qui est au cœur de la paranoïa, revient à désigner des ennemis, abonde le psychiatre Serge Hefez. Pour Daech, ce sont les homosexuels, les juifs, les apostats, etc. »

« Je souhaitais me racheter »

Le parcours d’un jeune djihadiste converti, dont nous avons choisi de taire l’identité, illustre à quel point le puritanisme salafiste peut être une façon de gérer ses conflits intérieurs. A son retour de Syrie, M. est débriefé par les services de renseignement. Le policier lui demande pourquoi il s’est converti à l’islam. « A cette époque je n’étais pas croyant, je me sentais homosexuel (…) L’islam m’a paru vrai, j’ai compris que l’islam était fait pour moi, et depuis plus d’une année je ne me sens plus homosexuel. Je n’ai plus eu de rapport sexuel depuis. Par contre, je continue à chatter avec des homosexuels, notamment sur Facebook. »
Sa conversion semble avoir eu pour objectif de circonscrire des désirs vécus comme honteux. Mais le subterfuge n’opère pas. Peu après sa conversion, M. projette de rejoindre Gaza. L’enquêteur : « Vos projets à Gaza sont parfois présentés sous l’angle de fantasmes sexuels. Le 4 décembre 2012, vous déclarez à X que vous seriez heureux de vous faire violer dans les tunnels reliant Rafah à Gaza. Qu’avez-vous à dire à ce propos ? » Le converti : « Vous me lisez un extrait de ma conversation et il est vrai qu’avoir des rapports hard là-bas m’aurait intéressé. »
M. décide finalement de partir pour Rakka. Avant son départ, il discute sur Facebook avec un combattant sur place et tente de convaincre deux jeunes hommes de 17 ans de le suivre. « Peut-être que le djihad servait de prétexte pour entrer en contact avec ces gens, admet-il. Avec du recul, je me rends compte qu’il pouvait s’agir d’une forme de drague. » Il affirme que ses trois « compagnons de voyage (…) étaient au courant de [s] on passé homosexuel, déjà avant [leur] arrivée en Syrie ».
A peine arrivé à Rakka, le jeune homme est envoyé au cachot durant une cinquantaine de jours. La police islamique a découvert des photos compromettantes dans son appareil photo. Il échappera miraculeusement à la mort, et sera finalement autorisé à rentrer chez lui. L’enquêteur qui l’auditionne à son retour est interloqué par ce manque de prudence : « Je ne recherchais pas de danger, assure pourtant le jeune homme, je souhaitais plutôt me racheter pour ma conduite homosexuelle contraire à l’islam. »

« Etouffer » les pulsions

Si l’expérience de M. est sans aucun doute singulière, elle révèle des dynamiques à l’œuvre dans la radicalisation. « Des interdits aussi forts, aussi rigides, peuvent répondre à un besoin de structuration : ça contient, ça sécurise », explique la psychologue de l’Uclat. Sur la dizaine de signalements pertinents de personnes radicalisées qui remontent chaque jour via la plate-forme téléphonique mise en place en 2014, elle estime qu’environ un tiers des cas « présentent des difficultés à réaliser leur identité sexuelle, souvent en raison d’un traumatisme durant l’enfance ».
« L’engagement dans la religion permet de tenter de se débarrasser de ses pulsions homosexuelles, de les étouffer, complète Fethi Benslama. L’individu va être amené à exercer une forme de répression tout en éprouvant une plus grande culpabilité. Ce qu’il pense être un traitement devient un calvaire. Les grandes figures chrétiennes ont été confrontées à ce genre de processus. Cette idéologie ne fait qu’aggraver leur volonté de purification. Chez des personnalités perturbées, elle peut se lier à de l’agressivité, vis-à-vis de soi-même et des autres. »
Dans un dossier d’instruction de filière djihadiste, les enquêteurs ont mis la main sur le disque dur d’un candidat au départ qui illustre l’importance de ces pulsions contraires. Une quantité impressionnante de matériel pornographique a été saisie. « Constatons la présence de 33 641 fichiers photographiques. Il s’agit en grande majorité d’images copiées via Internet, photos de charme ou pornographiques hétérosexuelles, homosexuelles ou lesbiennes », relève le procès-verbal.
« Il y a mille façons de se radicaliser, mais j’en ai en effet vu un certain nombre pour qui cette question de l’homosexualité honteuse est très présente », confirme Serge Hefez, qui suit une quinzaine de jeunes radicalisés. L’un de ses patients particulièrement radicalisés alterne, à en croire ses données de connexion Internet, la consultation de sites djihadistes violents – notamment des vidéos de décapitations – avec des sites pornos gays
.
« Ta main sur ma poitrine »

D’autres djihadistes semblent vivre leur homosexualité de façon plus assumée. C’est le cas de ce recruteur, dont la conversation téléphonique avec une recrue a été interceptée par les enquêteurs. Les deux hommes reviennent sur leur dernière réunion préparatoire avant de partir en Syrie. Ils ont passé la nuit dans une maison. La recrue : « J’ai senti, tu m’as fait un bisou sur le front… Tu as passé ta main sous mon tee-shirt, tu t’es retrouvé avec ta main sur ma poitrine… » Le recruteur : « Je fais de l’apnée du sommeil et du somnambulisme (…). J’espère que tu ne te fais pas des films et a une mauvaise image de moi. »


Après un an passé en Syrie, ce recruteur repasse la frontière turque et décide de se rendre. Il contacte les autorités françaises, qui demandent aussitôt à leurs homologues turques de l’intercepter. Son interpellation rocambolesque est relatée par un membre des services de renseignement français : « Après l’avoir filoché en train de faire la tournée des bars gays d’Istanbul, les Turcs ont fini par nous rappeler : Vous avez dû vous tromper. On a dû les convaincre que c’était bien lui. »
Ce djihadiste n’avait pas l’intention de se faire exploser à son retour en France. Mais comment expliquer qu’il ait décidé de passer un an en Syrie sous la férule d’une idéologie qui le condamnait théoriquement à mort ? « Certains homosexuels honteux peuvent rechercher le contact d’autres hommes dans le cadre d’une camaraderie virile afin de sublimer des désirs dissimulés », explique la psychologue de l’Uclat. « Il y a une fascination par rapport à la figure du soldat viril, avec la création d’un entre-soi masculin, un univers étanche à la femme », interprète Serge Hefez.

« Les crises d’identité menant à la radicalité peuvent être multiples, résume un responsable de la lutte contre la radicalisation. La religion est une sublimation. La verticalité permet de gérer ses frustrations : on se marie avec Dieu. » Ce qui ne manque pas d’induire des contradictions fortes chez certains candidats au djihad.

Soren Seelow
Journaliste
LE MONDE | 26.07.2016 à 06h42 • Mis à jour le 26.07.2016 à 10h03 |

samedi 23 juillet 2016

Comprendre le Proche-Orient


Le traitement au lithium que je suis depuis 3 mois pour troubles de l’humeur est une vraie réussite. J’ai à nouveau la liberté de choisir mes pensées, en tout cas je m’en suis vanté auprès de mon psy et il m’a cru, à tel point qu’il m'a mis dans la confidence qu’il n’y avait aucune prédictabilité du succès d’un tel traitement; je l’ai alors félicité de ne pas me l’avoir dit avant.
Choisir mes pensées, lesquelles suivre et lesquelles laisser passer sans monter dedans, c’est pas du luxe, mais je n’en étais plus capable depuis plus d’un an, suite à des dépressions à répétitions que j’attribuais un peu masochistiquement à la transgression de règles que je m’étais fixées.
Quel soulagement, et quelle détente soudaine dans les rapports Nord-Sud : il y a quelques semaines encore, un évènement récent comme la Journée de la Malveillance Automobile (sous le patronage du Ministère de la Peur et de la Terreur) par un Arabe à Nice aurait fait sortir Blasphémator® du bois, et on en aurait eu pour des mois.
Ah là là. 
Alors que là, je me dis simplement que s'ils allaient passer leurs vacances dans un camping naturiste musulman, les Arabes ils seraient moins coincés du Q et pêteraient moins les plombs.
Alors évidemment, ça va pas mettre du lithium dans mon sexe a piles, mais je me sens assez ragaillardi pour espérer comprendre un jour le Proche-Orient, avec mon nouvel ami Jean-Pierre Filiu.

mardi 19 juillet 2016

Le mot du jour

Un mot dont j'ignorais l'existence, décrivant un phénomène non inconnu de nos services : "résipiscence". (Reconnaissance de la faute avec retour au bien)

Lu dans un article du Monde ce matin :

C’est un nouveau coup, violent et sournois, porté aux droits des femmes au Pakistan. Vedette des réseaux sociaux, sur lesquels elle était suivie par des dizaines de milliers de personnes, Qandeel Baloch – Fauzia Azeem, de son vrai nom – a été tuée en fin de semaine dernière par son propre frère au Pendjab (Nord-Est) dans ce qui s’apparente à un nouveau « crime d’honneur ». Quartz

Arrêté par la police, son frère a reconnu les faits, affirmant qu’il avait drogué puis étranglé sa sœur de 26 ans pendant son sommeil, au domicile de leurs parents, au motif que celle-ci aurait souillé le patronyme familial en postant des photos « osées » d’elle, notamment sur Facebook. USA Today

Loin de venir à résipiscence, Muhammad Wasim a admis qu’il lui avait donné un comprimé avant de commettre son macabre forfait. Dimanche, il a assuré qu’il n’éprouvait aucun remords, allant même jusqu’à ajouter que le comportement de sa défunte sœur, connue pour son aplomb et sa liberté de ton, était « complètement intolérable ». The Wall Street Journal, Al-Jazira

D’après la commission des droits de l’homme au Pakistan, un organe indépendant, plus de 1 000 femmes ont perdu la vie l’an dernier au Pakistan en raison de prétendus « crimes d’honneur », reflets de la tradition patriarcale et phallocrate qui prévaut dans le pays.
La mort de Qandeel Baloch a suscité des réactions très contrastées, certains dénonçant un meurtre sauvage, d’autres se réjouissant de cette « bonne nouvelle ». Une césure qui montre combien la question des femmes, surtout celles qui assument leur indépendance et leur sexualité, pose problème à la frange la plus conservatrice de la société (laquelle les qualifie d’ailleurs de « femmes immodestes »). BBC

Indigné par cet assassinat, qu’il condamne en des termes sans équivoque, le quotidien pakistanais Dawn exhorte les législateurs à réagir avec la plus grande fermeté. « Quand le Parlement sortira-t-il de sa léthargie pour adopter la loi sanctionnant les crimes d’honneur ? », s’interroge-t-il, enjoignant aux autorités de mieux protéger les femmes qui cherchent à « briser le plafond de verre ».

Elle était « drôle, intrépide et libre », rappelle un autre quotidien, The Nation, en forme d’hommage à une (forte) personnalité aussi adulée que haïe. Des mots qui n’effacent pas la colère. Et le journal de lancer, en conclusion : « Sommes-nous à ce point mesquins et amers que l’on préfère tuer quelqu’un que nous n’apprécions pas ou avec qui nous sommes en désaccord plutôt que de le tolérer ? »


J'ai d'abord cru que la photo de la pauvrette était celle d'une femme à moitié brûlée vive dans un bus suite à une agression sexuelle avortée un soir de crue de la pulsion sexuelle, un 14 juillet où tu peux même pas te défouler en organisant un remake de Death Race 2000 sur les boulevards de Lahore, comme le font parfois les gens de ces contrées lointaines, et contrainte de masquer ses stigmates par des foulards, des cheveux longs et des raybans. Apparemment non, elle avait sciemment choisi de ressembler à Michael Jackson dans sa période "Enfin blanc, mais mon opération a eu une petite complication"(en référence au film Brazil, revu ce week-end, de moins en moins dystopique et de plus en plus réaliste au fur et à mesure que le temps lui passe dessus comme un camion sur les salades niçoises).
Ca n'excuse pas son frère, mais c'est une circonstance atténuante.

mercredi 13 juillet 2016

haïku trop long de l'escabeau trop court

14 douillet, 
14 où t’es ?
danny verseur de la vérolution
j’espère qu’elle est prise ta bastille
au soir du 13  
pétards mouillés
divas rouillées
pas de feu d’artifesse
entre mes cuisses
juste le manche
de mon couteau de peintre du dimanche


juste un reste de papier peint
celui qu’tu voulais que j’t’arrache
il pleut comme vache qui pisse 
dans les toilettes je détapisse
80 joints dans le cornet
avec mon shilum en laiton


mais où c'est qu'elle se planque-t-on
cette maudite vanne de purge de la chaudière ?

que je puisse démonter mes radiateurs 
pour enlever le papier peint qu’est derrière ?

mon chat n'en revient pas 
que je sois si poète
dans les gravats du salon
pendant qu'les filles
s'dorent la pilule en Italie


ah elles sont loin mes vacances en thaïlande
avec des filles et des garçons
tontaine tonton