mercredi 25 juin 2008

Connard de chat


Planetary © Warren Ellis/John Cassaday

Faut bien voir que les facultés de récupération décroissent avec l'âge.
Ainsi, mon chat de 15 mois a été incapable de se remettre d'un choc frontal avec la voiture d'un voisin. La veille encore je l'ai filmé en train d'éclater des lézards dans le jardin, et puis son côté James Dean a pris le dessus, et je me retrouve presque avec un snuff movie "Jeudi 12, la veille..." il n'avait même pas fini de me rembourser les frais vétérinaires consécutifs à sa castration, cet enculé. Il venait toujours se fourrer dans nos pattes aux moments les moins opportuns, se faisait donc marcher dessus et poussait des miaulements scandalisés peu en rapport avec sa taille. Il était "trop gentil trop con" pour comprendre les lois du code de la route devant la maison, qui empruntent autant à celle de la gravité qu'à celles de la conservation de l'énergie cinétique. Il pouvait passer plusieurs heures à nous escorter dans le jardin, comme si notre seule compagnie le remplissait d'aise; un vrai clébard.
Hugo, qui a 16 ans révolus, a été exemplaire de sobriété : il l'a trouvé, l'a emballé dans un sac poubelle, et m'a laissé un message à caractère informatif sur mon portable. Clara a pleuré un bon coup, et le lendemain c'était fini. Acquis. On avait souvent prévenu les enfants qu'un de ces jours cet abruti se ferait ratatiner, vu sa grande nonchalance devant le ruban de bitume qui passe devant la maison.
Moi, une fois que je l'ai eu sorti du sac poubelle pour le mettre en terre, j'ai chialé quelques gorgées tièdes, ce qui a conforté mon fils dans l'idée que son père est une vieille tarlouze avec toute l'étanchéité à refaire, et il s'est éloigné silencieusement pour me laisser perdre ma dignité tout seul, et j'ai eu beau lui expliquer que la façon la plus simple de gérer l'émotion c'était de la laisser me traverser sans m'attacher à elle, je sens bien que je n'en sors pas grandi.
Toujours le même effet-miroir troublant (c'est troublant, ces trous noirs) devant la mort : ai-je enterré une blessure narcissique de trois kilogs avec les poils raidis ?
Connard de chat.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire